Les loups de Prague

Olivier PAQUET

L'Atalante, 2011
352 pages. 18 euros



Prague a connu un putsch. La ville s'est reconstruite sous le commandement de Blaha qui s'attaque à son point noir : la renaissance du crime. A sa tête, une organisation, La Guilde. Vaclav, journaliste, agit au côté d'un groupement politique Virus. Il y rencontre Vlk, le maitre des loups...

Je n'ai pas trop aimé le deuxième bouquin d'Olivier Paquet, après Structura maxima. On y trouve des choses intéressantes comme la politique de rapidité de réaction du système militaire qui endort toute réaction. A croire que certains présidents en 2011 auraient copié sur des styles nés de l'imagination d'auteurs de SF !

L'opposition est décrite, mais pourquoi y a t-il opposition ? Quelle est cette société ? Tout semble un peu effleuré sans que l'auteur ne s'attarde sur le fond. Les quelques passages décrivant l'aspect politique (p. 137) semblent bien fragmentaires. Je n'ai pas ressenti au rendez-vous de ce bouquin, la "fable politique" annoncée en quatrième de couverture.

Certains morceaux me semblent un peu cul-cul : "Plume entend l'appel de Miro. Elle pourrait refuser. Jamais il ne l'a forcée à venir dans son lit. Il a trop de magnétisme pour contraindre par la force. Il connait l'effet qu'il produit sur les êtres. ... La femelle alpha ne peut résister aux exigences du Knize".
La sensualité du bouquin est un tantinet coin-coin. Comme le nom de certains des personnages : Crotale, Aspic et Vipérine. Une volonté de cibler un public plus ado ?

Bref, je n'ai pas accroché au style de l'auteur qui m'a semblé bien froid. Si bien que le lecteur que je suis a eu du mal à rentrer dans le scénario proposé par ce bouquin et à y croire.

Marc Suquet


Structura Maxima

Olivier PAQUET

Flammarion, 2003
coll. Imagine. 15 euros. Premier roman.



Au sein d'un dôme gigantesque, la Structure, des hommes d'un temps oublié, ont construit sur plusieurs niveaux des villes et des réseaux de communication, recréant dans un entrelacs de poutrelles métalliques, un monde où se côtoient plusieurs communautés. Victor Megare appartient à l'une des communautés dominantes, celle des Vapeuriers. Comme tous les matins, il se prépare à rejoindre son poste auprès de la 01, la Chaudière Primordiale à partir de laquelle un réseau complexe de conduites alimente les chaudières annexes en vapeur d'eau issue des gaz éruptifs du magma bouillonnant du sous-sol. Grand Maître de la Vapeur, il lui revient l'honneur d'abaisser le levier qui ouvre les vannes au magma, force motrice des générateurs d'énergie du dôme, répandant lumière et chaleur sur son passage. Le Magma ou mélange, indispensable à la vie sous le dôme, confère aux Vapeuriers qui le maîtrisent une importance primordiale face aux autres communautés qui en sont de simples utilisateurs. Cadeau de la Terre, mais aussi puissance destructrice dont Victor Megare a mesuré la force : tandis qu'il ouvrait une conduite non sécurisée, la vapeur brûlante l'a défiguré et privé de l'usage d'un bras. Aujourd'hui, alors qu'il s'apprête de nouveau à libérer le mélange, il songe à son fils unique Jehan, dix-sept ans, pour qui la journée revêt une importance toute particulière. Comme ses camarades Luigi et Sophia, il prononcera, au cours de la Cérémonie du Choix, devant toute la communauté, son choix de vie : rester chez les Vapeuriers et intégrer l'ESV, l'Ecole Supérieure de la Vapeur, ou intégrer une autre communauté. Or, pour ce jeune homme épris de liberté, pas d'hésitation ! Ses années d'éducation rigide et sévère au sein de l'Ecole de la Vapeur ; les discours rabâchés sur la prétendue supériorité des scientifiques pragmatiques que sont les Vapeuriers ; leur défiance vis-à-vis des autres communautés, notamment celle des mystiques Frères du Ciel, les Poutrelliers, fervents adorateurs de Valladolis - divinité créatrice de la Cité de Fer - dont le royaume se trouverait de l'autre côté de la paroi métallique et qui vivent juste sous le dôme dont ils sont les gardiens puisqu'ils entretiennent les poutrelles qui le soutiennent ; son pesant héritage de fils de Grand Maître : autant de motifs qui l'ont convaincu de faire le choix le plus choquant aux yeux de ses anciens maîtres car Jehan opte pour la vie de Poutrellier...

Avec "Structura Maxima", Olivier Paquet, lauréat du Grand Prix de l'Imaginaire 2002 pour sa nouvelle "Synesthésie", nous offre, en dépit de quelques petites faiblesses qu'on lui pardonne bien volontiers, un premier roman vraiment très prometteur. La Structure, le monde qu'il a imaginé est parfaitement décrit, original, crédible et cohérent, mais apparaît au bord de la rupture. Il s'agit d'un vaste univers souterrain hermétiquement clos par un gigantesque dôme métallique soutenu par un enchevêtrement de poutrelles. A l'intérieur s'est développée, depuis des temps immémoriaux, une société humaine établie sur différents niveaux et organisée en communautés qui portent sur leur monde des regards foncièrement différents voire antagonistes. D'un côté, certains rêvent d'un monde nouveau et menacent de percer le dôme, de l'autre, on retrouve tous ceux qui, au nom de leur foi en Valladolis, interdisent formellement pareille initiative qui profanerait le royaume sacré de leur dieu. Entre les deux factions, inexorablement, la tension monte et le conflit larvé menace d'éclater ouvertement. Les habitants de la Structure ont su développer une technologie certes rudimentaire et plutôt archaïque, mais indispensable à la survie de tous. Outre les moyens mis en oeuvre pour exploiter l'énergie du Magma, les innovations techniques se limitent souvent à faciliter le déplacement et la locomotion : monte-charge, bus, train express et quelques très rares engins volants. Rien d'extraordinaire ! L'intérêt de la plongée dans ce macrocosme en huis clos réside bien dans l'observation des humains qui l'animent. Les thèmes classiques et variés développés ici trouvent des résonances contemporaines : l'affrontement de communautés très actuelles dont les origines et les antagonismes se perdent dans la nuit des temps ; le jeune homme - un rien trop archétypal - rebelle à l'ordre établi et dont les rêves se brisent au contact de la réalité ; les sociétés trop rigides, figées dans leurs certitudes et qui observent des rituels stricts dont elles ont oublié la signification mais qui sclérosent leur développement ; la montée de la violence dans le sillage de quelques-uns face à l'indifférence de la majorité qui se laisse entraîner, de provocation en surenchère, dans le chaos de l'affrontement. Un exemple de la "libanisation" des conflits ! L'intrigue orchestrée par Olivier Paquet est habilement construite et dans l'ensemble bien menée. Quelques maladresses enfin en ce qui concerne le style et l'écriture qui parfois manquent un peu de simplicité.

Une science-fiction intéressante dont on apprécie tout particulièrement le dénouement : après avoir jeté à bas ses anciennes références et ses rêves brisés, Jehan conclut comme Candide qu'il faut cultiver notre jardin... Un auteur à suivre de près.

MGRB

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