Un manifeste pour les morts

Domenic STANSBERRY

Gallimard, 2003
Coll. Série Noire. 9,90 euros
Traduit de l'anglais (USA). Première parution dans la langue originale en 2000.



"Un manifeste pour les morts", c'est le titre d'un scénario que le producteur de cinéma véreux Billy Miracle soumet à Jim Thompson pour qu'il en fasse un roman. En effet, suivant lui, "si quelqu'un s'intéresse au livre, il s'intéressera aussi au film". Armé de sa machine à écrire, de sa bouteille de Jack Daniels et du vieux pistolet de son père, Jim Thompson loue une chambre dans l'hôtel bon marché qu'il occupe habituellement chaque fois qu'il écrit, et se met au travail. Le scénario raconte l'histoire d'un triangle amoureux, son livre doit relater celle du tueur qui vient du Texas. Si Jim a accepté ce boulot, c'est qu'il espère ainsi se remettre à flot, se réconcilier avec Alberta, sa femme, et éviter d'avoir à déménager dans le petit studio qu'elle a trouvé en remplacement de leur actuel superbe appartement en terrasse. Et voilà justement qu'Alberta lui demande de se rendre au studio afin d'y recevoir l'employé du gaz. Mais à la place du "gars de la compagnie du gaz", c'est un homme au fort accent de l'Oklahoma qui se présente et qui le prend pour un certain M. Wicks. Lorsqu'il aperçoit une voiture de police par la fenêtre, l'homme s'enfuit précipitamment et, ayant oublié ses clés de voiture dans le studio, disparaît en abandonnant sur place sa Cadillac. Poussé par un étrange pressentiment, Jim ouvre le coffre du véhicule et découvre... le cadavre d'une femme et, tout près du corps, une pelle. Au lieu de prévenir la police, il s'empresse d'éloigner la voiture qu'il abandonne au sommet d'une colline. Dès lors, les ennuis commencent pour Jim...

Dans "Un manifeste pour les morts", Domenic Stansberry met en scène le grand Jim Thompson himself, plus célèbre en Europe et plus particulièrement en France que dans son pays d'origine, auteur américain de romans noirs et de scénarios pour le cinéma qui finira bien tristement, en 1977, alcoolique et oublié. La particularité de ce roman tient à sa construction qui inclut une histoire dans l'histoire. L'écriture du livre à partir du scénario que Bill Miracle propose à Jim Thompson, tout au long du récit, introduit des pauses, comme des sortes de bouffées d'air, qui font sortir le lecteur de l'ambiance pesante du cauchemar pour mieux le précipiter dans une autre ambiance, différente certes, mais tout aussi noire.

Un roman captivant et qui, cerise sur le gâteau, donne envie de lire ou de relire Jim Thompson.

MGRB

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