Electrons libres

James FLINT

Au Diable Vauvert, 2006



Cooper James est ingénieur informaticien. Il travaille sur la base nucléaire de Featherbrooks en Angleterre. Vu le niveau élevé de dispositifs de sécurité mis en place, nul ne peut savoir ce qu'il y fait exactement, pas même lui ! Frustrant, non ? Et à part ça, Cooper n'est pas son vrai nom, comme un véritable enfant de l'amour hippie il se prénomme Ash, a été assez peu gracieusement abandonné par son père puis par sa mère et élevé par ses oncle et tante, est du coup un peu asocial et investit la plupart de ses émoluments dans l'élaboration compulsive d'une chaîne stéréo dont la restitution sonore est censée égaler des niveaux séraphiques tellement sa pureté est élevée... Une vie réjouissante traversée de passages apocalyptiques chez sa mère dont la demeure est infestée de chats, voyants, extra-lucides et autres peintres d'aura pique-assiettes. Admettez que ça fait envie ! Arrive au début du récit la cerise sur le gâteau de cette appétissante mise en bouche : il reçoit un paquet contenant les cendres de son père qu'un anonyme lui a envoyées sur son lieu de travail, ce qui déclenche les foudres du service de sécurité et par là-même sa mise à pied de la centrale. Désormais il ne se voit plus d''autre choix que d'aller aux Etats-Unis d'Amérique où son père s'était exilé depuis plus de quinze ans et d'enquêter pour retrouver l'auteur de cette mauvaise blague qui met tout l'édifice fragile de sa petite vie en l'air....

Et bien autant vous dire tout de suite qu'il faut s'accrocher pour suivre les pérégrinations de ce drôle d'oiseau. Plus proche du cormoran que de l'aigle ou du faucon, un peu gras, un peu triste, un peu bête et tout cassé dedans, le vrai anti-héros ! Aucune identification possible dans cet amoncellement de mini-catastrophes ordinaires, de ratage d'utopie, de malfaisance égoïste parentale. Tout le talent de l'auteur consiste à lui enfoncer très profondément la tête dans un monceau d'excréments pour enfin tout au bout de son aventure lui faire entrevoir (et à nous aussi par la même occasion ) la possibilité de s'en sortir... On en ressort un peu dégoûté quand même pour ce pauvre garçon de le voir affublé de tels déchets humains en guise de parents, tous les deux il faut bien le dire de vrais cauchemars freudiens ! On pourra par contre trouver plaisant d'entendre parler tout au long du livre de la démarche artistique du père qui devient " sculpteur de déchets radioactifs " après de curieuses initiations multi-originelles. Un ouvrage inclassable et très intéressant mais pas vraiment du style reposant ni détendant...

Marion Godefroid-Richert

partager sur facebook :