Icare

Jean ANNESTAY, MOEBIUS, Jirô TANIGUCHI

Dargaud, 2005



Voici la première collaboration du vénérable maître de la bande dessinée de science-fiction avec le fameux mangaka auteur entre autres de " Quartier lointain ". Sur un scénario de Jean Giraud et de Jean Annestay donc, Taniguchi développe l'histoire d'un garçon, Icare, doué de la capacité de léviter à volonté depuis sa naissance. Ce phénomène qui réalise pour la première fois le vieux rêve de l'humanité de pouvoir voler suscite les convoitises de tous les gens qui y assistent et conduit à la mise en cage de cet oiseau humain. Les scientifiques se bousculent au chevet du jeune mutant pour comprendre et, pourquoi pas, s'approprier ses incroyables dons. Mais Icare est un être humain avant tout et va révéler sa nature profonde au monde qui l'entoure avec la naissance de son amour pour la belle Yukiko, la jeune ethnologue qui s'occupe de lui.

Cet album constitue le premier de ce qui pourrait devenir une série : le décor est planté, un peu désespérant, d'un Japon futuriste assez proche où le pouvoir est autocratique et militarisé, où l'homme est entré de plain-pied dans l'expérimentation génétique (pour améliorer l'espèce ? pour au contraire créer des hommes " jetables " ? ?), où les différents personnages de l'histoire baignent dans une atmosphère trouble, très sexuée. Moeoebius et Jean Annestay ont écrit plusieurs versions du scénario de cet album, dont une faisait plusieurs milliers de pages ! Finalement l'éditeur et le dessinateur en ont fait une mouture pas inintéressante mais pas tout à fait aboutie non plus. On y reconnaît le mythe d'Icare et de sa chute parce qu'il s'est trop approché du soleil. Ici le moteur de la chute de l'homme volant serait plutôt l'amour et son pendant, le sexe. Les personnages parlent peu, laissant plus de place à l'action. Cela donne des changements de rythme un peu ardus à suivre, qui rompent avec le ton assez aérien de l'histoire. Rien d'irrattrapable s'il y a un second tome qui fait se rejoindre tous les protagonistes... Une affaire à suivre.

Marion Godefroid-Richert

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