Supplément d'âme

KOKOR

Futuropolis, 2012



Qu'il pleuve, qu'il vente, ce gars rondouillard, genre fonctionnaire discret, s'assoit tous les jours, à l'heure du déjeuner, devant le port de Dublin. Un seul objectif : être peinard ! Chacun l'observe, l'épie : Willie, l'artiste en pleine déprime qui vient de se faire larguer mais aussi Camille, le Frenchie venu en Irlande pour prendre le poste de responsable du SAV d'une société qui n'en a pas tellement besoin et encore tout les salariés de l'immeuble d'en face. Alors, quand un jour l'homme ne vient plus s'asseoir, tous ces observateurs sont perdus....

L'album aurait pu être poétique et charmant mais à l'arrivée il est un peu fleur bleue et embêtant. Beaucoup de cases à lire, pas toujours passionnantes et qui rompent le rythme de l'histoire. Des élans un peu charmants comme le mouvement pour la paix que l'homme a lancé sur les réseaux sociaux mais dont on ne comprend guère à quoi il aboutit. Le parti pris humaniste du scénario est un peu gâché par le survol des personnages qui empêche de s'y attacher. A rester dans le mystère, l'auteur perd un peu son lecteur qui effleure l'histoire sans jamais la faire sienne. Fort heureusement, il reste le dessin : celui des villes, de leurs perspectives, le tout en sépia plutôt sympa.

Un album qui m'a déçu d'un auteur que j'ai par ailleurs apprécié dans Balade balade.

Marc Suquet


  

Balade balade

KOKOR

Vents d'Ouest, 2010
117 pages. 12 euros



La terre a été mise en vente. Le premier des acheteurs souhaite faire le tour du propriétaire... mais pas en hélico, à cheval ! L'agent immobilier, gorille et grand reporter Sullivan Vilette va accompagner son acheteur.

Balade balade a été publié une première fois en 2003 par Vents d'Ouest.

C'est certain, l'idée de départ est très barrée : avant de signer, l'acheteur vient se rendre compte de la valeur et l'état de son achat. Le scénario comporte bien sur un deuxième niveau : la raison d'être de cette balade... : elle n'est qu'un prétexte à un jeu radiophonique qui a un succès populaire fou !

C'est donc un scénario charmant, avec des personnages tout aussi charmants : Sullivan Vilette a tout du grand ado un peu perdu, un poil de Grand Duduche, mâtiné de l'explorateur armé d'un filet à papillons et perdu en pleine jungle, le tout avec un coté british et sophistiqué. Armé de son acte de vente qui précise les caractéristiques de chaque parcelle, il parcourt le monde ! Bref, le type même de la faune précieuse de salon plutôt que du héros caracolant sur un cheval pour la visite du monde.

Pour autant, tous les persos ou les scènes de cet album ne sont pas aussi légers : d'Henri le garagiste à la scène de violence dans le bar, le lourd a également sa place dans ce travail.

Le dessin est N et B, assez anguleux et avec des "gueules" et notamment la gueule d'angelot de Sullivan Vilette : lé tout à fait aérien cet agent immobilier là : un comme on en aimerait.

Bref, une idée de départ très originale et sympa pour un album plutôt agréable.

Marc Suquet


Le monde se passionne, un nouveau feuilleton radiophonique vient d'apparaître sur les ondes et ravit toutes les oreilles. Avis à la population : la Terre, notre bon vieux caillou à nous, a été mise en vente et un acheteur se présente. Il veut faire le tour de sa -peut-être- future acquisition, ce qui est bien compréhensible. Il veut par contre prendre son temps et se promène avec son agent immobilier en chef ... à cheval ! Leurs aventures sont contées au jour le jour, poétiques, dramatiques, mirifiques etc, tic tic. Pendant ce temps, un vieux garagiste livre des véhicules à son ami auteur...

Le mélange est curieux entre récit imaginaire et récit-récit. Le feuilleton-dans-le-livre, genre mise en abîme de l'imaginaire, il faut maîtriser et avoir un scénario en béton pour que ça ait un intérêt. Or là je ne dirais pas que c'est raté mais presque. Le dessin, en noir et blanc, est sympa sans plus. L'histoire au départ vaguement intéressante, sans plus itou. A la fin, où on nous dévoile la petite pirouette qui permet au réel et au virtuel de se connecter dans la trame scénaristique, on se perd un peu dans une situation plutôt brouillonne et il faut le dire, pas passionnante. C'est en définitive un demi-échec que je n'irai personnellement pas recommander.

Marion Godefroid-Richert


Notre planète est à vendre. Un unique acheteur potentiel se présente. Il exige une chose : Faire la découverte de cette planète à dos de cheval. Il sera guidé dans son périple par Sullivan Vilette. Pendant que le voyage est retransmis en direct à la radio, nous voyons la vie se dérouler sous nos yeux. Une vie pas forcemment agréable, mais c'est la vie, avec sa violence, ses coups de blues, ses joies. De l'autre côté, nos deux compères continuent la balade.

Amis du concret, du scénario simple, de la couleur, passez votre chemin. Balade balade est un album à prendre au pied de la lettre. Nous nous baladons avec nos héros sur la surface de la terre. Que leurs péripéties soient de voir des fantômes ou de manger une pomme, c'est normal... Il n'y a pas de quoi s'affoler. Et si cette aventure vous fait penser à Don Quichotte, vous n'avez pas tort ; Sancho Pança serait un acheteur très calme, tandis que le guide, par sa fonction de vendeur, serait un Don Quichotte.
Entre leurs aventures, des interludes de nos vies : réparation de voiture, réunion familiale, jalousie envers une femme. Le train-train habituel, mais Kokor arrive à le transformer en extraordinaire.
Tout ce qui maintient ces deux récits, est la narration continue du vendeur. On l'entend à la radio, puis par sa voix... De là à dire que l'auteur nous balade, il n'y a qu'un pas, que je franchis.

Le noir et blanc va très bien à ce récit, presque contemplatif. Il suffirait de ne pas se laisser aller pour refuser en bloc cette rêverie. Le trait est lui aussi évocateur : encrage noir pour la réalité, gris pour la rêverie, pour la balade, comme si elle pouvait s'effacer d'un coup.

Il n'est pas facile de se laisser bercer par cet album. Mais une fois qu'on est dedans, on se laisse entraîner à la suite de Kokor. Finalement, notre petite planète n'est pas si mal que ça. Nos petits maux quotidiens ne valent pas qu'on s'en plaigne.

Temps de livres


  

Les voyages du docteur Gulliver (T. 1)

KOKOR

Vents d'Ouest, 2006



Gulliver est un médecin généreux. Il soigne en échange de nourriture et de couteaux de marins. Sa femme Clémence a pris l'habitude de se couper les cheveux et de les vendre pour payer le loyer. Malgré la misère, ils s'aiment et elle veut un enfant de lui.
Mais Gulliver est un rêveur. Il a soif d'aventures et de mer. " Rien n'excitait autant mon imagination que de voir disparaître une voile dans l'horizon ". Alors, lorsqu'un capitaine envoyé par le roi frappe à sa porte pour qu'il remplace un médecin malade sur un navire, Gulliver cède à l'appel du large et s'en va.
Malheureusement, ses rêves vont se confronter à une réalité sombre et brutale. Jeté à la mer par l'équipage cruel et barbare, il échoue sur une terre colorée habitée par des lilliputiens : " peuple digne, fier, en parfaite harmonie avec les éléments qui constituent son environnement "... Les deux humanités vont se rencontrer et apprendre l'une de l'autre.
Libre adaptation du roman de Jonathan Swift, il s'agit ici du premier voyage du docteur (il y en aura quatre). Et quel beau voyage ! Cet album bien rythmé grâce à une narration dynamique (notamment de nombreux flash back) est un grand plaisir de lecture. Sans parler de la beauté des couleurs et du dessin. Le sujet central de cette histoire, c'est l'humanité. Homme violent, cruel, conquérant, mais aussi généreux, sensible, aimant. Une lecture très agréable, emprunte de douceur et de poésie. Vivement le prochain voyage !

Mona Abautret

partager sur facebook :