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Rencontre avec Paul Borrelli

(animation : Patricia Mevel)

Né le 11 avril 1959 à Toulon, Paul Borrelli découvre très jeune la littérature fantastique et le film noir, la musique et la science-fiction qui lui donne l’envie d’écrire. Il entame des études aux Beaux Arts qu’il abandonne au bout d’un an pour entreprendre des études de psychologie et de sciences de l’éducation. Devenu enseignant, il poursuit néanmoins ses activités de création dans l’écriture, la musique et les arts plastiques. Homme au tempérament rêveur, il fait preuve d’une imagination délirante. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il aime à fantasmer.

Aujourd’hui, Paul Borrelli est un auteur de nouvelles, mais surtout d’une magnifique trilogie noire : L’Ombre du chat (octobre 1994), Désordres (mars 1997), Trajectoires terminales (février 1999) publiée aux éditions de l’Atalante, et qui mêle avec bonheur science-fiction et roman policier. Les trois romans forment un ensemble. On peut cependant les lire indépendamment les uns des autres. Ils ont tous pour cadre Marseille et ses environs, entre 2032 et 2034, au lendemain d’un conflit mondial qui a laissé des traces indélébiles : pluies acides, pollution, disparition de la végétation et des races animales. La cité s’est développée sur une vingtaine de niveaux souterrains où s'entassent plusieurs millions d'habitants, les plus démunis dans les niveaux inférieurs, les plus aisés vivant plus près de la surface. Ambiance glauque, sordide... La criminalité, bien évidemment s’y développe à loisir. " Symbole de l’inhumanité vers laquelle s’achemine notre société, les excavations de la cité phocéenne soumettent l’individu à un déphasage sensoriel et détruisent sa sphère intime, générant quantité de pulsions asociales conditionnées par l’impuissance, par la révolte " nous dit Sébastien Cixous, critique littéraire.

Ainsi, dans l’univers délabré, chaotique et apocalyptique qui sert de décor aux intrigues, sévissent des tueurs en série qui mettent en scène leurs crimes suivant des rituels pour le moins morbides. Pour contrer leurs méfaits, des personnages tout aussi complexes, ambigus, absolument pas manichéens, toujours tourmentés, souvent à la dérive. Tous vont connaître des destins brisés, et l’auteur a à cœur de mettre en avant leurs souffrances. Ainsi retrouve-t-on le commissaire Griffier, obnubilé et terrifié par le développement de la grosse verrue qui a élu domicile sur sa narine gauche. Griffier se doit, en dépit de son obsession, de faire régner l’ordre et de veiller à la sécurité de ses concitoyens. Arriviste et teigneux, l’inspecteur Canavese, quant à lui, est un flic brillant et impulsif. Il mène ses enquêtes suivant les procédés et les méthodes traditionnelles de la police. On lui impose, contre son gré, la collaboration de Lançon, sa bête noire. Il le déteste d’ailleurs ouvertement, ne comprend rien à ses méthodes d’investigation. Serge Lançon, c’est le personnage phare de la trilogie, antihéros ambigu et fascinant. Electronicien véreux, tueur aux mains propres, spécialiste en arts martiaux, amateur de drogues diverses et variées, il a fait son trou dans la fange marseillaise et n’apprécie pas vraiment les représentants de l’ordre. Blasé et désabusé, malheureux en amour, tour à tour détestable ou attachant, il est piégé par Griffier qui, alors même qu'il ne lui fait pas confiance, le contraint à collaborer avec les policiers. Pour résoudre les enquêtes, il travaille en solitaire, marche à l’intuition et analyse ses hallucinations et autres rêves prémonitoires...

Paul Borrelli aime les romans d’ambiance, affirme son ami Fred Belin. Il ajoute encore :

« Paul Borrelli n’écrit pas ses bouquins, il les vit. C’est là toute la différence ! » Le résultat est à la hauteur du défi qu’il se lance, impressionnant et magistral, car on a là trois romans pessimistes et sans concession, plus noirs que le noir, foisonnants et ponctués de quelques touches d’humour, noir évidemment. Les intrigues baignent dans une atmosphère lourde et dérangeante, dévoilent une société en déréliction dans laquelle évoluent des personnages à la dérive. L’auteur s’attache à mettre à nu les plus sombres travers de l’âme humaine. Rien n’est inutile, il va droit à l’essentiel. Descriptions enlevées, dialogues percutants, construction habile autant qu’hallucinante, belle maîtrise du suspense, style irréprochable et acéré, écriture nerveuse, rien ne manque. Paul Borrelli est vraiment un écrivain talentueux qui nous procure de grands moments de lecture.

Pourquoi écrivez-vous ?

Paul Borrelli : Si j’avais été grand, beau et fort, peut-être n'aurais-je jamais écrit ( rires ) ! En fait l'acte d'écriture me permet de maîtriser une partie de mon environnement, fût-elle fictive et imaginaire. En effet, j’ai souvent l’impression de devoir me débattre dans la réalité et là, lorsque j'écris, je suis aux commandes. C’est bien agréable de créer des personnages, des histoires... tout un monde, en fait. La création en général - enfin, moi je la reçois comme ça - est l'occasion d'une catharsis. Mon entourage me supporte donc beaucoup mieux depuis que j’écris, je suis plus sage, paraît-il. Dans un livre, je mets en scène des conflits que je cherche ensuite à organiser. Contrairement à d’autres formes de catharsis (comme le sport, par exemple), la création peut profiter non seulement à celui qui s’y essaie, mais elle peut aussi apporter quelque chose à d’autres. Car il y a des effets secondaires intéressants. Pour ma part, en tout cas, il y a un résultat tangible, concret, indéniable : ces trois gros livres. Cela apporte une certaine satisfaction, je me dis que je n'ai pas perdu mon temps. Ecrire c’est prendre une infime partie de ce grand chaos qu'est la vie, en arracher des miettes, des lambeaux, des bribes, des scories. Ces petits fragments, il convient de les mettre bout à bout, de les obliger à s’organiser, à faire sens, à s’emboîter, quitte à retailler les pièces. A la fin, j'ai fabriqué un puzzle intéressant. Le puzzle n’est pas un patchwork, ce n’est pas un fourre-tout. C’est quelque chose d’organisé, il y a un sentiment d’unité. C’est ce que j’essaie de faire, quel que soit le domaine dans lequel je m'exprime, c’est très important ce sentiment d’unité, même lorsque j’intègre des éléments d’origine différente. Je les oblige à fonctionner ensemble. Au niveau art plastique ou musical, c’est la même chose ( Paul Borrelli est également sculpteur et percussionniste ). Créer, cela ne veut pas dire que je prends ce qui m’intéresse à droite à gauche, et puis " Avanti ", on verra bien ce que ça donnera. Créer, c’est faire en sorte qu’il y ait, dès le départ ou en cours de route, un but, une intention, que tout soit orienté, dirigé. Voilà pourquoi j’écris. Et puis... Il y a aussi ces moments si pénibles, quand je me sens écrasé sous le poids de ma solitude, de ma détresse, de ce que je ressens, aux heures où personne ne peut me venir en aide. Là, si je n’avais pas le recours de la création, je serais vraiment en grand danger.

Est-ce que cela vous procure une impression de pouvoir ?

Paul Borrelli : Très limitée, tout de même ! Je suis toujours sur la brèche. Lorsque j’écris un roman, je me mets en danger, je me pousse dans mes derniers retranchements. Je ne suis pas tendre avec mes personnages, c'est sûr, mais je ne suis pas tendre avec moi non plus. Oui, il me faut organiser les choses...

Est-ce à dire que vous créez dans la douleur ?

Paul Borrelli : Ce n'est jamais facile de créer. L’étudiant qui peine sur un exercice de maths qu’il ne comprend pas peut toujours tenter de trouver le manuel susceptible de lui apporter des éléments de réponse. Même si cela n'est pas forcément évident, il a une chance de trouver la solution. Mais quand on commence un roman et que l’on se noie dedans, c'est une autre paire de manches. Je ne sais pas trop quel ouvrage de référence on pourrait aller ouvrir pour pêcher de l’aide. Et puis quand on a commencé un livre, il faut l'achever, sinon on ne peut rien en faire. Pas question de faire passer une annonce dans le journal : " à vendre moitié de roman en panne " ! Cette difficulté ne m’effraie pourtant pas car, pour moi, créer est un besoin maladif, compulsif. J’ai besoin de prendre un truc, de me bagarrer avec et de l’obliger à prendre forme. Que ce soit à coup de meuleuse et d’escarbilles comme Mathias Stromme qui m'est, finalement, un lointain cousin, ou bien avec un clavier et un traitement de texte. Je suis constamment engagé dans des processus longs et complexes, des batailles au terme desquelles il y a, à l’arrivée, soit un morceau de musique, soit une image numérique, soit une œuvre plastique, soit un texte, ou autre chose encore. Ce qui m’intéresse, c’est qu’avant il n’y avait rien, et tout à coup, voilà quelque chose à voir, à lire, à écouter. C’est particulier et c’est merveilleux, cette capacité à non seulement se libérer soi-même, mais ce faisant, en plus, à donner quelque chose à autrui. Même si on est bien en peine de dire si ce cadeau est bon ou ambigu. En effet, il y a aussi une part de douleur, surtout si le parti pris est, comme chez moi, d’explorer son propre trouble. Dans les moments où j’écris, c’est en général que ça va mal, que quelque chose ne réussit pas à passer. La musique et les arts plastiques sont plus du côté de la fête, de la libération. L’écriture, c’est au contraire affronter les problèmes, purger, vider l’abcès.

Quel est le message que vous voulez faire passer dans vos livres ?

Paul Borrelli : Je ne suis pas l’écrivain d’un message. On ne peut pas dire : " Borrelli milite pour ceci ou cela, il se balade sous telle bannière ". J’ai des choses à dire, des questions à poser. Je mets le doigt là où ça fait mal... ou là où ça fait du bien, ça dépend. J’ai plutôt une multitude de petits messages, sur l’ironie de la vie, la difficulté qu’ont les hommes et les femmes à se comprendre, le bintz qu'est la communication entre les êtres, et puis les ratages, les actes manqués. L'observation fine et aiguë du langage non verbal m’intéresse également beaucoup... Mais je n’ai pas de message revendiqué. Si, bien sûr, j’ai un côté engagé, voire révolté, mais rassurez-vous, ça me passera, ce n’est pas grave ! Disons que globalement, ce que je retire de la vie, c’est l’impression d’un énorme gâchis, d’un ratage complet. Sur le plan biologique, la vie est une extraordinaire réussite. Cette diversité des formes, des comportements, cette adéquation entre morphologie et survie des espèces... Bravo, vraiment. Mais sur le plan psychosociologique, on peut dire que l’homme vit vraiment très très mal. L’espèce humaine est finalement celle qui est le plus à plaindre.

Vous gardez toujours, dites-vous, le contrôle de vos romans. N’arrive-t-il jamais que ce soient vos personnages qui prennent le relais, qui vous mènent dans une voie que vous n’auriez pas souhaitée ?

Paul Borrelli : Si bien sûr, mais ça va tout de même dans la direction précise que j’ai fixée au départ. Je suis aux commandes, jusqu’à un certain point. Il peut toujours y avoir un risque de dérive : je contrôle au niveau des détails, je soigne la qualité globale et finalement le produit fini n’est pas ce que j’aurais voulu. Bien sûr que cela arrive ! A tout moment de la création comme dans la vie de chacun, il y a des choix qui se présentent, il y a des embranchements... La théorie des embranchements d’Ahmed Boutboul-Boutboul dit qu’à chaque fois que l’on opère un choix on quitte un embranchement pour en prendre un autre ; on ne peut pas revenir en arrière et se dire : " je n’ai pas fait le bon choix ". Il faut aller de l’avant, retenir d’autres choix. Cela se ramifie à l’infini et tout en haut de l’arbre il y a une multitude d’homoncules virtuels qui sont tous les hommes que l’on aurait pu devenir alors qu’il n’y en a qu’un qui a poussé. Il n’y a qu’un bourgeon qui a reçu la sève, c’est celui que l’on est maintenant. Les autres sont là aussi, virtuellement. J’ai basé une nouvelle sur cette théorie des embranchements d’Ahmed Boutboul-Boutboul qui s’appelle " L’œil était dans la tombe ".

Pourquoi dans vos nouvelles comme dans vos romans tout est-il si noir : l’atmosphère, l’humour, les personnages... ?

Paul Borrelli : Je transpire le noir c’est vrai. " Borrelli lave plus noir ! " pourrait être ma formule choc. Une seule dose suffit ! ( rires )... C’est comme dans l’univers Dickien, quand certains personnages se retrouvent accoutumés à des drogues dures en une seule prise... En fait, je suis issu de deux familles dans lesquelles se cultivent deux formes de pessimisme différentes et pourtant complémentaires : celui de mon père et celui de ma mère qui, tant l’un que l’autre, n’étaient pas piqués des vers. De plus, ces deux êtres se sont acharnés à vivre ensemble pendant des années alors qu’ils ne s’entendaient pas. Pour l’instant, par rapport à mes frères et sœurs, je suis celui qui s’en est le mieux sorti. Et ceci grâce à la création, dans une famille où la création n’intéressait personne. Je me suis retrouvé à écrire, je ne sais pas trop comment. J’ai eu la chance de pouvoir prendre et utiliser ces " fragments en devenir " ( comme dirait Marcel Thaon ) et d’en faire plus que des pièces rapportées. Je pense être parvenu à en faire un assemblage cohérent. Cela dit, je me demande souvent pourquoi les gens lisent des romans pareils, pourquoi j’en écris, si je ne serais pas victime d’un système qui me ferait fonctionner d’une façon aussi étrange. N’y aurait-il pas une certaine forme de perversion dans cette exploration sans concession de la noirceur humaine à laquelle je me livre, avec tout ce que ça implique de corollaire au niveau de la violence, des sexualités déviantes, etc. ? .. Pourquoi les gens lisent-ils des romans noirs ? Je n’en sais trop rien, pourtant j’en lis moi aussi et j’en chronique ! En ce moment je lis les romans de Val McDermid et je me régale... Pour être sincère, je ne crois pas que je pourrais écrire autre chose que du noir. D’ailleurs, lorsque j’ai démarré en écriture, j’ai tout d’abord fait un cycle de trente nouvelles sur le thème " Crimes de sang et photographie " : un défi, une idée folle qui m’était passée par la tête, à la suite de quoi, m’étant bien fait la main, je me suis attaqué aux romans. Et puis, j’ai subi l’influence déterminante de Philip K. Dick, de son Blade Runner. Le côté pesant de la mégapole où l’on se sent vite perdu, je l’ai ressenti très souvent en déambulant dans Marseille... Donc, il y a un côté catharsis. Pourquoi les choses sont-elles si noires ? Je reprendrai les propos d’un de mes personnages dans Trajectoires terminales : il dit qu’il n’a pas demandé à venir au monde et qu’on est tous les uns sur les autres comme dans un panier de crabes. Je suis profondément convaincu de ça, du fait qu’on est forcés de cohabiter alors qu’on n’en a aucune envie. Ce simple fait génère tout le reste. La compétition, par exemple. Il n’y a qu’un certain nombre d’objets de désir qu’on puisse atteindre, et donc tout le monde ne sera pas servi, ce qui génère forcément la violence. Prenez Le Couperet, de Donald Westlake, c’est un excellent roman basé uniquement sur cette idée. La violence, la solitude, la frustration, la rage au ventre, voilà ce que j’ai à exprimer, voilà pourquoi ça touche mes lecteurs. N’allez pas vous imaginer que je suis une sorte de cas, moi, Borrelli, un inadapté qui s’appuie sur ses romans comme un boiteux sur une béquille. Si cette solitude et cette détresse interpellent mes lecteurs, c’est bien parce qu’eux aussi la ressentent. On la partage tous, je crois, malgré que personne ne veuille le reconnaître. La seule différence entre eux et moi, c’est que j’ai la chance de pouvoir prendre ma douleur et la forcer à prendre forme, à devenir un objet transitionnel, que ce soit un roman, une image ou de la musique, peu importe, du reste. Tout cela n’est qu’une question de but, les moyens sont secondaires. C’est comme le fait de mélanger les genres... L’ingérence dans la Science Fiction me permet d’exacerber le Noir et m’autorise tous les délires qui me tentent en cours de route. Il est clair que c’est l’esthétique du roman noir, l’économie du roman noir qui m’intéressent au premier chef, même si l’intrigue se passe dans un cadre de science-fiction qui est là pour renforcer encore plus le côté noir. Dans mes romans, je ne cherche pas à développer une problématique de science-fiction et mes personnages ne sont pas non plus des héros de science-fiction. Le cadre est certes important et se justifie au niveau du roman, mais à l’échelle de la scène c’est l’intensité du drame humain qui est importante. J’ai besoin qu’une scène fonctionne au niveau minimal, comme dans un vieux film noir, que l’on ressente la tension, qu’on la reçoive dans toute sa violence, sa puissance, comme par exemple dans High Sierra, le film dans lequel joue Humphrey Bogart. Puis, je la transpose dans le décor et dans l’histoire. Avant tout, ce qui compte pour moi ce sont les personnages. Il faut qu’ils soient on ne peut plus crédibles.

L’aspect SF de vos romans est donc uniquement l’occasion de planter un décor ?

Paul Borrelli : J’ai reçu des critiques à ce propos, émanant de lecteurs de science-fiction qui avaient apprécié L’Ombre du chat, mon premier roman, mais qui me posaient des questions du genre : " Tu parles d’un conflit mais tu n’expliques ni pourquoi ni comment il a eu lieu...". Sans doute auraient-ils souhaité que je leur dise que " l’empire machin s’est livré à une guerre féroce et sans merci contre la civilisation bidule... ". Mais moi, ce n’est pas ça qui m’intéresse. Hélas pour eux, à la fin de Trajectoires terminales, le troisième acte de la saga, ils n'en savent toujours pas plus sur l’origine de ce conflit ( rires ) ! C’est le " mac guffin " comme disait Alfred Hitchcock, c’est-à-dire le détail qui permet de faire avancer l’histoire mais son rôle s’arrête là, on n’en saura pas davantage et tant mieux, au fond. Cela dit, tel que je l’imagine, le Marseille 2030 que je propose à mes lecteurs est à mes yeux bien plus qu’un décor, mais il ne s’agit pas non plus de la perspective de quelqu’un qui ferait de la prospective ou de la futurologie car, dans mes livres, il n’y a pas le désir d’imaginer tous les aspects ou de faire un travail exhaustif sur ce que peut être cette société... Je propose plutôt des flashes, des visions éclatées d’une société du futur, réunies sous la bannière du fantasme, d’un monde onirique. En fait, il s’agirait d’un monde parallèle, ou plutôt, perpendiculaire ! Cela me gênait de créer un monde parallèle au nôtre, un monde voisin, sans le moindre artifice... En plaçant l’histoire dans le futur, ça me permettait d’imaginer que toutes sortes d’évolutions ont pu avoir lieu mais en fait il y a aussi des involutions, c’est flagrant. Comme si le monde était malade, s’était mis à croître à grande vitesse par endroits, à régresser à d’autres. Un monde atteint d’une sorte de cancer. La description que je fais de Marseille tient de la cour des miracles ... C’est quelque chose qui a à voir avec le concept d’Alice aux pays des merveilles : on passe de l’autre côté du miroir. Les personnages sont des gens comme vous et moi placés dans un monde pas si éloigné tout compte fait du nôtre, mais décalé, inquiétant, grinçant, comme dans un cauchemar. Je me sers de la science-fiction comme d’un prétexte pour faire dérailler le monde dans ce que Freud appelle " l’inquiétante étrangeté ". Une comparaison pour illustrer mon propos. Si vous ouvrez le réfrigérateur et que vous y trouvez un yaourt franchement moisi, vert, qui grouille de tout un tas de germes malsains... Pas d’hésitation, vous le jetez. Chez Borrelli, la démarche est toute différente : vous ouvrez le réfrigérateur, vous tombez sur un yaourt qui a l’air correct, vous le mangez et ce faisant, quand vous en avez déjà avalé les trois quarts, vous vous rendez compte qu’il n’est pas bon ; vous le balancez bien sûr, mais trop tard, le mal est fait ! .. C’est plutôt ça mon mode de fonctionnement : la réalité qui tourne au vinaigre... C’est pour ça que j’adore Dick, car il n’a pas son pareil pour faire dérailler la réalité dans l’épouvante. Ubik est, de ce point de vue, un pur chef-d’œuvre. Cela dit, il existe également des amateurs de SF qui me lisent très volontiers : ils y trouvent leur compte... et ils adorent ! De plus, j'ai été interviewé à plusieurs reprises par des magazines de science-fiction où j'ai été considéré comme un auteur de SF à part entière ! ..

On peut dire que la réalité n’est pas votre souci premier, vous aimez fantasmer...

Paul Borrelli : C’est vrai ! La machine à fantasmer se met facilement en route chez moi. Il arrive même qu’elle fonctionne trop bien et que je ne sache pas quoi faire de ce qui en sort. Cela dit, la réalité me tombe dessus ensuite, comme pour tout le monde. Elle est là, j’en suis conscient et je ne peux pas ne pas en tenir compte. La réalité se rappelle à nous constamment. On s’autorise des récréations, de petites incartades sans grandes conséquences. C’est toujours mieux que rien ! Vous savez ce que disait Dick à ce propos ? " La réalité, c’est ce qui refuse de disparaître quand on n’y croit plus "... Mais n’allez pas retenir de moi l’image d’un doux rêveur. Je sais parfaitement ce qui se passe autour de moi. Si je ne l’avais pas compris, je n’écrirais pas ce genre de romans, mais de l’héroïc fantasy, des histoires de lutins et de farfadets, ou de petits martiens verts. Si mes textes sont si lucides et désenchantés, ce n’est certainement pas l’effet d’un hasard.

D’un côté les enquêtes sont rigoureuses et en même temps vos livres sont toujours très foisonnants, les digressions nombreuses... A la base de vos romans avez-vous une trame bien précise ?

Paul Borrelli : Plus précis que ça, tu meurs ! " Paul Borrelli vous en donne toujours plus ", c’est ma devise. Ainsi, tout ce que je fais est sciemment bourré à craquer, foisonnant... Il y a un effet d’accumulation dans mes romans, et dans tout ce que je crée en général. Certes, j’ai une trame précise et rigoureuse. Mais je n’en suis pas pour autant prisonnier. Je construis cette armature mais je vais faire en sorte de ménager des creux, des espaces libres dans lesquels je glisserai des détails sur l’inspecteur Canavese, sur sa vie... des interactions qui n’ont rien à voir avec la trame, pour le plaisir de noyer le poisson. Je vais ajouter des scènes qui n’ont aucun intérêt d’un strict point de vue utilitaire. Comme par exemple la guerre du garage dans L’Ombre du chat : on m’a souvent dit que c’était la meilleure scène du livre ! Pourtant elle ne sert absolument à rien dans l’histoire. Pierre Michaut, mon éditeur, en parle comme de la cerise sur le gâteau... Je pars du principe que le sujet du roman ne doit pas l’épuiser. Le contrat implicite par lequel je me sens lié à mon lecteur stipule qu’il doit y avoir une énigme et qu’elle doit se voir résolue avant la fin du livre. Mais je me permets de lui donner bien plus que cela. Je lui offre tout un univers, je lui fais pénétrer les interactions complexes entre des personnages qui ne sont pas des gens simples - il faut bien l’avouer -, et je lui raconte toutes sortes d’anecdotes en cours de route. Ce qui fait qu’une fois le roman achevé, quand mon lecteur aura découvert le pot aux roses, il ne l’aura pas pour autant épuisé. Le roman laissera des traces indélébiles... Ce qui compte, c’est le liant qui fait que la sauce prend... Tôt ou tard, le lecteur aura envie de retourner lire le roman. Pas pour trouver la solution de l’énigme puisqu’il la connaît, mais pour l’ambiance du livre, le ton, le style de l’auteur, sa façon de montrer les choses. Je suis un écrivain très visuel. J’imagine mes scènes. J’ai besoin de savoir qui est à la gauche de qui, qui est à la droite de qui, quelle est l’allure, l’attitude posturale de telle personne qui s’adresse à quelqu’un d’autre, comment ce dernier reçoit ce qui lui a été dit, quels sont les gestes qui traduisent l’émotion, etc. Une fois que je vois tout cela, je considère que j’ai obtenu le squelette de la scène en question...

Pourquoi systématiquement mettez-vous en scène des tueurs en série ?

Paul Borrelli : Parce que c’est un défit intéressant pour l’écrivain. Le détective va se devoir de résoudre une énigme presque impossible : il a en effet un nombre de suspects infini. Ce que je propose est un peu l’antithèse des romans façon Agatha Christie dans lesquels un crime a été commis dans un lieu réunissant un certain nombre de suspects parmi lesquels se cache l’assassin. Dans ce genre d’enquête, le lecteur s’aperçoit bien souvent que le meurtrier est toujours ou presque celui qui avait l’air le plus couillon, celui qu’on oublie presque... Dans ma trilogie marseillaise, il en va tout autrement. On parle d’une ville entière développée sur dix huit niveaux souterrains, s’y mettre en quête d’un assassin relève du presque impossible, un peu comme si l’on cherchait une aiguille dans la botte de foin. Ce n'est pas du tout la même stratégie ! Puis, le côté " psycho " de l’enquête m’intéresse pas mal. Et ça m’oblige à rentrer dans une forme d’enquête procédurale " hard "...

Quelle est la part de vous-même, de votre personnalité, dont vous avez doté Serge Lançon, votre héros récurrent ?

Paul Borrelli : Lançon, c’est mon petit frère de papier, mon alter ego. Vous avez remarqué à quel point Lançon se retrouve tout le temps dans des plans tordus ? Et bien cela n’est rien comparé à moi. Je lui en refile une petite partie : " Allez petit, débrouille-toi avec ça ! " Je ne peux pas lui infliger tout ce qui m’arrive, le pauvre, sinon le roman n’avancerait pas et il serait quatre fois plus épais ! Et puis, je lui refile encore mes angoisses, mes interrogations et tout ce qui m’intrigue... Et aussi un mélange de choses qui me sont arrivées et que j’aurais préféré éviter ou d’autres qui n’ont pas eu lieu mais que j’aurais souhaitées. Puis, il y a des choses qui sont arrivées à des gens que je connais ou à de parfaits inconnus et dont j’ai entendu parler à la télévision ou d'autres qui ont été évoquées dans des livres. Et puis, il y a une part de fantasmes purs, ce que je crains, ce qui m’attire, ce qui me fait peur ou me révolte. En mêlant ainsi toutes les sources, le poisson se retrouve complètement noyé. Si je vous racontais mes petits problèmes, mes angoisses personnelles, mes difficultés, vous me diriez : " Mais on s’en fout ! ", et vous auriez raison. Moi même, ça m’intéresse à peine. Par contre, si je prends mes problèmes et que je les colle sur le dos de Lançon, ça vous intéresse parce que Lançon – et tout le roman avec lui - devient alors ce que l’on appelle en psychologie un objet transitionnel. Mon livre sera un endroit où chacun peut échanger ses fantasmes avec les autres, où l’on peut se reconnaître, où chacun de nous peut compter ses plaies et ses bosses sans vraiment les reconnaître pour siennes et dire : " aïe, aïe, aïe, ça fait mal, pauvre petit Lançon ! ", tout en pensant : " tiens, moi ça me rappelle la fois où...". Il y a une hypocrisie phénoménale dans notre société. Il y a beaucoup de sujets dont personne ne parle alors que tout le monde les vit. En apparence, on est tout beau, tout propre, et on avance, telles des figures de proues à l’avant des bateaux, sûrs de soi, cinglant au vent. Mais quand on s’attache à l’envers du décor, quand on connaît les gens, il en va tout autrement... Les gens vous racontent des histoires dans lesquelles ils ont le beau rôle, ils font constamment les marioles. Moi, le côté mariole, je le refuse ! Admettons que je dise : " Il m’arrive ça, ça et ça ", suis-je vraiment le premier à qui cela arrive ? Non, certainement pas ! Ni le dernier non plus... Je crois qu’au fond, on est tous pareils, on a tous les mêmes désirs, plus ou moins avouables, les mêmes peurs, les mêmes systèmes de défense, à quelques variations près. Alors on se la joue constamment, et tout sonne faux. On ferait mieux de retourner vers les choses simples. L’amour, l’amitié, la vie, quoi ! Mais je me demande si l’homme peut encore faire ça. Moi je m’y emploie, j’essaie, c'est mieux que rien. Il n’y a aucune recette, à chacun de trouver. Mais il y a des lignes de conduite qu’on peut se fixer. Moi j’évite la fausseté, j’évite de m’abriter derrière un masque. Les masques, j’en fabrique, mais ce ne sont pas des vrais, on ne peut pas les porter, on peut juste les accrocher au mur... En fait, je n’ai rien à perdre, je n’ai rien à cacher. Je suis dans une période de transparence où j’ai besoin de partager. Je dirai aussi que c’est un effet de synergie, que le tout est plus que la somme des parties. Si l’on prend la somme des angoisses de Borrelli et qu’on demande à un psychologue de les recenser, on n’obtiendra jamais un bouquin de Borrelli. C’est donc qu’il y a un endroit ou tout cela converge et qui fait que c’est plus que la somme des parties... Je rejoins donc ce que je disais, la création, ce n’est pas qu’une catharsis, c’est aussi la possibilité de tirer du positif à partir du négatif, de faire profiter les autres des richesses qu’on a en soi, d’obliger nos tourments à prendre forme et les revêtir de leurs plus beaux atours. Un peu comme les fêtes chinoises, quand ils font défiler les dragons.

Quel est votre rapport aux femmes ? Serge Lançon, il faut le reconnaître, passe par moments pour un macho, limite misogyne.

Paul Borrelli : L’affaire est complexe car mon rapport aux femmes est vraiment particulier. J’ai une admiration très grande pour les femmes. Je vous l'ai déjà dit, à travers l’écriture, je me mets en danger car je prends des parties de moi qui me gênent ou au contraire qui peuvent gêner autrui bien que je les assume parfaitement, et ainsi, je joue avec le feu en quelque sorte. Lançon, je le réaffirme, est mon petit frère de papier. C’est un avatar de moi-même, une construction mentale. C’est un personnage qui réunit en lui des composantes de moi-même, à ceci près qu’il est moins inhibé, qu’il n’hésite pas à dire ce qu’il pense, qu'il ose se montrer beaucoup plus direct que moi. J’ai reçu une certaine éducation qui m’a plus ou moins fait rentrer dans des schémas : je respecte certaines choses qui doivent être dites ou pas. Lui, il passe au travers. Il est plus direct que moi, mais cette manière d'être lui pose aussi de sacrés problèmes. De manière générale, le rapport entre les hommes et les femmes est tortueux, complexe et forcément biaisé. Cela ne peut pas être autrement. L’érotisme, par exemple, n’est pas vécu de la même façon chez l’homme et chez la femme. Globalement, l’homme est axé sur la satisfaction immédiate de son plaisir, il est dans l’ici et maintenant. La femme, elle, érotise la relation, elle est dans quelque chose qui est idéalisé. L’homme va rechercher d’abord son plaisir, lequel, s’il est atteint, va générer un sentiment. La femme, à l’inverse, a besoin d’un sentiment pour aller ensuite vers le plaisir... Pour tout un tas de raisons, il y a un décalage constant entre les attentes des uns et celles des autres. Notamment sur le plan de la séduction : une femme a besoin de séduire, même une femme qui est mariée et fidèle à son mari éprouvera le besoin de séduire. Sciemment ou non, elle va lancer toutes sortes de signaux, au niveau du langage non verbal, qui sont correctement interprétés par l’homme et qui l’invitent à s’aventurer plus avant dans cette voie. Mais parfois, ces signaux sont des non-sens qui ne devraient pas être mais qui sont émis pourtant. Et ça, pour le décoder, c'est une autre histoire... Il y a des petits marioles qui vous diront que tel geste traduit à coup sûr le désir féminin. C’est du flan ! Et puis, vous avez en ce moment une floraison de journaux féminins et masculins qui donnent tout un tas de trucs soi-disant infaillibles... En fait, c’est le bintz, et on passe notre temps, tous autant qu'on est, à se tromper. De plus, il y a souvent inadéquation, du moins dans le temps, entre le désir des uns et des autres... Ce difficile rapport aux femmes explique que j'ai la tête bourrée de fantasmes alors que dans la réalité il ne se passe rien. J’essaie de ne pas trop y penser, je fais de la musique... Seulement, quand on dépend de l’autre et qu’on en attend quelque chose qu’il n’est pas près de donner, il faut bien avouer qu’on est mal barré ! Vaut mieux avoir faim ou soif, ça va plus vite. A la vôtre ! .. Il n’y a pas de médiation entre le désir et la satisfaction du désir. Je ne demande pas son avis à cette canette de soda que je suis en train de boire ; elle est là pour étancher ma soif. Il y a certaines choses qui ne peuvent se faire qu’à deux... Etant quelqu’un de timide, quand j’ai l’opportunité de parler je parle, mais quand je n’ai rien à dire, je me tais plutôt que de dire n’importe quoi, et je refuse les clichés. Un jour, j’ai vu un homme emballer une femme sous mes yeux, rien qu’à coups de clichés. J’aurais pu les dire avant lui, je les voyais venir de loin. Mais ça me déprimait. Je me disais que si la fille se laissait faire par des pièges aussi grossiers, alors c’est qu’elle ne valait pas le coup, et autant la laisser où elle était. Et puis je suis aussi quelqu’un qui doute constamment. Parfois, je pense une chose, parfois le contraire. Je ne vais pas me brancher à tout prix dans une conversation, défendre telle ou telle idée, à laquelle je n’adhère pas vraiment. J’écoute les gens parler, ils ont l’air convaincus, ils sont convaincants, mais on sait que ce n’est qu’un cinéma qu’ils jouent, que l’enjeu réel c’est le pouvoir, la séduction, rien d’autre. Et ce jeu là m’emmerde profondément, j’en refuse les règles. Quand ça commence comme ça, je choisis de me taire. Quand je suis dans un groupe et que les types commencent à se la jouer comme ça, je me mets en retrait et j’observe. Je prends mes paris. Je refuse d’endosser le rôle qu’on attend de moi. Si vraiment les filles dans le groupe sont aussi nazes, alors je ne perds rien. J’ai peu de succès avec les femmes ordinaires parce que je dis ce que je pense, au lieu d’être manipulateur, beau parleur... Je mets les choses à plat, clairement. Mais ça ne marche pas, ce n'est pas payant. Quelques copines m'ont dit que je suis trop authentique. Elles ont sans doute raison ! Quoi qu'il en soit, je ne vais pas baratiner une fille que je ne connais pas en lui disant : " tu es la plus belle, la plus intelligente ". Je propose, je ne demande rien. Si la fille ne veut pas, ce n'est pas grave. Je ne suis pas d’humeur à ramper, ça non ! A l’inverse, si elle m’accorde sa confiance, il n’y a pas arnaque. Je joue toujours cartes sur table ! En fait, je pense que je peux attirer un certain type de femmes, des femmes atypiques, courageuses, pas trop conventionnelles. Mais elles sont plutôt rares. Je n’en ai pas rencontré souvent. La plupart du temps, les autres, je les effraie, je les déroute. Et finalement, je me dis que comme ça, au moins, le tri est vite fait, ça m’évite de perdre mon temps. Je ne suis pas un type ordinaire, et quand je tombe sur une fille trop ordinaire, en général je m’ennuie avec. Moi, une femme, il faut qu’elle m’épate, qu’elle me surprenne. Je ne suis pas macho et je déteste les machos, ils sont souvent bornés et très lourds. Mais je n’aime pas non plus les femmes qui veulent soi-disant être à égalité avec l’homme et jouent à fond la carte de la faible femme quand ça les arrange. Je n’aime pas la nana qui te fait une œillade pour te soutirer un truc, se faire inviter au restau ou te demander un service. Si vraiment on est égaux, alors d’accord, mais n’employons pas des moyens de basse séduction, pas de coups en dessous de la ceinture, quoi. Mais de toute façon, j’ai du mal à trouver mes marques. Les types, ils me paraissent trop lourds, trop carrés, on les voit venir de loin, ils manquent de finesse. Je m’ennuie avec eux. Les nanas, elles sont nettement plus intelligentes, mais souvent elles sont tordues, volontiers cruelles, gratuitement. Si je vous disais tous les plans alambiqués que des nanas m’ont mijotés, je ne sais pas pourquoi... Des fois, c’est même elles qui venaient me chercher, sans que je demande quoi que ce soit. Finalement, je suis souvent seul, et ça ne me plaît pas tellement. Depuis que je me suis mis aux percussions, je rencontre à nouveau du monde, par le biais de la musique, et je me suis fait des copains. C’est déjà ça.

Lorsque vous sentez que la scène que vous venez d'écrire est susceptible de ne pas plaire aux lecteurs alors même que vous aviez vraiment envie de l’écrire, la maintenez-vous ou considérez-vous que le plaisir des lecteurs prime avant tout ?

Paul Borrelli : J’ai écris des scènes en sachant pertinemment qu’elles allaient choquer ou qu’elles allaient déplaire. Quand Désordres est sorti, il y a des gens, même au sein des éditions de l’Atalante, qui m’ont dit : " Il faut que tu lises Les racines du mal de Dantec, il y a des accointances très directes entre ce bouquin et le tien ! ". Je l’ai donc lu et j’ai trouvé ça nul, j’ai été extrêmement déçu. Je me suis rendu compte qu’il y avait des lecteurs qui n’avaient certainement rien compris à mon livre. Le héros de Dantec, Darquandier, est un redresseur de torts, un bellâtre, un mariole qui chope les méchants et s’en tire toujours sans une égratignure. Serge Lançon n'a rien à voir avec lui : il prend des gnons et, à la fin, il termine de façon lamentable. J'ai donc décidé d’enfoncer le clou avec le troisième livre. Bien sûr, Lançon était déjà un personnage quelque peu équivoque, mais dans Trajectoires terminales, j’en ai fait un type franchement louche et un véritable salaud par moments. La gageure était qu’il demeure attachant et émouvant. C’était un exercice de corde raide, casse gueule au possible. D'autant plus que Lançon avait recueilli un copain junkie et qu'en plus, il souhaitait sauver une gamine malade : il commençait à avoir trop l’air d'un bon samaritain. Je voulais que dans ce troisième volume le lecteur se dise : " Mais quel salaud ce type ! C’est une ordure, je ne veux plus lire ça ! ", mais qu’en même temps il ait malgré tout l’envie de lire la suite de l'aventure... Comme on s’identifie au héros, on a tendance à faire l’équation : le héros c’est le bon. Je voulais casser cette idée reçue. Donc j’en ai rajouté. Je désirais salir Lançon, qu’il puisse, tout en demeurant protecteur ou d’une fraternité exemplaire et faisant preuve d'une patience infinie par moments, se conduire comme le dernier des enfoirés à d’autres occasions, simplement pour parvenir à ses fins. Comme dans la vie où personne n’est ni tout blanc ni tout noir : le bon d’un côté, le méchant de l’autre, comme dans Blanche Neige et les sept nains. Ce n'est pas ainsi que je conçois le roman noir ! Le roman noir nous montre, au contraire, que les choses ne sont certainement jamais simples. Et je parle du vrai roman noir, pas du polar à quatre sous, manichéen et bourré de clichés. Et ne croyez pas, quand je dis ça, que je pense uniquement à Dantec, hélas. Il y en a d’autres, tout aussi connus si ce n’est plus, qui ne valent pas mieux. Mais il y a des excellents aussi, heureusement.

Le fait est que Serge Lançon conserve notre " capital sympathie " dans Trajectoires terminales car il évolue dans un monde en déliquescence, déshumanisé, ravagé par un conflit, un monde dans lequel il faut survivre coûte que coûte. On lui accorde donc un certain nombre de circonstances atténuantes. Mais si vous aviez campé votre action dans un Marseille contemporain, est-ce que cela fonctionnerait aussi bien ? Ses aspects humains seraient minimisés car jugés normaux. Ne pensez-vous pas que ses aspects déplaisants le rapprocheraient alors d’une graine de facho ?

Paul Borrelli : Il y a des gens qui sont déjà comme ça à l’heure actuelle ! Si vous lisez Juan Madrid, Andreu Martin qui sont des auteurs contemporains, vous vous rendrez compte que l'un et l'autre plantent des personnages à l'image de Serge Lançon qui est vraiment un drôle de coco. Mais en même temps, j’ai toujours le souci que le lecteur s’y attache. Il y a des gens qui m’ont dit qu’ils aimaient bien Lançon sans se préoccuper du contexte dans lequel il évolue. Vous semblez penser que Marseille telle que je la décris en 2032 est un drôle de monde. Allez-y faire un tour, à Marseille aujourd'hui : il n'y pas besoin d’attendre 2032. Moi, j’y ai assisté à des situations hallucinantes. La science-fiction m'a permis de recréer Marseille à mes dimensions, de créer un monde imaginaire et de m’y autoriser toutes sortes de loufoqueries. Maintenant, cela crée peut-être une mise à distance chez certains lecteurs, mais d’autres rentrent de plain-pied dedans, et ils ne se posent pas de questions. Ce que je leur propose s'avère effectivement un drôle de trip, une traversée un peu houleuse. Il en va de même pour moi qui l’ai écrit. Je pense qu'il y a deux visions de l’homme dans la littérature populaire. Pour la science-fiction, rien n’est figé, rien n’est stable. Que se passerait-il alors si l’on changeait telle composante ? La science-fiction permet de spéculer à l’infini sur les modifications que cela entraînerait. La rigueur d’écriture du roman noir se positionne à l’inverse puisqu'elle affirme que l’homme sera toujours l’homme, quoi qu’on fasse. Avec sa façade proprette et son arrière-cour peu recommandable. L’arrière-cour de l’homme, c’est l’objet même du roman noir. Moi, je me situe dans cette logique-là, je présente un monde futuriste dans lequel il y a eu des évolutions, mais au fond, il s'agit d'une façon d’exacerber encore plus mon sentiment que l’homme ne changera jamais. Je produis donc du roman noir encore plus noir que le noir. C’est ce que me reprochaient les critiques de science-fiction qui, s'ils trouvaient que L’ombre du chat tenait du chef d’œuvre, n'en affirmaient pas moins, sur la fin, qu'" on s’attendait d’un auteur aussi talentueux qu’il dépasse ce schéma or on s’aperçoit qu’en 2030 il y a toujours les mêmes clivages ". Et oui ! Mais c'est ainsi ! Car c’est du noir de chez Noir, voilà tout !

Comment vous situez-vous par rapport à la violence ?

Paul Borrelli : Je dirai que l’on est toujours mieux disposé à accepter la violence des autres que la sienne propre. La violence des autres nous choque mais pas autant que la nôtre. Tant que l’on peut dire des autres qu’ils sont violents et s’en outrer, cela fait partie du sentiment global d’injustice que l’on ressent dans la vie quotidienne et on s’en accommode comme on peut. Si on commence à se rendre compte que nous-mêmes sommes peut-être violents, là, ce sentiment devient tout de suite plus dérangeant et plus difficile à assumer. C’est cela qui m’intéresse. Je m'intéresse également aux tueurs en série parce qu'ils relèvent d'un psychisme terriblement effrayant, parce que la violence dont ils font preuve va jusqu’à la cruauté et peut être poussée jusqu'au paroxysme. J’ai beaucoup lu, je me suis beaucoup documenté sur le sujet et il m'en est forcément resté des séquelles. Heureusement, dans mes histoires, je m'en débarrasse un peu. Et puis, lorsqu'on parle de " crime sexuel ", c'est donc qu'il existe un lien entre la violence et le sexe. Et cela me pose un problème. Les fantasmes peuvent donc déraper de la violence vers le sexe ou inversement. C’est étrange ! Je ne sais pas si dans le règne animal ça existe aussi... Il me semble que la perversité est spécifique à l’homme. Dans le règne animal, la violence est fondée sur des raisons objectives, des nécessités biologiques. L’homme, me semble-t-il, est le seul animal capable d’une violence complètement gratuite. Voilà qui me choque beaucoup. Par exemple, si vous vous promenez dans certains quartiers de Marseille, vous finirez par tomber sur un type qui va venir vous emmerder sans aucune raison apparente et alors même qu'il n'aura rien à retirer de l'affrontement... J’ai en réalité un côté très enfantin - les auteurs de romans noirs sont sensés être des vieux brisquards qui ont roulé leur bosse et à qui on ne la fait pas – et une très grande naïveté. C’est souvent la colère qui dirige mes écrits. Parce que certaines choses m’insupportent, que je ne peux pas les tolérer... Mes romans sont peut-être pour moi une tentative de m’endurcir, d’essayer de me mettre au niveau du monde qui m’entoure. A ce jour, je n'y suis pas encore parvenu.

Quand écrivez-vous, à quelle fréquence ?

Paul Borrelli : J’ai longtemps été une créature des ténèbres. J’écrivais la nuit, à l’heure où l’on me lâchait un peu, où l’on m’oubliait. Quand la nuit tombe, je suis assailli d'angoisse. Je deviens fébrile, il y a une sorte de tension et je ne dors vraiment bien qu'au petit matin, vers 6-7 heures. Je fais partie de ces gens qui éprouvent le besoin de faire cinquante mille choses dans la journée et qui pensent que la dernière activité en date n’a pas été assez longue. Qui se retrouvent à graver un CD-Rom, à créer une image, à faire de la musique sur ordinateur... J’ai un rapport particulier aux ordinateurs et c’est grâce à eux que je fais tout ce que je fais actuellement. Maintenant, je me suis acheté un petit portable compatible avec mon PC, et depuis que je l’ai, j’écris un peu partout et à n’importe quelle heure. Je pianote à tout moment. Ainsi, peut-être terminerai-je mon prochain livre un peu plus vite. Par exemple, je fréquente les endroits où passent des musiciens, que je vienne pour jouer ou juste pour écouter. Mais souvent, les concerts ne commencent pas avant dix heures et demie. Alors je sors mon PC de poche et j’écris. Parfois, le stress d’un environnement bruyant et indifférent à mes efforts m’oblige à me concentrer d’autant plus, cela peut s’avérer payant. D’autant que j’ai toujours une foule de choses à observer, j’écris en direct, les incidents sont autant de sources d’inspiration pour moi. En général, les gens me laissent tranquille, ils me voient concentré sur ma machine, ils ne viennent pas m’aborder. Ils m’oublient au bout d’un moment. Alors j’en profite pour les étudier. Je trouve ça passionnant, la façon dont le corps et le visage donnent du sens à autrui. Comment une femme en présence de deux hommes donne à comprendre à l’un d’eux qu’elle le préfère, lui. Quand on n’est pas impliqué, on peut vraiment observer de façon assez fine et c’est intéressant pour un écrivain. Et puis j’écris aussi dans les moments de colère, de douleur, de tristesse infinie, et ça doit probablement influencer le résultat.

Maintenant que vous êtes écrivain ressentez-vous toujours, à la lecture d’un livre, le plaisir que peut éprouver un lecteur ordinaire ou êtes-vous devenu, en raison de votre propre approche du roman, bien plus critique, plus exigeant ?

Paul Borrelli : J'ai forcément perdu un peu de fraîcheur, sans doute parce que je me suis retrouvé à chroniquer des livres pour des revues. Il me fallait les décortiquer... J’en ai pris l’habitude, maintenant. Il n'empêche que lorsque je tombe sur des écrivains qui sont vraiment très forts comme Michael Connelly, je suis toujours capable d'enthousiasme... Je détecte d'emblée les ficelles, je les vois se profiler mais si le bouquin fonctionne bien et tient le coup jusqu’à la fin, ça va. Ce n'est pas un problème. Par contre, si en cours de route il y a un truc qui me déçoit, là je ne suis pas tendre. Par exemple, lorsque j'ai lu Le poète de Michael Connelly, j’ai déterminé précisément à quel endroit le bouquin aurait pu s’arrêter et à quel moment l'auteur a commencé à jouer les prolongations. Je crois me souvenir que c’était à la page 491. Là, apparemment, l’histoire est achevée... Et hop ! Voilà que Michael Connelly se croit obligé d’inventer un dernier tour de passe-passe pour redonner encore un peu de frisson au lecteur. Là j'ai vraiment pensé qu'il en faisait trop. Et l'histoire en devenait moins crédible. Mais jusqu’à ce moment très précis, le bouquin était excellent et à mon avis, Connelly aurait dû s’arrêter là.

Quels sont vos livres, vos auteurs de prédilection ?

Paul Borrelli : Tout d’abord, et de façon complètement inconditionnelle, le roman de Philip K. Dick : Substance mort. Je ne peux pas dire combien de fois je l’ai lu et relu. C’est ma première référence, très loin devant tous les autres. Si je devais emporter un livre sur une île déserte, je prendrais sans doute celui-là. Je laisserais peut-être les miens mais celui-là je l'emporterais assurément. Ensuite, il y a Thomas Harris, James Ellroy, Robert Bloch, Herbert Lieberman, et puis des auteurs qui nous sont arrivés plus récemment comme Val Mc Dermid, Michael Connelly ou encore William Lashner... pour ce qui concerne les écrivains se commettant dans le polar pur. Mais des auteurs qui s'essaient à tous les genres comme Serge Brussolo m’intéressent également. J’ai aussi un faible pour Charles Bukowski, John Fante, des gens comme ça. En matière de science-fiction, James G. Ballard figure parmi mes écrivains de prédilection... Mais actuellement, je ne lis plus grand chose puisque je suis attelé à l'écriture de mon prochain roman. De plus, je me suis remis à la musique et j’ai tendance à cavaler à droite à gauche. Certains diraient même que je mène une vie plutôt dissolue... Pour compléter ma réponse, dans le domaine du polar, il ne me faut pas oublier de rendre justice à Thierry Jonquet, car s'il me fallait redémarrer dans le genre avec une base de deux ou trois bouquins j'opterais sans hésitation pour Les Orpailleurs et Moloch, en raison de l’ancrage de ces deux intrigues dans le réel, le quotidien, et les remarquables qualités de construction... Sinon il y d’autres livres qui m’intéressent. En ce moment, par exemple, je relis Le Palais des rêves d’Ismail Kadare, un texte qui entretient des rapports de connivence avec mon prochain roman. Je lis aussi de la non-fiction, notamment des ouvrages sur la seconde guerre mondiale, puisque c’est lié à l’histoire que je prépare.

L’Art est toujours très présent dans vos livres. Vous êtes d'ailleurs également musicien et sculpteur. Vous faites aussi beaucoup référence à Magma... Pouvez-vous nous en dévoiler un peu plus votre rapport à l'Art ?

Paul Borrelli : Parler de Magma m’est difficile parce que l'on touche à des choses très profondes et j’ai vraiment l’impression que les mots se déroberaient... En ce qui concerne Mathias Stromme et sa production plastique, dans Trajectoires terminales, je ne vous cacherai pas que je me suis directement inspiré de mes propres sculptures, et en particulier de mes propres masques en métal. J’essaie de réaliser, avec mes masques ( le plus grand mesure un mètre vingt de diamètre ), ce que j'appelle un art primitif post industriel. C’est à dire que je me comporte, vis à vis des objets industriels, comme le primitif qui creuse un tronc d’arbre, ou récupère des plumes d’autruches... Le but est de créer à partir des matériaux que j’ai collectés, la technologie dont je dispose, mais dans une approche magique, naïve. J’ai toujours été fasciné par l’art Inca et par l’art primitif en général : ces statuettes dégagent une très grande impression de magie, de puissance, de pouvoir, avec souvent, un côté halluciné. J’ai eu envie de créer à partir du métal des choses similaires. Si on y regarde de près, on s’aperçoit que mes objets sont composés de ressorts, de chapeaux de bielles, d'engrenages, de culbuteurs, etc... Des pièces disparates qui n’ont aucun intérêt en soi. En fait, il s’agit pour moi de récupérer des scories, des fragments produits par l’industrie, de me les réapproprier et de les inclure dans un ensemble de signes qui fait qu’à l’arrivée la signification est différente, le contexte est différent. C’est ce que je tente aussi d'obtenir à travers l’écriture. Prendre des échantillons, des fragments, des bribes qui me paraissent significatifs, qui me paraissent rendre compte de l’émotion que je veux faire passer et les obliger à se raccorder entre eux et à raconter autre chose. Avec des matériaux modernes, je cherche à retrouver cette espèce d’urgence de l’art primitif, cette puissance, en faisant fonctionner ensemble des choses qui au départ paraissent antinomiques. Pour la musique, c’est un peu pareil. J’ai bien entendu ma pratique de l’instrument, puisque je joue des tambours Cubains, mais je fais partie des rythmiciens qui composent volontiers, et là, je fais feu de tout bois. Intégrer des influences diverses, comme Magma, Miles Davis, King Crimson ou même des trames issues de la salsa, c’est pour moi un travail passionnant. Ce que j’ai beaucoup aimé dans Magma, c’était cette intention de mettre toute sa vie dans la musique, d’y pousser ce que Christian Vander appelle " le cri ", ce flux d’émotion pure poussée au paroxysme. Ce don total de soi, je trouve ça admirable. C’est ce qui fait que la musique est si intense. Comme si un courant de folie pure la traversait. Cette démarche est pour moi fondamentale. C’est ce que j’essaie de retrouver à travers tout ce que je fais. Un jour, j’ai joué un chorus pendant près de dix minutes sur mes tambours, c’était la fin de la soirée, j’avais plus de trois heures de percussions dans les mains, ça commençait à vraiment chauffer. Et à la fin du chorus, j’ai cru que j’allais tomber dans les pommes, je manquais d’air et j’avais le cœur qui battait à toute vitesse... Je ne prétends pas être le meilleur, loin de là. Mais je suis absolument authentique dans ma démarche, ça oui. Et pour écrire c’est pareil. Je ne lâche pas un texte dans la nature tant qu’il n’est pas parfait. Tenez, par exemple pour Désordres, il a fallu cinq versions successives.

Quels sont vos projets ? Serge Lançon est-il réellement mort à la fin de la trilogie ?

Paul Borrelli : Lançon est mort... tant que je n’écris plus sur lui ! J’éprouvais le besoin de clore la trilogie et de passer à autre chose. Mais je me le garde sous le coude. Je me suis préservé une porte de sortie. Qui sait ? Il pourrait réapparaître dix, voire vingt ans plus tard, dans une société qui aurait encore évolué... Pour l’instant il est mort, en stase dans le " moratorium " comme le sont les personnages de Philip K. Dick dans Ubik. Mon prochain roman sera en totale rupture avec la trilogie marseillaise. Peut-être ne vous plaira-t-il pas du tout ! Mais c’est un défi et j’éprouve le besoin de changer de cap. Je n’ai pas envie de me cantonner à un seul genre. Jusqu’à présent, j’ai proposé des romans épais qui se déroulent dans le futur, avec des enquêtes complexes mettant en scène des sérial killers, beaucoup de personnages et écrits à la troisième personne du singulier. Mon prochain roman sera donc mince, écrit à la première personne du singulier, et il ne plantera que peu de personnages. Le héros n’aura pas de nom et il n’y aura pas d’enquête non plus. L'intrigue se déroulera à notre époque et fera référence aux années quarante. Ce sera un mélange de roman noir et de roman fantastique. Autant la trilogie était très cadrée et je m’autorisais des digressions à l’intérieur de la structure, autant je me jette dans le suivant en n'ayant rien décidé à l’avance. C’est un peu effrayant car c’est le vide devant moi. On retrouvera bien sûr ma patte et ce sera toujours du noir plus noir que le noir. Ce livre est basé sur le principe de l’exponentiel. Il démarre au niveau zéro. Les premières pages sont presque ennuyeuses car il ne s’y passe pas grand chose : il y est question d'un type qui arrive à Bandol pour prendre possession d’un palais dont il a hérité, et il nous livre ses impressions sur ce village. Le lecteur pourra se dire : " Bof ! Et alors ? .. " Mais s'il va de l'avant, il s'apercevra qu'il commence à arriver à ce type des choses un peu bizarres, puis de plus en plus bizarres... et puis, ça partira franchement en vrille et alors le lecteur pourra vraiment se demander ce que lui réserveront les cent pages restantes ! Si l'éditeur souhaite me voir supprimer le début, je refuserai certainement car c’est là que doit s'opérer toute la préparation psychologique. Et l'on doit atteindre un tel paroxysme à la fin ! .. Le titre que j'ai choisi pour ce roman sera Le Palais des tourments. Tout un programme !

Rencontre retranscrite sous forme d’interview par Eric Lavanant et Patricia Mevel. Un grand merci à Paul Borrelli pour avoir accepté de nous rencontrer le temps de la soirée qui lui a été consacrée le 26 janvier 2000, pour les réponses données à toutes les questions qui lui ont été posées et pour nous avoir ainsi permis de mieux apprécier son univers romanesque.

Bibliographie

L'œil était dans la tombe - nouvelle (in 813, les amis de la littérature policière ; mai 1994)

L'ombre du chat - roman, cycle Serge Lançon (ed. de l'Atalante ; 1994)

Vue imprenable - nouvelle (in L'Hebdo ; juillet 1995)

Miles away - nouvelle (in L'Hebdo ; août 1995)

Désordres - roman, cycle Serge Lançon (ed. de l'Atalante ; 1997)

Catharsis - nouvelle (in Apsara ; 1998)

Trajectoires terminales - roman, cycle Serge Lançon (ed. de l'Atalante ; 1999)