Astérix chez les Pictes

Didier CONRAD, Jean-Yves FERRI

Albert René, 2013



Notre village d'irréductibles Gaulois se trouve cette année-là pris d'assaut par... la neige ! Il fait froid, très froid, à ne pas mettre un sanglier dehors... C'est en allant ramasser des huîtres que nos deux compères, Astérix et Obélix, découvrent un "glaçon avec quelqu'un dedans."

Ramené au village pour être examiné par Panoramix, ce "quelqu'un dedans" se révélera être un Picte aphone (huhuhu) et surtout amoureux. Il va entraîner nos deux héros (non, Idéfix tu restes avec Panoramix tu es trop petit...) chez lui pour chasser l'infâme Mac Abbeh et délivrer Camomilla, fille adoptive du bon Mac II.

Je ne vous apprends rien sur le changement de scénariste et de dessinateur pour notre Astérix national, ni sur le fait que c'était une commande et que la pression devait être coton ! Eh bien, ma foi, ils s'en sortent plutôt pas mal.

Tout d'abord le dessin : je ne suis pas assez "spécialiste" d'Astérix pour avoir perçu une différence notable. Je resterai donc sur ma première impression... c'est bien du Astérix ! Le scénario maintenant : c'est là peut être que je mettrais un bémol. En effet, M. Ferri m'avait tellement emballé avec son De Gaulle à la plage que je me permets de trouver l'histoire un peu trop basique. La quête n'en est pas vraiment une et les ingrédients repris ne sont pas de la première fraîcheur. Mais cela ne m'a pas empêchée de glousser bruyamment à chaque lecture des prénoms "pictoresques" mais aussi "romanesques" inventés pour l'occasion. Bien que j'en meure d'envie (car ils sont vraiment savoureux) je ne vous en citerai aucun, suscitant peut-être chez vous une curiosité éPICTEcurienne (OK, je sors...)

Annecat


C'est qui, les Pictes, et que va faire Astérix chez eux ? Ce sont les tribus britonniques vivant en Ecosse du nord. Mais inutile d'en faire trop sur leur nom car on ignore celui par lequel ils se nommaient eux mêmes ! Mais bien sûr, la bretonnitude faisant, Astérix et son pote Obélix s'embarquent pour faire un tour chez leurs cousins nordiques. On imagine toutes les aventures qui s'ensuivent.

Un album que l'on peut résumer par deux mots : fidèle et sympa. Fidèle parce que ça castagne du Romain, les pirates vont couler en pleine mer, Assurancetourix ne chantera pas et les braillards de Gaulois achèvent l'histoire autour d'un banquet. Sympa parce que c'est vivant, plein de blagues et de jeux de mots plutôt amusants et que les héros sont toujours les symboles frondeurs des Frenchies face à l'occupant. Bref, un Astérix qui tient ses promesses malgré le remplacement de ses pères par de nouveaux auteurs, Ferri et Conrad.

Marc Suquet


  

De Gaulle à la plage

Jean-Yves FERRI

Dargaud, 2007
coll. Poisson Pilote. 48 pages. 11,50 euros



Une série de strips de 6 images chacun sur les aventures du Général à la plage.

Représenter De Gaulle à la plage est déjà une provocation : on imagine assez peu le général s'adonnant aux joies du bronzage. De plus, sa tenue de vacancier, un short de plage assez béant, lui sied merveilleusement bien ! Il y a donc un vrai décalage qui donne un comique à cette situation incongrue. L'idée de base du scénariste est donc vraiment originale : transposer de Gaulle dans un milieu très loin de celui qui lui est familier. C'est près du sacrilège : il s'agit du Général tout d'même !
Le personnage conserve cependant son caractère : fier et presque royal. Il a un coté divin puisque même l'océan lui obéit, les vagues montant sur la côte en suivant ses ordres.
La couverture est déjà elle aussi drôle : on y voit la silhouette du Général sans la tête, celle ci étant bien sur hors du cadre de la couverture. Le Général à la tête dans les nuages, comme le connaît la représentation populaire.
Il y a également des échanges savoureux comme ceux de tante Yvonne avec son Charles. Mais aussi de Churchill avec de Gaulle, un échange dans lequel on sent la rivalité qu'on vécu les deux personnages.  
Une vraie caricature d'un personnage mythique de l'histoire française traitée avec beaucoup d'humour.

Marc Suquet


Il fallait oser ! A l'heure où on nous rebat les oreilles quasi-quotidiennement de l'héritage du grand Charles , lui mettre un short grand comme un parachute et l'envoyer à la plage en Bretagne avec Yvonne apporte un bol d'air salutaire au mythe du grand homme . Qui découvre les tongs . Et dans le même temps qu'elles se mettent aux pieds . Boit des coups en devisant de son accent avec Churchill , fait la planche , regarde les charmantes autochtones en maillot de bain , a recueilli le rejeton du chien d'Hitler et relance un appel le 18 juin ... pour obtenir un ballon.
Ferri ou bien comment travailler l'humour décalé ! Il est à signaler tout de même que mythe déboulonné il y a , mais on sent toujours toutefois le respect sous-jacent . On rit avec le général des cocasseries de situation , pas vraiment de lui . On appréciera par exemple ce passage où dans un grand élan naturaliste CDG s'élance nu vers la mer pour chasser les mouettes du bord , qui s'avèreront en fait être une troupe de bigoudènes en goguette . Le résultat du pari audacieux de l'auteur est qu'il est bien tenu . On rigole d'un bout à l'autre , l'oeuvre est plus que plaisante . A signaler pour les non avertis : le long listing en quatrième de couverture d'aventures gaullistes est une facétie de l'auteur , il n'existe pas de tome « La revanche de Pompidou » ! Mais pourquoi ne pas imaginer une série qui se continuerait sur le même mode : Sartre et Beauvoir font du trekking , la croisière s'amuse avec VGE , Malraux chez les nudistes ? Avis aux amateurs ...

Marion Godefroid-Richert


"Le plus difficile, ce n'est pas de sortir de Polytechnique, c'est de sortir de l'ordinaire !" (Charles De Gaulle)
"Je vous ai compris !" (le même)
Eté 1956 : la IVème République tremble sur ses bases et la France s'enfonce de plus en plus dans la crise. "Par l'écu de Clovis", que devient le général de Gaulle ? Comment réagit-il ? Que fait-il ?
"Lassé de l'ingratitude des Français et de la médiocrité de leurs dirigeants, le libérateur de la France décide de prendre quelques vacances bien méritées"... (page 3)
... " Il est à la plage le général de Gaulle. Il bronze le général de Gaulle. Fallait pas le laisser partir le général de Gaulle..."(p 15)
Altier, hiératique, mégalomane, rêveur, déconnecté de la réalité, torse nu, short militaire kaki, aux pieds, des tongs prises sur l'ennemi viêt, de Gaulle se baigne dans l'eau souvent fraîche des côtes bretonnes, pique des roupillons, lance des appels au micro, ressasse ses heures de gloire, dicte ses mémoires à son aide de camp, le fidèle et dévoué Lebornec... Il y a là également sa fidèle épouse, Yvonne, qui tricote, surveille son illustre mari et se montre souvent critique voire ironique à son égard ... " Fifi", leur fils qui fait des pâtés de sable et se pose des questions "par rapport aux filles". Il y a aussi Wehrmacht, le rejeton du chien-loup de Hitler, chien traumatisé, chien au passé trouble et qui aboie " en gothique". On y croise même Churchill, le vieux compagnon et l'éternel rival qui vient d'obtenir le Nobel de littérature.
Décalée, drôle, hilarante, désopilante, burlesque, jubilatoire, "nonsensical" comme aurait dit Churchill, cette BD "à l'ancienne" n'est pas sans rappeler l'ambiance poétique et parfois nostalgique des "Vacances de Monsieur Hulot" du très grand cinéaste Jacques Tati !...
Une totale réussite.

Roque Le Gall


  

Correspondances

Jean-Yves FERRI, Manu LARCENET

Les Rêveurs, 2006



Un livre de petits dessins envoyés par fax entre deux dessinateurs. On trouve de tout : depuis le message envoyé de l'un à l'autre sous forme de dessin genre " j'ai acheté un fax " jusqu'au jeu de mots ou à l'illustration du dictionnaire.

Des p'tits dessins simples témoins de l'intensité de la correspondance entre les deux dessinateurs. Ils ont choisi le moyen simple du fax parce que c'est direct. Les dessins sont très sympas : pas de détails, pas de couleurs juste de l'idée et de l'expressif. Les dessins suivent la vie des artistes comme le voyage de Larcenet en Chine ou la joie exprimée lors de la fin d'un album, ou encore l'admiration de Ferri devant le mouvement des herbes dans le vent et la réaction amusée de Larcenet le traitant de fou. C'est aussi très spontané : les deux compères ne pensaient pas du tout le publier au début et, vu le résultat, ont trouvé dommage de ne pas en faire quelque chose !

Ce livre simple et direct se fait aussi le témoin d'une amitié entre deux hommes.

Marc Suquet

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