En descendant le fleuve

GIPI

Futuropolis, 2015



Après avoir refermé le dernier album de Gipi, j'émerge avec une forte impression d'hétérogénéité : du bon comme du beaucoup moins bon.

L'album est composé d'une douzaine de récits le plus souvent courts (parfois une seule page mais jusqu'à une vingtaine). Parmi ces histoires, j'ai aimé celles qui me semblent les plus classiques : En descendant le fleuve, un Délivrance soft, Le Boxeur, ponctué de retours vers l'enfance, ou encore La Fille en plastique ou le béguin de ce solitaire pour sa poupée. Des récits très personnels, humains et joliment dessinés comme colorisés.

Par contre, certaines histoires me laissent froid, car plus proches d'un plaisir trop personnel de l'auteur, tellement personnel que le lecteur que je suis est resté sur la touche, sans se sentir concerné par le scénario proposé. Que veut exprimer ce chasseur de coeurs à 6 heures du matin devant sa copine ? Cela restera un mystère pour moi... La Fille-renarde me semble totalement survolée en une seule page, sans qu'il soit possible au lecteur de s'y attacher.

Un mélange de plaisirs partagés et d'autres un peu trop solitaires !

Marc Suquet


  

S.

GIPI

Coconino Press, 2006
coll. Moby Duck



S et Piero son frère, partent avec leurs deux enfants à la chasse sur une île qui se trouve être une zone interdite. Les deux adultes sont arrêtés par des commandos. L'histoire se croise avec plusieurs remontant du passé : celle du bombardement du 31 août 1943 sur la zone industrielle de Pise, mais aussi le passage de deux nazis durant la guerre alors que les deux hommes sont cachés sous la maison ou encore le sauvetage de deux allemands par les mêmes....

La construction est originale : voilà plusieurs histoires racontées en même temps et qui s''entrecroisent. Mais chaque histoire se révèle par petits morceaux. Au début, on est un peu perdu et puis on se fait rapidement à ce rythme original. Les personnages sont assez attachants, le fils de S, avec son innocence un peu juvénile, ravi de partir chasser avec son père et son oncle. Le dessin comporte assez peu de détails et la coloration est liée à l'époque : grise pour la guerre et pleine de couleurs pour la période actuelle. Le manque de détails confirme l'aspect pudique de cet album. L'incinération du père et les réactions de la famille à la fin de l'album confirment cette tendance à la pudeur.

Le livre est édité par Coconino Press. Attention on a bien dit Press et non pas World ! Il y a de la bataille, deux sociétés se cachant sous ce nom.

Marc Suquet


  

Notes pour une histoire de guerre

GIPI

Actes Sud, 2005
114 pages



Julien, Christian et P'tit Kalibre sont amis. Encore à l'aube de la vie, avec leur territoire réduit à feu et à sang par une guerre sale qui a tout repeint couleur de cendres et de désespoir, là où il n'y en avait pas beaucoup avant, déjà, de l'espoir. Livrés à eux-mêmes, les trois jeunes hommes vont tomber sous la coupe fascinante de Félix et de ses sbires, un alpha de la plus belle eau, qui leur vend son rêve : tu veux quelquechose, prends-le ; un type te déplaît, cogne-le ; la philosophie du primate-chef de meute. Félix adore p'tit Kalibre, en qui il voit un frère. "Il est petit, mais terrible". Les deux autres sont tout juste tolérés. Pourtant tous trois sont envoyés en ville pour recouvrer de l'argent et faire respecter le nom de la bande. Dès lors, Kalibre et ses potes vont suivre des chemins lentement divergents et le milieu interlope de la cité va durcir le peu de tendre et mou qui restait chez ces trois-là, jusqu'à l'inévitable éclatement.

Portrait sensible de ces trois gamins en déroute, on s'attache rapidement à leurs errances et leur appétit de s'en sortir. Un dessin assez librement dans la lignée du grand Baru, des couleurs froides qui seyent à l'ambiance du récit, pas drôle mais pas si sinistre que ça. On exècre assez rapidement le Félix, on trouve les garçons touchants, même transformés petit à petit en mini-brutes peu douées, de petite envergure. Cet album très réaliste est une belle réussite pour son descriptif relationnel d'hommes en devenir. Pas drôle mais instructif (vous êtes prévenus), très plaisant sur le plan graphique, un bon cru recommandé par Gally (on devrait le noter sur le bouquin, non ?).

Marion Godefroid-Richert

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