La chanson de septembre

Laurent MOËNARD, Eric STALNER

Dargaud, 2004
coll. Long Courrier. 13 euros.
Blues 46 Tome 1



Sur les routes du sud-ouest de la France, Simon Guéric, la trentaine, bon chic bon genre, à bord de sa DS coupée rouge, transporte en écoutant du jazz, des livres anciens qu'il vend, ici ou là, à des collectionneurs spécialisés dans les éditions rares. Un jour, dans le Lot, quelque part non loin de Cahors, alors qu'il conduit perdu dans ses pensées, c'est d'extrême justesse qu'il évite, dans un virage, d'écraser un jeune auto-stoppeur avant d'aller achever son dérapage dans les taillis. C'est l'automne, il pleut. Guéric accepte d'embarquer le jeune inconscient - un gamin insolent, hardi pour ne pas dire effronté et peu scrupuleux, prénommé Alain, et qui, dans son sac à dos transporte en plus d'un revolver un furet pour le moins encombrant qui, à l'arrière du véhicule s'empresse de grignoter les reliures en cuir d'ouvrages du XIXe siècle - et de l'emmener à Douelle où réside sa tante. Arrivés sur place, Guéric qui compte bien se faire rembourser les dégâts occasionnés par l'animal de compagnie d'Alain, n'est pas au bout de ses surprises. Lui et Alain découvrent que la maison a été complètement vandalisée et, comme si cela ne suffisait pas, deux tueurs sortent de l'ombre qui s'en prennent directement au gamin, lequel sort son arme du sac à dos et oblige Guéric à prendre la fuite en sa compagnie. Contraint et forcé, ce dernier reprend le volant et roule jusque chez un de ses amis, Hippolyte, un vieux taxidermiste, où les deux fuyards trouve refuge. Retour au calme ? Oui, mais pas pour longtemps !...

Un road movie à la française à bord d'une mythique DS, et qui se laisse lire avec plaisir. L'intrigue policière contée par Laurent Moënard est prenante et divertissante, on ne peut plus classique et relativement simple certes, elle ménage toutefois d'agréables surprises et promet une suite haletante qu'on espère tout de même un peu plus originale que dans ce premier tome. Elle est bien construite, bien menée et s'appuie sur des dialogues gouailleurs et truculents, un peu à la manière de ceux de Michel Audiard. L'histoire dont la narration et le rythme sont bien maîtrisés se résume à un règlement de compte, assez banal somme toute, entre truands. Son intérêt primordial est de mettre en scène une galerie de personnages - principaux et secondaires - typés voire presque caricaturaux, intéressants, intrigants, forts en gueule, froids et durs ou bien franchement attachants, et de faire cohabiter tous ces gens aux personnalités souvent antagonistes et dont les intérêts sont diamétralement opposés. Guéric, paisible vendeur de livres anciens, un type propre sur lui, qui ne comprend rien à la galère dans laquelle il se trouve embringué bien malgré lui ; Alain, le gamin rebelle en jeans et baskets, plein de ressources et qui dissimule du mieux qu'il peut son secret ; Le Piqueux et la Tendresse, les deux tueurs sans scrupules, truands bas du plafond, obnubilés par le fric et tout dévoués à leur chef ; Hippolyte, extraordinaire taxidermiste ayant par le passé exercé l'art vétérinaire en Afrique, un vieil homme cultivé et extrêmement raffiné ; Lord Forsyte, l'ambassadeur anglais, amateur de whisky et de cognac, sans oublier sa fille Elizabeth dite Bethy, à la plastique affriolante ; tous sont bien campés dotés d'une épaisseur psychologique et d'une vie qui leur est propre. D'un point de vue graphique, l'album est une belle réussite. Rien à redire, bien au contraire ! On retrouve avec plaisir le trait réaliste et sûr d'Eric Stalner. C'est propre et net, esthétique, précis, un peu figé comme à l'accoutumée. Avec un plus puisque, dans "La chanson de septembre", le dessinateur travaille pour la première fois en couleurs directes dans des teintes judicieusement choisies qui rehaussent à merveille son dessin élégant et restituent pleinement et avec force lumière, atmosphère automnale, décors, paysages et ambiances propres aux années soixante. C'est tout simplement superbe.

Prévue en deux volumes, cette BD est agrémentée d'un cahier de croquis commenté de douze pages qui permet d'en savoir un peu plus sur le travail du dessinateur. En conclusion, une BD prenante, drôle parfois qui, sans être la révélation de l'année, permet de passer un agréable moment.

MGRB

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