Le long des sentiers obscurs

Alexis LORENS

Nuit d'avril, 2006
249 pages, 16,90 euros



De nos jours, dans le désert du Néguev, Bryan Tremble effectue des vérifications techniques dans une station de pompage quand une terrible déflagration se produit. Enseveli sous les décombres de la station, Bryan découvre un réseau de galeries qui le mènent droit vers la dépouille d'un médecin hollandais du XVIIIe siècle. A ses côtés, un carnet de notes indiquant où se trouve un médaillon, clé d'une mystérieuse porte vers un autre monde... C'est le début d'une quête à travers le monde dans laquelle il sera accompagné par l'étudiante israélienne Leah Weizmann et quelques compagnons de rencontre. Ce qu'ils vont découvrir dépasse toute imagination.
Après une scène d'ouverture très réussie au cours de laquelle surgit en plein océan Indien du XVIIIe siècle un vaisseau fantôme aux vergues duquel ont été crucifiés les membres de l'équipage, énucléés pour l'occasion, le récit se poursuit à l'époque actuelle en une série d'aventures ponctuées de meurtres sordides. Fidèle au genre du thriller ésotérique, Alexis Lorens entraîne son lecteur dans un jeu de piste échevelé sur fond d'interrogations existentielles (ces étranges médaillons sont-ils la clé du Paradis ou des Enfers ?).
Les situations s'enchaînent très rapidement, peut-être trop rapidement pour que l'on y croie. Il aurait sans doute fallu sacrifier un peu le rythme au profit d'une plus grande réflexion sur les tenants et aboutissants de chaque découverte. Les personnages auraient également mérité d'être plus élaborés. Que sait-on de Leah à part qu'elle est israélienne et étudiante ? De Bryan à part qu'il est irlandais ? Dans le même ordre d'idée, l'histoire d'amour entre Leah et Naamah aurait pu être davantage développée : il est en effet difficile de croire à cette relation essentiellement fondée sur une scène aussi torride qu'invraisemblable (car trop soudaine, ni le lecteur, ni les protagonistes ne s'y étant préparés).
Mais tout cela n'est pas l'essentiel, l'auteur s'intéressant avant tout à une intrigue menée tambour battant qui ravira les amateurs d'histoires simples et rapides. Ceux qui en attendent plus regretteront sans doute l'enchaînement mécanique des situations qui fait que l'on se désintéresse peu à peu de l'intrigue et des personnages pour ne plus attendre que la révélation finale sur l'objet de leur quête. Or, cette révélation est des plus inattendues et récompense largement le lecteur de sa patience. En effet, plus à l'aise dans les épisodes imaginaires que dans les passages d'aventures plus réalistes, l'auteur réussit davantage à capter l'attention de son lecteur dans les derniers chapitres, où l'on retrouve ce qui faisait la qualité du prologue : beaucoup plus d'originalité que dans le corps du roman, une part de rêverie et une certaine liberté due à la part d'irrationnel de ces passages qui fait oublier le caractère irréaliste de la quête menée par les protagonistes. Etrangement, l'introduction de codes SF dans ce thriller ésotérique permet d'alléger considérablement le propos et de donner un certain souffle à la fin du roman.
Le long des sentiers obscurs se révèle donc être un premier roman prometteur, plein de bonnes idées, qui aurait malheureusement mérité d'être un peu plus travaillé. L'on se penchera avec intérêt sur les prochains ouvrages d'Alexis Lorens.

Mikael Cabon

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