Jean-Michel de Brooklyn

Marc VILLARD

Cohen & Cohen, 2015



"Tu avances vite, Jean. Que de progrès. Quand ils auront compris ce que tu es et où tu vas, tu rentreras dans l'histoire, mon fils." (p. 26)

Jean-Michel de Brooklyn, le dernier livre de Marc Villard, est paru aux éditions Cohen & Cohen et plus précisément dans la collection "ArtNoir". Cette collection est "la seule au monde entièrement consacrée aux thrillers se déroulant dans le monde de l'art..." "Le monde de l'art," Marc Villard, il connaît : poésie, peinture, musique... on peut lui faire confiance !

Première chose qui frappe le lecteur : le livre ! Il est "superbe", (presque) tout noir, jusque sur la tranche des pages. "Un très bel objet !"

"Jean-Michel de Brooklyn", c'est le graffeur - l'ex-graffeur - Jean-Michel Basquiat qui, en ce début d'année 1983, a abandonné les murs de New York pour ceux des galeries de SoHo. Ses toiles se vendent bien : "c'est un nouveau qui monte". (p. 28)

Il habite avec Suzanne Mallouk, son amie junkie, dans un loft de Crosby Street. Autour de lui, s'affairent déjà les rapaces, plus voraces les uns que les autres, et dont les destins vont se croiser, "dans une ville qui avance au rythme du rock, de l'art et de la drogue" : Cécile, poétesse et braqueuse, qui vient de réaliser un casse audacieux et astucieux dans le grand magasin Global. Soler, "son Jules à plein temps", peintre raté qui peint des faux Basquiat pour Ruben Fonseca, fourgue et dealer à la fois. Mike Brewer, un individu qui hante les soirées et les boîtes où il exhibe une carte "Police de New-York", alors qu'il est vigile au grand magasin où Cécile a réalisé son casse. Tiens, tiens !... Mike Brewer, le maître chanteur... et bien pire encore...

Pas facile de trouver les mots, de ne pas se répéter lorsqu'il est question de Marc Villard, un auteur MAJUSCULE ! Dans ce roman noir, très noir (un petit bijou !), Marc Villard nous entraîne à New-York, ville en pleine effervescence en ce début des années 80. Il brosse un portrait étonnant : celui d'un jeune artiste d'avant-garde, d'un peintre revendicatif... "Je veux qu'on me voie comme je suis. Un nègre avec une sculpture chevelue sur la tête... Un jour, je serai plus connu que Schnabel et je me priverai pas de rouler dans la farine l'Amérique blanche et raciste." (p. 35) Peintre et musicien, également...

Il nous donne envie de mieux connaître cet artiste trop tôt disparu, de mieux connaître son oeuvre (800 tableaux ? 1 500 dessins ?).

En 1988, "Jean-Michel de Brooklyn", "the Radiant Child", l'Enfant radieux, victime d'une overdose, laissait tomber ses pinceaux... Il n'avait pas encore 28 ans... "Il est dans la vie mais son oeuvre sent déjà la mort et l'odeur métallique du sang d'un coq en charpie." (p. 69)

Un très, très beau livre de Marc Villard ! Un de plus !

Roque Le Gall


  

Pazuzu

Marc VILLARD

Invenit, 2013



"Pazuzu est de retour. Les impurs qui ont eu l'outrecuidance de le souiller de leurs mains détestables ont péri !" (Le Démon de la Tour Eiffel, Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, Tardi, p. 24).

"Myriam fait les routiers, les bourgeois qui s'encanaillent et les accros aux extérieurs. Elle est black, un peu boulotte et va sur ses vingt-six ans..." Parfois, elle voudrait bien "lâcher l'affaire" et mettre le cap sur Bamako... Alors qu'elle est "en plein travail" dans la camion du gros Fernand, elle réalise qu'elle attend ses règles depuis bien six semaines. Elle a envie de garder l'enfant et de donner un héritier à sa famille du Mali. Oui, mais voilà ! Hatem ne l'entend pas de cette oreille. Hatem ? "Un ancien comptable reconverti dans l'économie libérale..." bref, son souteneur. Une seule solution pour Myriam, fuir et se cacher. Mario, "l'attendrisseur de prostituées d'Hatem", est à ses trousses. Il faut faire un exemple : buter Myriam qui a demandé l'aide du professeur Amine, grand marabout de la Goutte d'Or. Celui-ci lui remet un talisman porte-bonheur. Une copie du démon Pazuzu. Protégée par la statuette assyrienne, Myriam, en théorie, ne risque plus rien. En théorie...

Que dire à propos de Pazuzu ? J'ai l'impression d'avoir déjà tout dit à propos des livres de Marc Villard. Je ne peux que me répéter... Essayons tout de même. Dans un entretien avec Richard Comballot (Temps Noirs n°7, 2003), Marc Villard a déclaré : "Je ne mise pas tout sur l'intrigue... Je mise tout sur le reste - les personnages, les dialogues et le style."

- L'intrigue de "Pazuzu". Un thème récurrent. Intéresse Marc Villard - entre autres thèmes - "tout ce qui touche à la rue et au trottoir : la misère, la prostitution" (Jean-Bernard Pouy, vieux complice de Marc Villard). Ici, l'intrigue est des plus simples. Une prostituée s'oppose à son souteneur et se met ainsi en danger de mort...

- Les personnages. Relativement peu nombreux. Hatem, le souteneur. Son homme de main, Mario. Janis, l'amie de Myriam. Myriam, le personnage central, volontaire, attachante, mais une perdante a priori. Amine, le marabout... Et surtout ne pas oublier Pazuzu, la statuette porte-bonheur.

- Les dialogues et le style. Concis, sans fioritures, percutants, précis, efficaces...

Pazuzu est une nouvelle démonstration du talent et la virtuosité de Marc Villard qui confirme qu'il demeure l'un des meilleurs nouvellistes français contemporains. Pazuzu est un petit bijou d'écriture qui m'a littéralement enchanté...

Roque Le Gall


  

I Remember Clifford

Marc VILLARD

Folies d'encre, 2012



"J'aime que la musique traverse mes histoires..." (Marc Villard)

Dimanche 28 octobre 2012. J'épluche la presse tout en écoutant France-Musique d'une oreille quelque peu distraite. Il est près de 11h15 quand une annonce attire mon attention. Je cite de mémoire : "Et maintenant, vous allez entendre I Remember Clifford, un morceau composé et interprété par Benny Golson, un hommage à Clifford Brown, disparu à vingt-cinq ans dans un accident d'auto..." J'arrête ma lecture, j'écoute attentivement et j'apprécie... J'y vois là "un signe !" J'avais lu, il y a quelques mois, un recueil de nouvelles de Marc Villard, l'un de mes auteurs favoris, intitulé I Remember Clifford...

En fait, il n'y a pas de "signe" ! J'avais tout simplement renoncé ? par paresse ? à écrire un papier à propos de ce recueil de huit nouvelles. Par paresse et surtout parce que je ne voyais pas trop comment m'y prendre. J'ai toujours trouvé très difficile d'écrire sur les recueils de nouvelles. Et il est certainement très, très difficile d'écrire des nouvelles. Leur auteur, en quelques pages seulement, doit bâtir une intrigue, faire vivre des personnages ? et souvent les faire mourir, chez Villard ? et soigner la chute... Cela explique sans doute pourquoi les auteurs de nouvelles sont si peu nombreux et les bons nouvellistes très rares... Marc Villard possède les qualités requises du nouvelliste : concision, précision et art de la chute. Il est d'ailleurs considéré comme l'un des meilleurs du genre. Voici ce qu'il dit de ce genre si particulier et si exigeant : "Les nouvelles, elles, doivent aller vite, sont des moments, des flashs, des polaroïds, on n'a pas le temps de revenir sur le passé..." (entretien avec Richard Comballot, Temps Noir n° 7, 2003)

Les huit nouvelles de ce recueil, publiées dans Jazzman, entre 2007 et 2009, sont principalement articulées autour du jazz et entraînent le lecteur à Amsterdam, Naples, Paris, Barcelone, Kinshasa, San Diego et Tijuana... Marc Villard y joue une partition bien connue de ses lecteurs : la musique et ses interprètes (principalement des jazzmen), le monde de la nuit, l'alcool, les dealers, la drogue, la violence, les êtres borderline, les losers, les abîmés de la vie, parfois attachants, parfois inquiétants...

Ce recueil d'un amoureux de la musique qui donne envie d'écouter les musiciens et les morceaux cités dans les différents textes est une fois encore un grand plaisir de lecture et ? est-il besoin de le préciser ? ? du grand Marc Villard !

Roque Le Gall


  

Sharon Tate ne verra pas Altamont

Marc VILLARD

Biro, 2010
Coll. Les sentiers du crime



"Under my thumb's the girl who once had me down
Under my thumb's the girl who once pushed me around''
(Under My Thumb, The Rolling Stones, 1966)

1969 : l'année où l'homme marche sur la lune, trois autres évènements vont défrayer la chronique.
Le 2 juillet, l'ex-Rolling Stones Brian Jones est découvert noyé dans la piscine de son manoir du Sussex, en Angleterre.
Le 9 août, l'actrice Sharon Tate, épouse du metteur en scène Roman Polanski, est assassinée à Los Angeles par des membres de la Famille, organisation criminelle dirigée par "le Nouveau Jésus", l'illuminé Charles Manson.
Le 5 décembre, les Rolling Stones donnent un concert gratuit à Altamont, non loin de San Francisco. Durant la chanson Under My Thumb, un jeune spectateur noir, Meredith Hunter, est poignardé par un membre des Hell's Angels, chargés du service d'ordre...

"Ces gens étaient défoncés à tout ce que vous pouvez imaginer : dope, alcool, piquouses. Ils planaient à des hauteurs où je ne suis jamais allé."
(Jan Vinson, pilote d'hélicoptère, chargé de transporter les Rolling Stones)

"Altamont a marqué la fin des swinging sixties. Le rêve était terminé."
(Bill Wyman, bassiste des Rolling Stones)

Les éditions Biro inaugurent une nouvelle collection, Les sentiers du crime. Elle a pour but de regrouper "des faits divers réels relatés sous forme de docu-fiction, respectant la véracité des événements." Chaque volume est agrémenté de photos ou d'illustrations.
A partir de trois événements, trois faits divers qui marquèrent l'année 1969, Marc Villard a composé cette novela qui constitue le premier volume de la série. Il a relié les trois faits divers et, autour d'eux, il a bâti une histoire et inventé des personnages fictifs qui viennent se mêler aux personnages réels. Son fil rouge est le personnage de Sheryl Gibson, adolescente quelque peu paumée. Elle se retrouve "impliquée" dans la tuerie de Sharon Tate et dans l'assassinat du jeune Meredith Hunter lors du concert d'Altamont.

L'auteur évoque ici la fin d'une époque. Terminé "Peace and Love" !

"La peur Altamont a succédé à l'extase de Woodstock." (p. 64)
"Où est passé l'amour ? la fraternité ?" (p. 75)

Cette novela sombre qui surfe sur la violence, le sexe, la drogue, la musique est une totale réussite. Et encore, je n'ai pas parlé de l'écriture, du style. Parler de l'écriture, du style de Marc Villard est quasiment un pléonasme ! Cette novela est du très grand Marc Villard ! Comme d'habitude ! (Pléonasme ?)

Roque Le Gall


  

Bird

Marc VILLARD

Joëlle Losfeld, 2008



"Un type qui intitule ses recueils Un jour, je serai latin lover, Bonjour, je suis ton nouvel ami, ou Elles sont folles de mon corps, ce type mérite le respect." (Télérama)


Cécile, orpheline de mère, a été élevée par sa grand-mère et par François, son père, un musicien de jazz qui avait du mal à trouver du boulot et devait partir souvent en province pour de petits cachets... Elle a quatorze ans quand sa grand-mère lui annonce que son père est mort en Espagne et qu'il a fallu l'enterrer sur place. L'adolescente de banlieue qui suivait une scolarité normale va bientôt plonger dans la drogue, "cassée par la mort de son vieux". Elle va effectuer de petits boulots pour se payer ses doses. Elle ira même jusqu'à se prostituer...

Cécile a à présent vingt-cinq ans et est clean depuis six mois. Depuis que sa grand-mère lui a enfin dit la vérité avant de mourir : son père n'est pas mort. Il est sans abri depuis une dizaine d'années et zone à Paris. Bien décidée à reprendre l'histoire de sa vie là où elle s'était arrêtée, Cécile a rejoint le Samu social de Paris. Elle a bon espoir que ses maraudes nocturnes dans l'univers des exclus lui permettront de retrouver son père qu'à présent on appelle Bird...

C'est ainsi que commence Bird, novella d'une centaine de pages que j'ai ramenée de Lamballe - avec quelques autres bons bouquins - à l'occasion du dernier Noir sur la ville. Alors, Cécile va-t-elle retrouver son père ? Eh bien oui ! On peut donc parler de happy end ? Pas si vite... Ceux qui connaissent Marc Villard savent que les happy ends, ce n'est pas trop son truc. Il écrit du noir. D'aucuns disent "du noir méchant". Bird ne faillit pas à la tradition. C'est un récit sombre, noir, sans concession, impitoyable. C'est un regard sur le Paris nocturne, mais pas le "Gai Paris" cher aux touristes. Le Paris de Marc Villard est celui des malchanceux, écrasés par la vie, celui des grands clochards, des exclus. Bienvenue donc dans "ces lieux de douleur" où l'on peut également croiser des violents, des camés, des ripoux...

Intrigue au cordeau, personnages forts, abondantes références musicales, humour grinçant... il y a tout cela dans cette nouvelle à l'atmosphère poisseuse. Quant au style... Ah ! le style de Marc Villard !... Est-il besoin de rappeler qu'il est "un auteur qui compte", un des meilleurs nouvellistes français contemporains ? Un plaisir de lecture... Du grand Marc Villard, une fois de plus !

Roque Le Gall


  

In a blue hour

Joe G. PINELLI, Marc VILLARD

Nocturne, 2006
coll. Bande Originale. BD Music / Jazz/Blues-Blues. 32 p. + 2 CD audio. 21,00 euros



Quelque part en Iowa, un homme prénommé Donny enterre les cadavres de ses deux jeunes enfants, Nancy et Jeremy, brûlés vifs dans l'incendie de forêt qui a ravagé leur ferme. Sa femme, Loretta, persuadée que Donny aurait sa peau puisqu'elle s'est montrée incapable de protéger leur progéniture, n'a pas attendu qu'il revienne et s'est enfuie pour Madison, dans l'état du Wisconsin. Plus rien ni personne ne le retenant plus dans le secteur, le coeur en berne, Donny rassemble le peu qui lui reste et décide lui aussi de quitter le lieu du drame. Le train l'emmène jusqu'à Newton, un patelin où personne ne lui demandera des nouvelles de ses gosses. Comme il ne roule pas sur l'or, mais qu'il est bon grimpeur, qu'il sait tendre des câbles et réparer des clôtures, Donny déniche un boulot qui l'envoie en l'air, sur des pylônes, à dix mètres du plancher des vaches. Il fait maintenant équipe avec Bruce Davidson, ex-coiffeur à Sacramento, et Sonny, un gamin de dix-huit ans à qui il faut apprendre le boulot. Quand enfin arrivent les premiers congés, c'est à Chicago, dans les boîtes et les studios où il chante du jazz que Donny tente d'oublier les corps calcinés de ses mômes et la disparition de Loretta...

En moins de quatre ans, animée par la passion de la découverte, le souci de la qualité et le goût pour les belles aventures musicales, Nocturne, une des plus jeunes maisons de disques indépendantes françaises, a su réunir des artistes et des éditeurs de France et du monde entier dans les nombreuses spécialités que déclinent ses directions artistiques : reggae, blues, musique du monde, hip hop, électro, soul, funk, rock et aussi classique et jazz...
Cette maison d'édition innove en cela qu'elle propose des collections originales de bandes dessinées sur des thématiques musicales associant images et enregistrements soigneusement choisis. " In a blue hour " ne déroge en rien à la règle. Bien au contraire ! Il s'agit d'un album illustré de trente-deux pages avec, gravée sur deux CD audio, sa bande originale d'accompagnement composée d'oe'oeuvres célèbres, instrumentales ou chantées, d'illustres musiciens de jazz et de blues. Plus de deux heures de musique, quelques titres de jazz et une grande majorité de blues, morceaux tous créés entre 1929 et 1955 : c'est bien sûr la bande son de la BD, mais de façon plus large, ces deux CD peuvent constituer une excellente introduction à l'univers du blues traditionnel. On y trouve des standards (" Cry me a river ", " See see rider "...) dans leur version originale ou de très bonnes reprises, des succès oubliés tel le " Why don't you do right " par Lil Green (1941), quelques titres plus confidentiels comme la superbe complainte à voix nue : " Another man done gone ", plus connue interprétée par Johnny Cash, interprétée ici par sa créatrice, Vera Ward Hall, de façon totalement épurée. Bref, une compilation magnifique et on ne peut plus cohérente, concoctée par des esthètes, des passionnés !
Côté album, l'histoire conjointement imaginée par Marc Villard, maître incontesté de la nouvelle noire française, et l'illustrateur belge Joe G. Pinelli, une histoire qui plus est impeccablement narrée par Marc Villard soi-même se savoure telle une pure merveille du genre, implacable, noir de chez noir. Pas un mot de trop, simple et sans esbroufe, tout en nuance, en épure, en suggestion, en tension et en émotion contenues, en concision, efficacement équilibrée entre ce qui est clairement énoncé et tous ces non-dits qui offrent au lecteur, s'il le désire bien entendu, l'opportunité de laisser oeoeuvrer son imagination de telle sorte que, sur les mots de Marc Villard et les images expressionnistes de Joe G. Pinelli, vienne tout naturellement, pour les prolonger, se greffer son propre cinéma. L'histoire de Donny s'inspire sans doute de la vie chaotique et déglinguée qu'ont vécue bon nombre d'artistes, musiciens ou interprètes de blues et de jazz. Elle évoque, dans une atmosphère lourde et poisseuse, la dérive dépressive, lente et inéluctable descente aux enfers, d'un homme douloureusement marqué par les soubresauts d'une vie plutôt sordide et qui ne trouve réconfort que dans la musique. Frappé par le malheur, il mène solitaire, toute la semaine durant, une vie dangereuse et rude, tout là-haut au sommet des pylônes dont il lui faut réparer les câbles, avale des kilomètres d'asphalte, toujours en quête d'une paix salvatrice. S'il lui arrive de confier sa douleur à une femme blonde croisée par hasard sur la route et dont l'enfant périt dans l'incendie de forêt que Donny et Bruce Davidson aident de leur mieux à combattre, c'est bien parce qu'ayant vécu un drame similaire au sien, elle ne peut que le comprendre. Sinon, alors qu'il cherche une raison de vivre, il n'y a guère que quand il chante du jazz ou du blues, que Donny trouve un peu d'apaisement. Parce que la vie n'est pas tendre et qu'elle n'en finit pas de lui jouer des sales tours, qu'il ne parvient pas à s'extirper de la mouise !... On est dans l'immédiat ici, dans le moment présent, ce qui s'est passé avant ou se déroulera ensuite est de peu d'importance, de même qu'entrer davantage dans la psychologie et l'intimité des personnages qui donnent vie à l'histoire semble accessoire. Tout est dans l'ambiance, dans l'émotion ressentie ! Ce que restitue du reste admirablement le graphisme de Joe G. Pinelli : trait puissant, vigoureux, brut de décoffrage, cadrages subtils, serrés, clairs obscurs, couleurs sombres travaillées aux pastels gras, pâteux, dont les dominantes oscillent entre le vert et le bleu.

Un album illustré accompagné d'une bande son originale, il fallait tout simplement en avoir l'idée ! C'est dorénavant chose faite pour le plus grand plaisir du public, fin amateur ou non de ces courants musicaux. Et force est tout simplement de confirmer que ce petit bijou peut tout autant figurer en bonne place sur les rayonnages de bibliothèque de tout bédéphile et sur le présentoir de la discothèque d'un amateur de bonne musique ! Un très bel ensemble donc, à découvrir toute affaire cessante. Bravo, on en redemande !

Arlette Julien

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