L'espincheur des accoules

Gilles DEL PAPPAS

Jigal, 2005



C'est du marseillais. Les mots et les expressions chantent bien. On est plongé dans un univers qui sent bon les vacances au soleil, le pastis, la pétanque, et aussi la chaleur humaine, la convivialité, le partage. Marseille serait-elle la ville d'un " Vivre ensemble " mieux réussi qu'ailleurs, et pas seulement autour de l'OM ?

L'intrigue, elle, m'a semblé alambiquée et un peu fouillis. On a l'impression que l'auteur a peur que le lecteur soit en manque. Alors il en rajoute et des morceaux font un peu rapporté.

Personnellement, je me suis intéressé au côté " suite de l'occupation ". On dirait que les comptes de la guerre et de la libération n'ont pas été soldés pour tout le monde. L'histoire est connue : la clique politique, policière et maffieuse qui tenait Marseille avant guerre, comme une quelconque Chicago, a explosé à la fin de l'occupation. Certains politico-gangsters ont joyeusement collaboré jusqu'au bout. D'autres, issus des mêmes bandes, se sont finalement retrouvés aux côtés des résistants, et ce sont eux qui ont contribué à construire l'empire Defferre dans les années 50. Voilà un contexte que l'on retrouve régulièrement, et Del Pappas s'offre un monstre style Dr Petiot qui a laissé derrière lui dossiers explosifs et cadavres anonymes. De quoi mobiliser toutes les polices pour éviter de nouveaux scandales à la République.

Le livre se laisse donc lire, sans qu'on y trouve le souffle que le contexte aurait pu apporter.

Alain Cariou


L'anticyclone des Açores

Gilles DEL PAPPAS

Jigal, 2003
Onzième aventure du Grec



Août 1970, trois jeunes photographes en goguette mitraillent à tout va, pour le compte de l'agence de presse qui les emploie, les stars venues s'exhiber ou se donner en spectacle lors du mythique festival hippie organisé sur l'île de Wight. Les photos prises alors dormiront plus d'une décennie avant de refaire surface à Lille, à l'occasion d'un projet de publication. Elles provoqueront une embrouille invraisemblable et déclencheront de féroces passions chez de mystérieux individus prêts à tout pour récupérer ces fameux clichés et qui ensanglanteront les rues lilloises. S'intercalent dans le récit des apartés racontés à la première personne sur la vie d'Ernesto Che Guevara dont le rapport avec l'histoire n'est révélé qu'à la toute fin du roman...

Tout l'intérêt de "L'anticyclone des Açores" est de jouer sur le contraste entre deux mondes pourtant pas si éloignés l'un de l'autre : le nord de la France - en la personne des deux Ch'tis, Sam et Luc - et le sud, la Provence représentée par Constantin, "le Grec" de Marseille, personnage central du livre et héros récurrent, épicurien amateur de bonne chère et de jolies girelles, que l'écrivain Gilles Del Pappas met en scène dans les polars "aïoli" qui composent sa saga marseillaise. Et rappelons encore que tout comme son héros, l'auteur est lui aussi un Marseillais d'a'scendance grecque qui pendant quelques années a bel et bien exercé la profession de reporter photographe. C'est une savoureuse mixtion plutôt que le constat d'un antagonisme entre les deux régions que l'auteur nous offre ici. On partage en effet bien plus qu'on ne mesure les langues et les cuisines propres à chacune des deux cités emblématiques que sont Lille et Marseille. Ce joli mélange compense avec bonheur une intrigue un peu faible quoique bien construite et bien menée. En outre, les personnages auxquels on sent bien que l'auteur voue une sincère tendresse sont suffisamment attachants pour faire passer la facilité de la pirouette finale.

A lire pour le repos neuronal, le récit coule !

MGRB


  

Bleu sur la peau

Gilles DEL PAPPAS

Jigal, 2001



Pas de chance pour Constantin dit le Grec : son ami Philippe le commissaire, vient de retrouver le cadavre d'une femme dont le sac contient une photo portant sa propre adresse !  Constantin échappera de peu à une noyade, à un attentat à l'explosif et à une tentative d'assassinat... Mais le meurtre de la femme le ramènera à une page douteuse de l'histoire de Marseille.

Bleu sur la peau, paru en 1998, est le deuxième roman de Del Pappas, après Le Baiser du congre. Le roman est sombre, évoquant une page douloureuse de l'histoire de Marseille. Les parents de l'auteur se sont eux-mêmes rencontrés dans la Résistance. Aussi, Del Pappas se sent-il attiré par cette page de l'histoire : du 22 au 24 janvier 1943, les allemands organisent une rafle, largement menée par la police française accompagnée de René Bousquet, essentiellement dans le quartier populaire du Panier. Les Juifs sont envoyés en camps et le quartier est entièrement détruit. Ce sujet a également été traité en polar par Maurice Gouiran dans Train bleu train noir, chez le même éditeur.

Bleu sur la peau est truffé de régionalismes et d'expressions locales pour la compréhension desquels, l'auteur a eu la gentillesse d'ajouter un glossaire. J'en tire ici les petits bijoux révélés par ce bouquin : "Il me casse les roustanbofis, ce testardon", tout comme "tu me fais caguer, jobastre" ou encore "devant des jeunes femmes qui dans le pire des cas regardaient d'un air sarcastique mon pauvre chichi belli qui ressemblait à une esquinade ou à un vrai baccala estransi",  trois expressions qui se passent de traduction. Mais quand on tombe en extase devant l'engatse (l'embrouille), la mounine (le sexe féminin), le quicou (le mot tendre) ou encore le taven merdassier (la mouche à merde), mieux vaut avoir le lexique en main ! Un oubli, le zboube (p. 209), mais dans l'expression colorée, "il m'excède le zboube", le lecteur a vite fait de piger !

Évidemment, lecteur, si tu kiffes pas un minimum Marseille, tu vas bader le bouquin, mais alors t'es un vrai boucan ! Marseille, Del Pappas, lui, il connaît, puisqu'il y est né en 1949. De la ville, André Suarès, poète marseillais, en souligne l'air d'ailleurs qui y flotte : "Celui qui est né à Marseille, n'a pas besoin de partir... Il est déjà parti."  On croise dans Bleu sur la peau, des figures marseillaises comme les deux escrocs, Carbone et Spirito, figures du milieu local. Mais on évoque également Caussimon, le pote de Léo qui composait pour lui des textes fameux tels que Comme à Ostende ou Ne chantez pas la mort.

Le livre est plein de personnages intéressants : Esther, une vieille marseillaise qui accueille son Constantin à coups de petits plats mitonnées avec amour ou  Claudie, la fliquette amoureuse de littérature policière et enfin Constantin, le Grec, qui n'a jamais eu de bol avec les girelles (un petit poisson mais aussi une jolie fille).

Un poil long vers le milieu, ce livre est tout de même prenant, bien écrit et porte en lui des pages d'histoire qui ne peuvent laisser indifférent.

PS : pour ceux qui souhaitent une explication à la sardine qui bouche le port de Marseille, mieux vaut aller voir avant d'évoquer gratuitement l'exagération des marseillais !

Marc Suquet

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