Noces de paille

Yves HUGUES

Calmann-Lévy, 2005



Il semblerait après recherche (rapide il est vrai ) que dans l'éventail des symboles utilisés pour les différents anniversaires de mariage ne figure pas la paille... Quel dommage ! C'est vrai quoi, on trouve bien le papier, la cire, le bois, etc. L'auteur trouve pour sa part dans cet ouvrage une manière bien personnelle de magnifier l'amour de deux personnes qui restent unies jusqu'au crépuscule de leur vie. Léonce et Charlotte donc, puisque c'est d'eux qu'il s'agit, s'aiment d'amour tendre tels les pigeons de la fable. La perspective prochaine même lointaine d'être séparés par la cruelle camarde leur fend leur vieux coeoeur qui bat pour deux. Mais comment faire ? La réponse finit par s'imposer, évidente : quel que soit celui qui partira en premier, il sera naturalisé afin d'offrir sa compagnie, même silencieuse, au survivant. Ce projet audacieux autant qu'illégal nécessite un professionnel parfait, un taxidermiste au sommet de son art doublé d'un être humain d'exception qui saura comprendre tout l'amour que nos deux tourtereaux se portent et qui ôte tout macabre à cette idée fantasque. Voici donc venir Lukas, qui n'aime rien tant que les défis étranges et peine à trouver oeoeuvre à la mesure de son talent. Bientôt ces trois-là s'entendent comme larrons en foire et emménagent ensemble afin de parfaire tous les petits rouages de la mécanique d'exception qui aboutira à la réalisation de cette douce folie. Quel vilain petit grain de sable va se mêler de gripper la machine ? Ennui, quand tu nous tiens...
Pauvre Lukas, a-t-on envie de dire après sa première visite à ces Philémon et Baucis du bocage normand. Ce qui va t'arriver est écrit ! (ben oui, sur 189 pages d'ailleurs ). Ne te doutes-tu pas un peu dans quoi tu t'embarques ? Léonce le psycho-rigide qui passe des heures à reconstituer hystériquement toutes les grandes batailles napoléoniennes à l'échelle, avec personnages en résine, plomb et carnets de croquis ne te semble-t-il pas inquiétant, au fond ? Et Charlotte, cette mère maternante sans enfant, sans petits-enfants, qui te saute sur le poil pour te faire avaler de la grenache on the rocks au bout de deux minutes (je sais : beurk ! ) la première fois qu'elle te voit, ça devrait te mettre la puce à l'oreille ! ! Mais non, tu te laisses faire, embringué là-dedans alors que tu le veux bien. Vraiment trop bête ! En fait après le premier tiers du récit on voit bien ce qui va t'arriver mais non seulement ce n'est pas grave mais en plus c'est assez satisfaisant au fond : t'avais qu'à te servir de tes yeux et de tes petits neurones, et toc ! C'est même divertissant de te voir t'enfoncer dans la glu de la morne platitude du voisinage de Honfleur. Tu sais, on se retient de te dire en rigolant, la dernière page tournée qu'il y a des raisons précises pour lesquelles ce genre de fantaisie est interdit par la loi ! C'est quand même parce que ce n'est pas très sain, comme idée. Que ça ne dénote pas une santé mentale au top de son efficience... Sacré Lukas, lire ta déchéance est divertissant, heureusement que ton créateur ne t'a pas fait très intelligent sinon tu aurais pu t'en sortir...

Marion Godefroid-Richert

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