La cité pastel

M. John HARRISON

Gallimard, 2003
Réédition. Premier acte d'une trilogie intitulée : "Le Cycle de Viriconium".
Traduit de l'anglais. Première parution dans la langue originale en 1971.



Pendant des millénaires, le royaume de Viriconium dont la Cité Pastel est la capitale, est demeuré le dernier refuge de la civilisation alors que le reste de la planète avait déjà été détruit par les populations qui y vivaient. Aujourd'hui s'y déroule une guerre impitoyable entre deux reines. Dans ce premier recueil constitué de quatre nouvelles ayant trait au monde de Viriconium, civilisation post-apocalyptique terrestre, "La cité pastel" - le plus long des récits - dresse un tableau désespéré du crépuscule de l'humanité. Son héros, Tegeus Cromis, est un seigneur de guerre, chevalier d'un ordre tombé en désuétude, celui des Methvens. C'est un bretteur talentueux, sombre poète, musicien dépressif et artiste du baan - une sorte d'épée peut-être radioactive. Lui et quelques compagnons Methvens vont se retrouver afin de combattre au côté de la fille de leur ancien souverain, Methvet Nian, qui doit lutter contre sa cousine, Canna Moïdart, nièce du défunt roi, pour conserver son trône. Le rapport de force joue en faveur de cette dernière soutenue par les "geteits chemosits", de redoutables voleurs de cerveaux. La jeune héritière légitime de l'ancien souverain et ses chevaliers seront quant à eux assistés par un étrange vieillard, le maître des oiseaux...

Le moins qu'on puisse dire du premier volet de la trilogie qui compose le cycle de Viriconium est qu'il baigne le lecteur dans un état morose. Tout, dans cette fantasy post-apocalyptique qui ne manque pas de scènes d'action épique, finit de façon glauque : trahison, fuite en avant, inévitable course à la perte de l'humanité, vacuité de l'amour et du désir, leurre de l'amitié, etc. Les personnages sont bien plantés, tourmentés à l'extrême. Le héros quant à lui vogue de défaites en échecs. On est loin cependant du pessimisme hanté de Stephen King dans le cycle de la Tour Sombre ou de la quête philosophique du Philip K. Dick du "Maître du Haut Château" ! Tegeus Cromis patauge littéralement du début du récit à la fin. Sa mélancolie apathique plombe la quête plus sûrement que la perte d'une jambe. Un peu d'humour, même grinçant, réjouirait le lecteur et allègerait l'atmosphère d'une histoire par ailleurs très classique et qui manque d'un rien de jubilation. Tout est désespérément sombre et particulièrement violent. La surprise viendra peut-être des tomes suivants, certains récits créant une cohésion au fur et à mesure de l'élaboration de la trilogie...

Le début d'une très sombre épopée à l'ambiance plombée sans rien d'extraordinaire, mais pas déplaisante non plus. Nous attendons d'avoir lu la suite pour nous prononcer sur la série...

MGRB

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