Mammifères

Pierre MÉROT

Flammarion, 2003
18 euros



De la difficulté de vivre ou de l'incapacité à vivre dans le monde d'aujourd'hui... Un raté de famille, Parisien célibataire quadragénaire, antihéros d'aujourd'hui, nommé "l'Oncle", raconte sa vie. Cet homme pour le moins perturbé, angoissé, désorienté, à la fois fragile et raffiné, éternel velléitaire, handicapé du bonheur, a échoué partout. C'est la débandade, la débâcle, tant dans sa vie professionnelle que dans sa vie privée, l'échec absolu ! Affectivement parlant, l'Oncle s'acharne à se suicider et finalement ne réussit que son alcoolisme. Définitivement sinistré de la vie, il boit bien plus que de raison et se soûle à mort pour oublier le monde qui l'entoure et dans lequel il ne parvient pas à trouver sa place. En trois chapitres, on apprend tout de ses errances alcooliques et nocturnes entre bistrots de quartier et boîtes de nuit, son incapacité notoire au travail et à la simple relation humaine...

Lucide et cynique à la fois, "Mammifères" se veut avant tout un pamphlet sur notre monde d'aujourd'hui. Rien de bien nouveau dans le genre noir depuis Charles Bukowski et William Burroughs, ne manqueront pas d'affirmer certains. Dans sa construction, le roman souffre de quelques faiblesses que sa justesse de ton et sa qualité d'écriture font aisément oublier. C'est formidablement bien raconté, ça décoiffe et ça sent le vécu ! Dans son livre, Pierre Mérot tire à vue sur tout ce qui bouge, n'épargne rien ni personne et surtout pas lui-même. La fiction qu'il nous propose ici ne doit certainement pas être très éloignée de la réalité. Sans doute s'agit-il d'une autobiographie plus ou moins déguisée. Mais ce qui fait la qualité de ce livre, c'est le style et l'écriture ! Magnifiques, jubilatoires ! Pas de dialogues, pas de condescendance ni de pathos, beaucoup de virulence et de mordant dans le propos. Enfin, cerise sur le gâteau : un humour noir grinçant, féroce, décapant. Bref, une prose somptueuse, à la fois lyrique et nonchalante, fantasque et dépressive, plutôt désabusée et cynique, délicieuse.

Un roman noir sans concession, désespéré, profondément humain... et qui pourtant force le rire !

MGRB

partager sur facebook :