Maroc

Daniel EASTERMAN

Belfond, 2004
Traduit de l'anglais (Royaume-Uni). Première parution dans la langue originale en 2002.



Angleterre, 2002 : Peter Budgeon, journaliste globe-trotter de vingt-cinq ans, reçoit une lettre inquiétante de sa mère, Nathalie, dans laquelle il est fortement question de mort... Il en fait part à son père, Nick, ex-commandant au sein de la Special Branch et à présent éditeur à Oxford. Nathalie, française issue d'une riche famille de négociants en vins de Reims a brutalement quitté Nick, il y a quatre ans, sans un mot, sans une explication. Nick est alors bien décidé à retrouver son épouse - la seule femme qu'il ait jamais aimée - et à reprendre avec elle le cours d'une vie interrompue. Quand il la retrouve enfin, dans un appartement, à Deauville, il est trop tard... Nathalie vient de se suicider. Elle git au milieu de centaines de feuilles de papier, cartes postales et photos répandues par terre et sous les meubles. La plupart des papiers sont des documents officiels. Ils remontent aux années 30 et 40, beaucoup sous le régime de Vichy, et ont souvent trait à des questions juridiques au Maroc. Nick découvre également un bulletin ronéotypé de la Résistance, un passeport anglais au nom d'Alice Denisson... Les documents semblent provenir d'une boîte en métal noir sur laquelle est collée une étiquette : Vincent et Raymond Bihin, notaires associés... Que signifient cette boîte en métal et cette étiquette ? Le suicide de Nathalie a-t-il quelque chose à voir avec ces documents qui parlent de nazis, de promesses non tenues, de trahisons, de mort et de déshonneur ? Nick ne se doute pas encore qu'il vient de réveiller les fantômes du passé, les terribles fantômes qui détiennent la clé du présent...

Daniel Easterman, grand auteur de politique fiction, s'est toujours efforcé de montrer que le thriller pouvait être un moyen efficace de combattre tous les extrémismes. En fait, "dans tous ses romans qui déclinent les mêmes thèmes, Easterman pose la question de l'omniprésence du Mal" ("Dictionnaire mondial des littératures policières", sous la direction de Claude Mesplède). Mêlant vérité historique et fiction avec audace et habileté, il a réussi quelques thrillers d'espionnage captivants, tels "Incarnation" et "K", mais il a parfois raté son coup : par exemple "La nuit du 7e jour", pour ne citer que lui, malgré des qualités indéniables, est un roman qui manque par trop de crédibilité... Eh bien, "Maroc" fait malheureusement partie des romans "moins crédibles" (peu crédibles ??) de Daniel Easterman... Trop d'incohérences et d'invraisemblances dans une intrigue alambiquée (bâclée ?) que les digressions inutiles rendent encore plus pesante. L'évocation du Maroc sous le régime de Vichy est certes intéressante et fort bien menée. On y trouve un personnage généreux, le plus attachant du roman : Marie-Louise, "la Résistante...". Mais que dire de "l'actualité", de la quête douloureuse et laborieuse de Nick Budgeon, ballotté dans un Maroc de cauchemar, à la recherches de vérités cachées ? Des personnages caricaturaux et manichéens nous entraînent dans une action où le rocambolesque cède vite le pas au grand-guignolesque le plus ridicule. Le scénario catastrophe, pourtant impeccablement documenté du "maître de l'apocalypse" et du grand spécialiste de l'Islam, reste décevant, même pour les plus fidèles admirateurs de Daniel Easterman dont nous faisons partie. Plus grave encore, il fait mentir son compatriote George Bernard Shaw qui a dit : "les bons auteurs anglais sont, en général irlandais !"

Un roman décevant, par conséquent.

MGRB

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