Le Maître du Temps

Louise COOPER

Bragelonne, 2006
Traduit de l'anglais. Réédition en un seul volume d'une trilogie composée de L'Initié, Le Paria et Le Maître, parus dans la langue originale en 1985, 1986 et 1987, puis chez Bragelonne en 2001 et 2002.



Ce livre réunit en un seul ouvrage les trois volets d'une trilogie de renom datant d'il y a déjà vingt ans. Cet ouvrage de fantasy est brodé sur une trame classique d'affrontement entre les forces du bien et du mal : l'ordre et le chaos se sont livrés il y a des siècles un combat sans merci, dont le premier est sorti victorieux. Depuis il règne sur le monde, et son autorité est représentée par le Cercle (des magiciens de l'ordre), les soeoeurs d'Aeoris (une sorte de caste féminine dévote cultivant les dons paranormaux tels la divination) et le Margravat (les margraves étant les dirigeants des provinces regroupés sous l'égide du Haut Margrave). Ce monde vit en harmonie et ignorerait peu à peu tout du chaos si l'enseignement sacré ne leur rappelait pas l'ancienne menace. Ses terres sont pourtant traversées par les vortex, d'horribles tempêtes magiques qui avalent pour toujours les humains imprudents ou malchanceux qu'ils rencontrent, et qui sont le reliquat de la présence des dieux noirs sur terre. Un vortex un jour pourtant recrache une jeune victime de treize ans : Tarod. Ce jeune garçon est recueilli au château de la péninsule de l'étoile, où siège le grand initié qui dirige le Cercle. Ses incroyables aptitudes magiques le hissent très jeune au plus haut rang des adeptes du Cercle, accomplissement suprême ! Devenu un membre des plus respectables de cette société rigide à laquelle il appartient, il rencontre alors une curieuse jeune fille de basse extraction mais douée d'un don de voyance qui va l'aider au cours d'une quête personnelle, la jeune Cyllan. Les nuits du jeune homme sont troublées par d'étranges rêves où intervient de façon confuse la gemme qu'il porte à son doigt depuis son enfance et qui est le seul objet que son géniteur lui ait laissé avant de les abandonner, lui et sa mère. Il cherche à découvrir leur sens caché et la jeune fille l'aide à trouver une plante dont la décoction lui fera trouver la voie de la compréhension. Bientôt l'avertissement onirique se précise : le chaos est prêt à revenir sur terre. Que va-t-il advenir de Tarod ? Quel destin l'attend dans cet affrontement cataclysmique dont il semble être le déclencheur ? La jeune Cyllan, rose poussée sur le fumier des basses castes, en fera-t-elle partie ? ? ?

On se laisse porter par le récit. Classique, soit, captivant, non, mais sympathique tout de même ! Quelques imprécisions, invraisemblances, incohérences ont beau ponctuer la narration, on prend plaisir à lire les avancées du héros dans tous les domaines et il est très satisfaisant de le voir finir en beauté dans les bras de sa bien-aimée qui n'est pas la plus belle des belles mais bien la plus courageuse et la plus loyale. Un certain romantisme qui n'est pas pour déplaire ! Pour passer quelques heures agréables à lire. Pour les autres qui veulent du passionnant, du sensuel, du magique, du haletant, il faudra retourner chez Tanith Lee (qui a pourtant l'air de donner un avis favorable en quatrième de couverture, à voir !).

Marion Godefroid-Richert


Notre Reine des Neiges

Louise COOPER

Nestiveqnen, 2004
Traduit de l'anglais. Première parution dans la langue originale en 1998.



Dans l'empire de Vyskir, on vénère un Dieu dont le culte est assuré par Urss, le Grand Père Exalté et ses prêtres. Le peuple quant à lui voue une ferveur toute particulière à vénérer la Dame des Neiges - dont Beck est l'actuelle Grande Mère- parce qu'elle s'est toujours astreinte à le protéger quand le besoin s'en fait sentir. Or, force est de constater que depuis quelque temps la Dame ne se manifeste plus et que les Lueurs de Corolla ont disparu... L'empereur, qui n'a plus que quelques mois à vivre, a deux fils, dont l'aîné, Osiv, héritier légitime du trône, n'est jamais apparu en public pour la simple et bonne raison qu'on a toujours voulu cacher au peuple que le successeur légitime est en fait un débile profond, pas plus âgé mentalement qu'un enfant de cinq ou six ans. Pour compliquer encore la situation, les lois qui régissent l'empire interdisent à Kodor, frère cadet d'Osiv, de prendre femme tant que son aîné n'a pas convolé en justes noces. Et il se trouve que le duc Arec de Sekol, qui veut unir son royaume à celui de Vyskir, a décidé de parvenir à ses fins en célébrant l'union de Kodor - dont certains disent qu'il serait un enfant bâtard conçu par sa mère hors du lit conjugal - avec sa propre fille Pola. Pourparlers, arrangements, manigances, chantage... Pour ce faire, il faut s'employer à marier Osiv au plus vite. On lui choisit donc une jeune fille, très belle certes, mais surtout très docile, Nanta, membre du choeoeur de l'Académie de la Métropole et qui se destinait à devenir soliste. Mais la jeune fille dont un secret connu de ses parents seuls entoure la naissance ne dit mot des visions qui l'assaillent et dans lesquelles la Dame des Neiges, défunte, ne cesse de crier vengeance... Urss et Beck organisent un simulacre de mariage entre Osiv et Nanta, ce qui permet à Kodor de s'unir à son tour à Pola. Le temps viendra ensuite de supprimer Osiv et son épouse. Alors, Kodor, en tant qu'unique héritier légitime, pourra enfin prendre le pouvoir et diriger l'empire. Nanta découvre bientôt toute l'horreur de sa situation, mais elle éprouve peu à peu une grande affection pour l'enfant qui est son mari. A la mort de l'empereur, un simulacre de sacre place Osiv IV sur le trône... Nanta et Kodor, tous deux aimant profondément qui son époux qui son frère, découvrent que Urss et Beck veulent assassiner le nouvel empereur et vont s'employer à le sauver. Mais Nanta, victime d'une tentative d'empoisonnement, est également menacée...

Une excellente fantasy qu'on lit avec délectation. Louise Cooper est une conteuse à part entière, au talent incontestable. Une grande parmi les grandes et qui a de l'imagination à revendre. Elle nous propose ici une nouvelle intrigue originale, captivante et dépaysante, bien construite, maîtrisée de bout en bout, servie par un style et une écriture parfaitement adaptés et des plus agréables. Une fois la lecture commencée et les règles du genre acceptées, impossible de s'arrêter avant la dernière ligne. On assiste à la lutte du Bien représenté par la Dame des Neiges contre le Mal représenté par le Dieu et ses prêtres. On y rencontre des personnages hors du commun comme des Lutins des Glaces, messagers de la Dame, des humains habités par des visions... Pas de problème pour se familiariser avec l'univers : il est fort bien décrit. Les personnages qui l'animent sont attachants, très fouillés, les péripéties auxquelles l'action les confronte sont nombreuses et le suspense s'avère fort bien orchestré jusqu'aux toutes dernières pages où l'on découvre qui sont réellement Nanta et Kodor.

Bref, un vrai bonheur dont on attend la suite avec une impatience toute légitime !

MGRB

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