Chroniques

Jean-Patrick MANCHETTE

Rivages, 2003
coll. Rivages/Noir. 9,50 euros
Réédition de l'ouvrage paru chez Rivages en 1996.



"Chroniques", comme l'annonce son titre, reprend les chroniques écrites par Jean-Patrick Manchette - que la critique avait promu "père du néo-polar" - pour le compte de diverses revues entre 1976 et 1995 et dans lesquelles il nous fait partager son goût du roman noir, ses coups de coeoeur pour ses auteurs favoris, Dashiell Hammett, Raymond Chandler, Donald Westlake, Pierre Siniac et quelques autres. Dans lesquelles il évoque encore la question de la balistique dans le roman noir, les problèmes de traduction ou bien les liens entre réalité sociale et roman noir... Ce recueil est surtout l'occasion de découvrir ou de redécouvrir un grand auteur trop tôt disparu puisqu'il n'avait alors que cinquante-deux ans... Un auteur important qui a imposé une nouvelle manière d'écrire, qui a inspiré et influencé nombre d'auteurs de la scène noire d'expression française...

C'est une collection étonnante, édifiante, intéressante, ébouriffante ! On trouve dans ce recueil posthume réunissant divers essais et chroniques, parus entre 1976 et 1995, sur le roman noir et le roman policier, une vingtaine d'années compilées des diverses écritures journalistiques du grand Jean-Patrick Manchette lui-même. Les revues Polar et Charlie ont bénéficié de façon incalculable des lectures de celui qui fut à la fois un auteur de romans noirs et policiers et un amateur éclairé de cette littérature de genre - un mauvais genre, faut-il le rappeler ?. D'un bout à l'autre de ces chroniques, on est époustouflé de leur incroyable actualité, même pour celles qui datent de plus de vingt-cinq ans (la plus ancienne date de décembre 1976). Chacun de ces textes est un petit bijou d'éclectisme et de références précieuses, jusque dans leur style gouailleur, léger et ironique. Jean-Patrick Manchette sait faire partager sa passion pour les auteurs qui lui parlent "tripalement", connus ou moins célèbres. Il sait d'ailleurs, en vrai homme du livre, analyser subtilement les photographies sociales que sont les romans policiers. Son regard sur chaque décennie d'écriture surprend par la justesse et la précision de son analyse... On n'est pas très loin de l'essai ethnologique !

Bref, voilà un livre que les éditions Rivages ont bien fait de rééditer et qui devrait figurer en bonne place dans la bibliothèque de tous les "mauvais genreux" qui se sentent lacunaires dans le genre exploré et qui souhaitent découvrir la bibliographie ultime d'un vrai amateur - et connaisseur - de polar. Courons vite chez nos libraires, des caisses de perles rares sont à commander !

MGRB

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