Sauvez Hamlet !

Jasper FFORDE

Fleuve Noir, 2007
486 pages. 21 euros



Après deux ans passés dans le monde de la jurifiction, Thursday Next a le mal du pays. Elle retroune dans le monde réel avec son fils Friday, ses dodos et un Hamlet désireux d'en savoir plus sur la réalité.

Mais le monde a bien changé. Yorrick Kaine, s'est emparé d'une partie du monde politique, alors qu'il n'est qu'un personnage fictif, Goliath espère devenir une religion, la police la recherche ainsi qu'un tueur à gages.

Ca pourrait être divertissant, si Thursday n'avait pas son mari éradiqué, si le livre d'où vient Hamlet ne  se ré-écrivait pas sans lui, si le match de croquet ne dependait pas du sort de l'humanité. Et si l'Angleterre, pour une raison méconnue, se mettait à détester les dannois.

Les semaines vont être dures pour Thursday Next.

Le quatrième livre des aventures de Thursday Next revient dans le monde réel, pour notre plus grand bonheur. Les situations se suivent et ne se ressemblent pas. C'est un bonheur de suivre cet agent des OSPEC, dépassée par les événements, mais qui continue à suivre sa route. Opinîatre, cette femme.

Evénements incongrus, des personnages complexes (et naïfs), une Angleterre remodelée 80's, des références littéraires qui vous donnent envie de vous plonger dans d'autres oeuvres. Ce livre se trouve au rayon littérature générale et c'est tant mieux.

Temps de livres


  

Le Puits des histoires perdues

Jasper FFORDE

Fleuve Noir, 2006



Pauvre Thursday Next. On l'avait quittée à la fin de L'Affaire Jane Eyre dèjà bien éprouvée après sa confrontation avec Achéron, le génie du mal. Dans ce troisième opus, elle est enceinte et son mari Landen a été éradiqué. Elle est passée du monde réel dans le monde des livres, a quitté les opspecs pour tenter sa chance dans la jurifiction, qui régule et surveille tous les récits écrits passés et à venir. Pour passer son examen d'entrée et se soustraire à la vengeance posthume d'Achéron, elle trouve refuge dans un polar mineur que personne n'a lu en dehors de son auteur et de la mère de celui-ci. Le calme relatif de l'environnement lui permet de se familiariser avec le terrain d'action des agents très spéciaux dont elle aspire à faire partie. De plus il lui est possible d'accéder au puit des histoires perdues, une zone interlope où on trouve de tout : des personnages désoeoeuvrés, des rebondissements inutilisés, et des tas de créatures fantastiques plus ou moins dangereuses (mention spéciale pour le grand Martin, il semble heureux que Thursday ne croise finalement pas sa route mais plutôt ses traces). Tout ce petit monde est en effervescence, on va bientôt mettre en application Ultraword, un nouveau logiciel qui va révolutionner le monde de la littérature en apportant entre autres un renouveau total aux huit trames classiques de scenarii qui existaient jusqu'à présent. Quant à Thursday, elle a fort à faire pour réussir ses examens sous la houlette de son mentor, Havisham, qui porte un bien trop grand goût aux courses automobiles pour sa santé, et dans le même temps ne pas oublier Landen. En effet, une petite saleté nommée Aornis, soeoeur d'Achéron, s'ingénie à en effacer le souvenir...

C'est toujours aussi réjouissant de lire les élucubrations de cet auteur un peu déjanté, un peu à l'ouest. On est forcé de faire quelques suppositions sur la santé mentale d'un auteur d'idée aussi farfelue que le NDBDPP ( comprendre le note-de-bas-de-page-phone ). Ses trouvailles sont cependant savoureuses : Ibb et Obb les indéterminés qui deviennent une nymphette nymphomane pulpeuse et un quinquagénaire intellectuel un peu renfermé, la grand-mère de Thursday en vichy bleu, l'empereur Jark et ses soucis de conquête intergalactique, Heathcliff qui gagne pour la soixante-dix septième fois consécutive le titre du jeune premier le plus ombrageux, ce qui en fait la cible d'attentats terroristes pour des factions armées qui soutiennent d'autres candidats. A lire absolument pour la rafraîchissante interprétation de JF de l'angoisse de la page blanche et son talent inénarrable pour les péripéties surprenantes qu'il invente à sa détective et aux personnages de ses romans et surtout ceux des autres !

Marion Godefroid-Richert


Délivrez-moi

Jasper FFORDE

Fleuve Noir, 2005



Après avoir sauvé Jane Eyre des griffes de l'infâme Achéron Hadès, Thursday Next est devenue une gloire nationale, tout en s'attirant les foudres des admirateurs les plus entiers de Charlotte Brontë, lesquels n'apprécient pas du tout la nouvelle tournure que prend désormais la conclusion de leur roman fétiche. Ce deuxième volume de la série commence donc par un compte-rendu des démêlés de Thursday avec les média, sa hiérarchie et la toute puissante corporation Goliath, dont les intérêts contradictoires ont tôt fait de museler la détective au lieu de l'inciter à faire toute la lumière sur ce qui s'est réellement passé dans les pages de Jane Eyre. Devenue plus gênante qu'autre chose pour le service des opération spéciales, Thursday peine à obtenir l'avancement qu'elle aurait souhaité après son récent coup d'éclat. Or, l'apparition d'un manuscrit convaincant de Cardenio, pièce inédite de Shakespeare, lui donne l'occasion d'exercer à nouveau ses talents de détective littéraire. Mais tout se gâte quand Landen, le mari de Thursday est éradiqué (non pas assassiné, mais bien éradiqué : par le biais d'un voyage dans le temps, son existence même a été purement et simplement annulée) par Goliath pour la forcer à délivrer son ennemi, Jack Maird, des vers du Corbeau d'Edgar Poe...

L'Affaire Jane Eyre frisait tant la perfection que l'on attendait Jasper Fforde au tournant pour la suite qu'il allait donner au premier roman de sa série. Soulagement général : l'essai est formidablement transformé ! Tout aussi drôle et passionnant que L'Affaire Jane Eyre, Délivrez-moi se révèle également aussi inventif, avec autant de trouvailles géniales et déjantées, telle cette façon de communiquer d'un livre à un autre par les notes de bas de page ! Loin de nous livrer un simple recyclage de ce qui avait fait le succès de L'Affaire Jane Eyre, Jasper Fforde se renouvelle et multiplie les situations loufoques (la migration des mammouths est un grand moment !), en les mettant toujours au service de son intrigue, une fois de plus très bien maîtrisée. On sent que l'auteur s'amuse, et nous avec. Une lecture plaisir, donc, qui ne sombre pas dans la facilité et nous permet de faire plus ample connaissance avec certains personnages de Dickens et de Lewis Caroll, entre autres. Tant d'irrévérence respectueuse (c'est possible ? manifestement oui !) nous laisse face à une grave question : comment réagirions-nous si un écrivain français s'amusait à malmener de la sorte, mettons, Jean Valjean, Harpagon et la Mignonne de Ronsard ? Fort bien, espérons-le, mais Jasper Fforde manie là toutefois une forme d'humour qui reste propre à la Grande-Bretagne... et qui nous ravit au plus haut point ! Et pour ceux qui en voudraient encore, l'auteur (qui sait gérer son image et le marketing qui entoure ses livres — comment le lui reprocher ?) propose sur son site Web, véritable prolongement concret de son univers narratif, le " making of " de ses romans, des " bonus ", ainsi qu'un " centre de mise à jour " permettant de corriger quelques coquilles dans les éditions anglaises et américaines pour passer ainsi fièrement à la version 2.1 du livre... Il fallait y penser !

Mikael Cabon


L'Affaire Jane Eyre

Jasper FFORDE

Fleuve Noir, 2004



L'Angleterre de 1985 dans laquelle se situe l'action a peu de rapport avec celle d'aujourd'hui : le pays est enlisé dans la guerre de Crimée contre les Russes depuis 130 ans, les déplacements se font autant en dirigeable qu'en voiture, les dodos clonés sont des animaux domestiques, les chronogardes ont le pouvoir d'arrêter le temps... Mais surtout, la littérature est au coeoeur de la société : de nombreux citoyens portent le même patronyme, celui d'un auteur classique, les juke-boxes déclament des extraits de Richard III et des militants font du porte-à-porte pour essayer de convaincre leurs compatriotes que c'est Bacon qui a écrit les oeoeuvres attribuées à Shakespeare.

Thursday Next est Littératec à la Brigade littéraire du service des opérations spéciales (les Opspecs), chargée des affaires de banditisme littéraire tels que plagiats et usages de faux. Le manuscrit original de Martin Chuzzlewit, de Dickens, a disparu et l'on soupçonne Achéron Hadès d'être l'auteur du vol. La détective Thursday va se lancer à la poursuite de ce criminel aux pouvoirs diaboliques, capable d'entendre son nom à un kilomètre à la ronde. Elle est en effet l'une des rares personnes à pouvoir l'identifier pour l'avoir eu comme professeur à la faculté.

Hadès enlève Mycroft, l'oncle de Thursday, un inventeur génial qui a mis au point le Portail de la prose, une machine qui permet d'entrer dans les oeoeuvres originales et d'en modifier la trame, grâce aux "vers correcteurs". Le criminel va ainsi supprimer le personnage principal de Martin Chuzzlewit, privant du même coup les lecteurs de la suite de l'histoire. Et lorsqu'il s'empare du manuscrit original de Jane Eyre, en menaçant de kidnapper son héroïne, une course-poursuite s'engage entre lui et Thursday, d'autant plus acharnée que l'oeoeuvre de Charlotte Brontë est le roman préféré de la jeune femme. Celle-ci n'a alors qu'un seul recours : entrer elle-même dans le livre pour en sauver les personnages.

La réalité et la fiction s'entremêlent dans ce roman délirant, aux rebondissements multiples et au rythme soutenu, truffé de clins d'oeoeil et d'humour. Il repose sans doute sur l'idée que certains personnages imaginaires marquent si bien l'esprit du lecteur que celui-ci peut avoir le sentiment de les connaître réellement.

Marie-Louise Autret


1985, entre Angleterre et République Populaire du Pays de Galles, la détective littéraire Thursday Next, accompagnée de son dodo apprivoisé, est chargée d'enquêter sur la disparition de Jane Eyre du roman éponyme. C'est que dans ce monde où les dirigeables sont maîtres des airs, où les voyages dans le temps sont monnaie courante - quoique surveillés - et où Winston Churchill est inconnu au bataillon, la littérature n'est pas chose que l'on prend à la légère. Au point qu'elle est le centre de toutes les attentions, tant au niveau des loisirs de masse, des querelles quasi-religieuses (ce ne sont plus les Témoins de Jéhovah qui viennent frapper à votre porte, mais les Baconiens, tenants de la théorie selon laquelle les pièces de Shakespeare auraient été écrites par Francis Bacon) que de la grande criminalité.

Premier roman de la série que Jasper Fforde consacre à Thursday Next, L'affaire Jane Eyre s'impose d'emblée comme un roman qui fera date. Dans un univers décalé proche du steampunk, aussi extravagant que convaincant tant il est détaillé, l'écrivain gallois a réussi à bâtir une intrigue solide à travers une succession apparemment incohérente de situations rocambolesques, sans oublier de s'intéresser à la personnalité complexe de son héroïne. Décor, intrigue, personnages, tout est parfait. C'est tout ? Non ! Ce roman est, qui plus est, parfaitement documenté. Manifestement l'oeoeuvre d'un authentique passionné de littérature britannique, L'affaire Jane Eyre nous fait redécouvrir, de l'intérieur, certaines des plus belles pages de l'histoire littéraire d'Outre-Manche, les héros du roman pénétrant littéralement dans un poème de Wordsworth ou dans le roman de Charlotte Brontë auquel Fforde rend un vibrant hommage... en se permettant d'y apporter quelques retouches, pour le plus grand plaisir du fan-club de Charlotte Brontë, s'il existe également dans notre monde ! Passionnant, hilarant, jubilatoire pour les amateurs de littérature que nous sommes, ce roman est une parfaite réussite. Incontournable.

Mikael Cabon

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