Exit Music

Ian RANKIN

Masque, 2010



"La jeune fille hurla une fois, une seule, mais ce fut suffisant..." (début du roman)

"Wake from your sleep
The drying of your tears
Today we escape
We escape..." (Exit Music, Radiohead)

La fin de l'automne approche à Edimbourg. La fin de la carrière de l'inspecteur John Rebus, également. Il n'est plus qu'à quelques jours de la retraite. Dans dix jours exactement, ce sera pour lui "le jour de la montre en or" ou ne serait-ce pas plutôt celui de "la ferraille" ? Comme il ne veut rien laisser en suspens, il s'efforce de dépoussiérer les vieilles affaires non résolues et d'y intéresser le sergent Siobhan Clarke, sa fidèle coéquipière qui doit lui succéder... C'est alors qu'un cadavre est découvert dans une ruelle obscure. La victime, Alexander Todorov, un poète russe dissident, un poète "considérable", a été battue à mort. Agression qui a mal tourné ? C'est ce que semble penser la hiérarchie policière... C'est également ce que souhaite le consulat de Russie... John Rebus est loin de partager cet avis, d'autant plus qu'un dénommé Charles Riordan, un preneur de son réputé, périt dans un incendie criminel. N'avait-il pas réalisé l'enregistrement de la dernière conférence d'Alexander Todorov, dont il était assez proche ? De plus, Rebus entrevoit l'existence de liens entre une délégation d'hommes d'affaires russes qui sillonne l'Ecosse, une députée nationaliste, la FAB (First Albannach Bank), puissante banque écossaise... et le caïd d'Edimbourg, Big Ger Cafferty, ennemi personnel de Rebus et qui est parvenu ? avec succès ? à se faire passer pour un truand à la retraite...

Rebus voit là la dernière occasion de mettre fin aux agissements de Big Ger Cafferty... N'en faisant qu'à sa tête, ne se fiant qu'à son flair, à son instinct, et quelque peu aveuglé par son désir de vengeance, il va finir par indisposer sa hiérarchie, qui le met à pied trois jours avant la retraite... "Botté en touche jusqu'au jour de quille," Rebus va alors ressasser une vérité qu'il connaissait depuis un bon moment : "Le monde de l'establishment est plus redoutable que celui des bas-fonds..."

"A quoi bon travailler si on ne s'amuse pas." (John Rebus, p. 150)

"Maintenant que vous quittez la police, vous croyez que vous laisserez un vide impossible à combler ?
? Je ne suis pas prétentieux à ce point." (p. 434)

"Flic un jour, flic toujours." (p. 437)


Supplique à Ian Rankin (pour l'inciter à continuer la série des John Rebus)

Cher Ian,

Exit Music constitue la dix-septième enquête de l'inspecteur Rebus. Elle est, comme les précédentes, très réussie. Tout le monde s'accorde à reconnaître la richesse des intrigues et des dialogues de tes romans. Comme de plus, tu es un styliste accompli, il n'est pas étonnant que tu aies raflé de nombreuses récompenses. Ce n'est pour rien que James Ellroy te qualifie de "Roi du Tartan Noir..." Si tu es considéré comme l'un des tout meilleurs dans le roman de procédure policière, il est évident pour tes lecteurs que la procédure t'intéresse bien moins que la société écossaise. Dans Exit Music, par exemple, tu nous montres combien les mondes du crime organisé, de la politique et des affaires sont étroitement liés, dans une Ecosse qui se cherche et lorgne vers l'indépendance. Et Edimbourg, sa capitale en perpétuelle transformation, tu as fini par en faire un personnage essentiel de tes romans. Jean-Louis Touchant (Revue 813) a écrit : "Que serait Rebus sans Edimbourg ?" Et il ajoute : "Et que serait maintenant Edimbourg sans Rebus ?" Tiens, Rebus ? Parlons-en, justement... Basé au poste de police de Gayfield Square, division B, le plus ancien flic du CID. "Un dinosaure" laconique, taciturne, bourru, obstiné, entêté, dépressif, tourmenté, meurtri, aigri, cynique, mal embouché, désagréable, hostile à l'establishment et en conflit permanent avec sa hiérarchie, asocial... C'est peut-être le truand Big Ger Cafferty, son ennemi intime, sa nemesis, son Moriarty, son Voldemort, qui finalement le comprend le mieux. Il a pressenti que Rebus ? qu'il surnomme Strawman, l'épouvantail ? personnage complexe et fascinant, est attiré par le côté obscur ! Qu'il a un pied dans chaque camp, celui de la pègre et celui "des gens comme il faut..."

Et qu'apprenons-nous dès le début de l'enquête ? Ce serait la dernière ? Le dernier tour de piste de Rebus ? Son chant du cygne ? You must be joking, dear Ian ! Ou comme on dit en Ecosse : Dinna be daft ! C'est une épidémie, ou quoi ? Vous avez dû vous donner le mot : J.K. Rowling, "ta voisine" à Edimbourg, a mis fin aux aventures d'Harry Potter... Ton confrère Henning Mankell a, lui aussi, envoyé l'inspecteur Kurt Wallander "à la ferraille..." Stop ! Je dis stop ! As-tu pensé à tes fidèles lecteurs, à tes fans (les Rolling Stones, par exemple) ? As-tu pensé à John Rebus ? Il n'est pas fait pour la retraite, tu le sais bien... Qu'aura-t-il pour le soutenir après plus de trois décennies passées dans la police ? Le pub ? Les clopes ? On n'a même plus le droit de fumer au pub ! Sports ? Il n'en pratique aucun ! Hobbies et distractions ?... Son métier de flic ! Plus sérieusement, à toi aussi, cher Ian, il risque de manquer. Rebus n'est-il pas ton Mr Hyde, comme tu l'as affirmé à maintes reprises ?... Je terminerai en parodiant la fin du Petit Prince (Que Saint-Exupéry veuille bien me pardonner !...). "Alors sois gentil, cher Ian ! Ne nous laisse pas tellement tristes : dis-nous vite que John Rebus va revenir..."
Ever yours,

Roque Le Gall


Roque Le Gall


Rebus et le Loup-Garou de Londres

Ian RANKIN

L.G.F., 2005
coll. Le livre de poche, 2005, 6,50 euros



" Qui craint le grand méchant loup ? ....... "
Un tueur en série baptisé " le loup-garou ", sème la terreur dans la capitale britannique. Ce surnom n'a rien à voir avec la sauvagerie des blessures ni des morsures qu'il inflige à ses victimes. On l'appelle " le loup-garou " tout simplement parce que sa première victime a été retrouvée dans Wolf street (rue du loup).

Comme l'enquête piétine, Scotland Yard fait appel à l'inspecteur John Rebus de la " police de Lothian et Borders ". A Londres, une ville qu'il n'apprécie guère, Rebus est en effet considéré, à tort selon lui, comme une " espèce de gourou du crime en série ". L'arrivée de " l'homme du Nord ", de " l'Ecossais " venu résoudre " l'énigme insoluble " ne va pas que lui attirer la sympathie de ses collègues qui se moquent de son côté rustique et de son accent tout aussi rustique... Rebus n'a prévu de rester que deux ou trois jours à Londres. Juste le temps que la Metropolitan Police comprenne qu'il n'apportera rien à l'enquête, qu'il n'est pas l'expert es-crimes en série attendu... Au lieu de quoi il va dénicher des pistes, se rendre utile, se faire casser la figure, jouer les pères protecteurs, s'offrir une aventure avec une charmante universitaire...
Bien qu'évoluant en terrain vraiment hostile, Rebus se sent de plus en plus concerné par cette affaire sordide qui l'a " pris à la gorge ". Impossible de s'y soustraire ! Rien à voir avec une question de " fierté ". Il s'agit pour lui de " coincer un malade, un sadique d'une sauvagerie épouvantable avant qu'il ne frappe à nouveau ".......
Et s'il faut utiliser des balles en argent, qu'à cela ne tienne ! !....

" La promesse d'une ville ".
" Be proud of your accent-wear it like a badge.....when abroad, remember you are an ambassador for Scotland " (The Scots Little Instruction Book, by Tony Sweeney).
Si Ian Rankin n'est plus un inconnu en France, sa réputation est loin d'atteindre celle dont il jouit de l'autre coté du Channel et dans de nombreux autres pays où il est considéré - à juste titre - comme l'un des grands maîtres du polar.
Traduit en 26 langues, numéro 1 absolu du thriller en Grande Bretagne (ne dit-on pas là bas " the great Ian Rankin ") cet " Ecossais pur malt " vient de publier le 15e livre consacré à son héros fétiche, l'inspecteur John Rebus le flic dur à cuire d'Edimbourg.
Pas évident de suivre les aventures du flic endurci, dans notre pays, même si Rankin est le plus français des auteurs anglo-saxons : il a vécu 6 ans dans le Périgord et parle notre langue. En France ses romans sont (et pas tous ! !) publiés dans le désordre (et dans différentes collections qui plus est...). Lourd handicap pour le lecteur pointilleux qui a un certain mal à se retrouver dans cette publication anarchique... De plus, John Rebus est un des rare personnages récurrents " qui vieillit en temps réel "...
Petite séance de rattrapage pour les non-initiés : les aventures de Rebus ont commencé avec l'épisode de L'étrangleur d'Edimbourg (1987) Rebus avait alors 41 ans (cf fascicule MGRB n° 12-13-14 page 45)
Depuis le premier roman de la série, il n'a cessé de prendre de l'épaisseur (au sens propre comme au sens figuré), de se bonifier, de gagner en humanité... Cet inédit de Rankin, Rebus et le loup-garou de Londres en anglais Tooth and Nail écrit en 1991, constitue la 3e enquête de l'inspecteur.
Ce roman n'est sans doute pas d'une cuvée exceptionnelle mais il n'en demeure pas moins un très grand cru. Un cru original, de surcroît : pour une fois l'intrigue ne se déroule pas à Edimbourg, ville chère à Rankin, mais " en terrain hostile " (p. 35), à Londres, " ville arrogante " (p. 118) que Rankin considère d'un oeil fort critique... On y retrouve un Rebus " quadragénaire ventripotent, qui plafonne au rang d'inspecteur... ", divorcé, " avec une fille angoissée qui trempe dans un univers louche... " Tout va mal pour ce flic vieillissant qui fait son boulot tant bien que mal, sans brûler les étapes (p. 124), pour ce flic tenace (" la célèbre ténacité écossaise "), qui croit en dieu mais pas à sa religion (p. 295) qui s'estime plus ambitieux que talentueux (p. 292) et à qui seul le travail apporte un peu de sens à l'existence (p. 130)...
Comme dans chacun des romans de Rankin, une histoire solidement construite, une atmosphère lourde et oppressante, des décors soignés (en l'occurrence Londres qui est un " personnage " à part entière de l'intrigue tout comme l'est Edimbourg dans les autres épisodes), des personnages bien campés (très beau portrait de flic que celui George Flight, par exemple). Le tout écrit avec brio et un humour très britannique...
Avec le temps, Rebus est devenu l'archétype du flic endurci. Ce redresseur de torts, hargneux, bourru, obstiné, tenace, irrespectueux, roublard, opiniâtre et intuitif, solitaire, désabusé, souvent désespéré, alcoolique et ô combien profondément humain et attachant est à présent un personnage mythique. Ian Rankin, que certains fans n'hésitent pas à comparer à Balzac, a su créer (à la manière d'Hennig Mankell, de Gunnar Staalesen, pour ne citer qu'eux) un personnage universel qui donne ses lettres de noblesse à un genre littéraire encore décrié...
Que celui que James Ellroy appelle " the King of the tartan noir " en soit remercié !

PS : Encore deux épisodes des enquêtes de Rebus à paraître... Il aura alors atteint l'âge de la retraite...On vous l'avait dit que Rebus est un héros vraiment évolutif !

Roque Le Gall


L'Étrangleur d'Édimbourg

Ian RANKIN

Livre de poche, 2004



Personne n'a idée de tout ce qui peut se passer à Edimbourg, la plus pittoresque des villes écossaises. A Edimbourg, la ville qu'aime tant l'inspecteur adjoint John Rebus, un cinglé sème la panique. Deux fillettes ont été enlevées et étranglées. Et voilà que maintenant une troisième a disparu !... John Rebus, quinze ans de police, un mariage raté, une gamine innocente tiraillée entre ses parents divorcés, est l'un des nombreux policiers chargés de l'enquête. Ce quadragénaire qui fume et boit trop n'a pas réglé tous les problèmes avec son passé. Il est toujours hanté par son passage dans l'armée... "Et ces cris qui lui revenaient en mémoire !..." C'est alors qu'il commence à recevoir des messages sibyllins. Les enveloppes contiennent également des noeuds ou des croix, fabriqués avec des bouts de ficelle et des allumettes. "Le travail d'un petit plaisantin, un genre de canular", pense-t-il tout d'abord... N'y a-t-il pas plutôt un lien entre les messages et chaque enlèvement de fillette ? "C'est trop gros pour être une coïncidence !"... Rebus a peut-être en main les pièces d'un puzzle... que lui seul peut résoudre...

"L'Etrangleur d'Edimbourg" - traduction très "libre" de "Knots and Crosses" - est le premier roman de l'excellente série mettant en scène l'inspecteur John Rebus qui apparaît dans près d'une douzaine de titres. La moitié seulement de ces ouvrages - hélas ! - ont jusqu'à présent été traduits en France. "L'Etrangleur d'Edimbourg" (1987) est certes loin d'être le meilleur de la série, même si l'intrigue se révèle solide. Ian Rankin se cherchait encore... Mais déjà cette première enquête de l'inspecteur Rebus est efficacement menée. "L'Etrangleur d'Edimbourg" constitue un premier roman sombre, lucide, réaliste, déjà solidement abouti. On y rencontre des personnages attachants parce que vrais, la palme revenant bien sûr au héros de cette remarquable saga, l'inspecteur John Rebus dont la personnalité complexe et tourmentée est l'un des intérêts majeurs des différents romans. "Bourru, obstiné, inquisiteur mais non violent, cet inspecteur de la ville d'Edimbourg est une sorte de Maigret qui serait issu de la génération des Rolling Stones" (voir le "Dictionnaire des littératures policières", sous la direction de Claude Mesplède). "T'es vraiment déjanté, comme mec", lui dit son amie Gill Templer. Déjanté ? Cet inspecteur qui lit volontiers la Bible est tout simplement "un croyant en marge de sa religion" (p. 95), un solitaire par choix et par tempérament, un homme qui rejette son passé "car il y a peut-être quelques squelettes dans le placard !"... Autre intérêt non négligeable de "L'Etrangleur d'Edimbourg" et des autres romans, la ville d'Edimbourg que Ian Rankin connaît parfaitement. L'auteur ne nous parle pas simplement de la cité que les touristes ou les visiteurs occasionnels peuvent voir. Il nous fait découvrir les côtés peu reluisants d'Edimbourg "la schizophrène", "la ville de Jekyll et Hyde" (p. 246).

Ian Rankin, "le chroniqueur social d'Edimbourg et de l'Ecosse", est considéré, à juste titre, comme l'un des grands du nouveau polar britannique - certains n'hésitent pas à le placer numéro un ! -, comme l'un des spécialistes du roman de procédure policière.

James Ellroy dit de cet auteur de premier plan, aux romans de plus en plus achevés et ambitieux, qu'il est "le maître du noir à l'écossaise". On peut lui faire confiance !

MGRB

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