Voyage aux ombres

Audrey ALWETT, Christophe ARLESTON, Virginie AUGUSTIN

Soleil, 2011



Dans la lointaine Darshan, Dyssëry est une jeune femme libre. Son voeu le plus cher est de venir comédienne. Malheureusement, les moeurs  de son village considèrent comme seuls comédiens les hommes et les putains. Pour laver l'affront fait à sa famille, son père la marie au riche Phorée. Celui-ci, marchand de son état, n'a qu'une hâte : remetre Dyssëry sur le droit chemin. Pour échapper à son futur "état" d'épouse, Dyssëry ne trouve pas de solution. C'est la mort qui va lui laisser une échappatoire. Mais trouver sa voie dans le monde des morts n'est pas facile.

Les multiples déclinaisons du monde de Troy ne sont pas toutes mauvaises, mais certaines idées peuvent devenir lassantes. Avec Voyage aux ombres, Arleston et Alwett portent un nouveau regard sur le monde de la mort. On ne peut nier la ressemblance avec le mythe d'Orphée, mais le lecteur s'en détachera très vite. Nous suivons deux protagonistes : Phorée, époux de Dyssëry, borné d'amour, quitte à franchir le portail vers la mort pour la ramener. Quant à Dyssëry, elle se fait accompagner par Zebl, un incube, qui lui sert de guide. Ils rejoignent la capitale pour trouver à Dyssëry un rôle de comédienne.

Le monde dans lequel ils évoluent est semblable au nôtre, mais peuplé de créatures fantastiques. En effet, chaque nouveau-mort peut choisir sa forme : momie, mort-vivant, etc. Dyssëry restera sous forme humaine. L'univers de la mort bâti par les deux scénaristes est original. Les différentes religions s'y côtoient en un amalgame hétéroclite réjouissant. La mort n'est pas le doux repos qu'on nous a promis. Dyssëry s'en apercevra rapidement. Ravissante jeune femme, elle ne désire qu'une chose : devenir comédienne. Cette idée, fil conducteur de l'album, la rend attachante et exaspérante. La richesse de l'intrigue, le ton enlevé et l'humour en font une lecture très sympathique, loin des aventures dérivées du monde de Troy.

Virginie Augustin a été découverte sur la série Alim Le Tanneur. Son dessin, fin et élégant, se marie tout à fait avec l'univers raconté. Créatures fantastiques détaillées, exotisme des paysages, cadrages bien pensés... Tout le talent de Virginie Augustin est mis devant nos yeux pour une agréable lecture et un dépaysement total !

Voyage aux ombres
est un superbe album qui vous permettra de voyager. Décliné du monde de Troy, il rappelle combien cet univers est vaste et exotique.

Temps de livres


Voilà un album plutôt sympathique. Une civilisation, d'abord, celle des Darshanides, chez lesquels importent la gastronomie mais aussi la religion, version tradi : de celle pour laquelle le mari jure de battre sa femme et de la punir... pour son bien, bien sûr ! Mais voilà, Dyssery, la jeune fille du village qui ne consent que fort modérément à son mariage avec le vieux marchand plein de sous, le seigneur Phorée, n'est pas franchement branchée par une telle soumission, elle qui a fait du théâtre et qui est donc considérée par tous, comme une putain !

Des persos également : elle a pas la langue dans sa poche la Dyssery ! Et puis, question caractère, se faire manger par les piranhas de l'aquarium pour ne pas se farcir son mari durant la nuit de noce... Décidée, qu'elle est ! J'adore le petit perso Zebl, démon lubrique par excellence et attiré par les seins ou les fesses ou les deux chez Dyssery.

Enfin, il y a un vrai beau dessin. Celui de Virginie Augustin. Ne vous laissez pas tromper par l'aspect un peu cucul de la première page, c'est beaucoup plus subtil par la suite. Deux univers s'y côtoient : celui du village d'origine de Dyssery, mais aussi et surtout le monde de l'au-delà.

Bref, j'ai bien aimé et en plus c'est un "one shot" : on n'a pas à attendre la publication du deuxième tome pour connaître la fin !

Marc Suquet


  

Alim le tanneur, tome 1 : Le secret des eaux

Virginie AUGUSTIN, Wilfrid LUPANO

Delcourt, 2004



Alim, tanneur de son métier, est chargé par le commissaire Reinkhol de nettoyer la sirène tueuse égarée sur la plage. Dans les viscères de celle-ci, il trouve les habits de Jesameth, le dieu auquel tout le peuple auquel il appartient croit profondément. C'est donc la preuve de l'erreur de son peuple qu'il détient là : Jesameth n'est pas au ciel. Un aveu que le grand prêtre va lui faire payer cher, ainsi qu'à sa fille : ils sont tous deux condamnés à mort. Mais le grand-père va les sauver.

Voilà un très bon album ! D'abord une société bien décrite, stérilisée par sa croyance en Jesameth. On sent poindre chez les auteurs un point de vue militant : la religion serait-elle l'opium du peuple ? Une société inquiétante  donc, dans laquelle la détention du pouvoir semble être une clef. L'histoire est intéressante, pleine de rebondissements et de rythme. les persos sont sympa : le héros Alim est convivial et touchant. Sa fille a bien du caractère et le grand-père, qui aide son fils et sa petite-fille, est lui aussi sympathique. L'album est en plus servi par un bon dessin plein de couleurs. Une vraie réussite !

Annecat

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