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Bernard LEONETTI

Barbu, 2009
184 pages. 10 euros



Un petit polar (moins de 200 pages) qui met en scène Marcel Dupin, un détective privé raté embauché par la femme d'un capitaine d'industrie pour retrouver sa fille disparue.
Marcel n'a de détective que le nom et à son actif qu'une affaire (résolue en fait par son neveu). C'est un homme qui vit dans la littérature de genre, se jouant des scénarii de roman policier sans avoir la moindre capacité à les incarner. En sus de ses carences professionnelles, Marcel est aussi un béotien en ce qui concerne la technologie et dans cette affaire, il aura de nouveau besoin des compétences en informatique de son neveu.
Car la disparition dont il est question s'avère très liée à un mystérieux univers virtuel développé par le père de la jeune fille disparue.

Le personnage principal, ce doux rêveur qui n'aborde la réalité qu'à travers le prisme fantasmé de la littérature policière est vite irritant (mais je crois que c'est voulu par l'auteur). L'intrigue est minimaliste et se rattache à une théorie du complot assez peu originale, quant aux péripéties du récit, elles ont déjà été exploitées dans d'autres support du genre (livres ou films).
La conclusion tranche d'autant plus par sa drôlerie grinçante et ce qui n'était qu'un mauvais polar devient une fable cynique et amorale de la meilleure sorte.

Benoit Furet


  

La Quête brestoise

Bernard LEONETTI

Barbu, 2007
387 pages. 18 euros



"... Le trésor n'est rien, c'est la quête qui est importante... " (p. 32)

L'homme qui débarque, " ce jour là ", d'un cargo chypriote, au port de Marseilles, s'appelle Chevalier, Hieronimus Chevalier. Il porte un sac en bandoulière. " Il passe inaperçu ou tout au plus pour un voyageur genre routard. " Il parle couramment le français. Il parle aussi le grec, le latin, l'arabe et l'hébreu. Ce personnage étrange, " pas inquiétant, mais étrange ", a l'impression qu'il a vécu longtemps " loin de ce monde ". Ce monde avec " ses voitures, ses autoroutes, ses prévôts, ses vilains, ses troubadours... " Il suppose avoir passé la quarantaine et être né en Syrie... Il faut dire que Chevalier souffre d'amnésie.

Il se voit confier par Godefroy de Courtemanche, un notaire marseillais peu banal, une mission peu banale elle aussi. Retrouver à Gésocribate, Brest de nos jours, " une chose immensément précieuse ", " quelque choes d'une valeur inestimable ", malencontreusement " perdue " par le vieux Joseph, un soir de beuverie... Ce qu'ignore encore " l'homme sans mémoire " c'est que les " vilains " les sbires de la " créature ", de " l'homme en noir " sont eux aussi à la recherche de ce précieux objet...

Si vous êtes insensibles aux murmures de la forêt, au chant de l'océan, au grincements de la charette de l'Ankou qui passe sur la lande... alors ce polar ARTHURIEN n'est pas pour vous !

C'est fort dommage ! Vous y auriez rencontré des personnages truculents et parfois déjantés.

Chevalier, le personnage central : non, lui est presque normal...

Je pense plutôt à l'énigmatique, au farfelu Joseph, aux " vilains " (l'Hun et l'Autre, Marcel Gauvain, le promoteur qui vend la Bretagne aux plus offrants), à Loïc, " le cocher " qui ne boit (plus) que des diabolos menthe. Il y a encore Hippolyte, le grand noir, " plus breton que les Bretons ! ", le prévôt Colbert (qui travaille à Colbert), les teignes et leur chef Johnny, la mystérieuse fille " à l'odeur de bruyère "... Il y a même la célèbre " Dame Blanche " que l'on peut voir parfois, du coté du vieux pont de Plougastel. Et enfin il y a surtout, surtout, Pellec, dit " le bernique ", le patron du bar (dont je ne vous révélerai pas le nom, à vous de deviner !), le bernique qui vous initiera " à la piste ". Attention ! Pas n'importe quelle piste, la piste brestoise ! La seule, l'unique, la vraie !

Le bernique qui sera le héros d'un tournoi épique et mémorable ! Un tournoi de... (là encore à vous de découvrir !).

Ce premier roman insolite " construit à priori comme un polar... est en fait un savant mélange de sensibilité, de drôlerie et d'imaginaire. " (Sillage 124, été 2007)

Un jeu de piste (de pistes ?) qui intéressera tous ceux qui connaissent Brest, " une ville toute grise pour qui s'en tient aux apparences "...

Pour ceux qui ne la connaissent pas, La Quête brestoise, une enquête arthurienne, s'apparente quelque peu à un guide touristique dans lequel transparaît l'amour de l'auteur pour cette cité dont il connaît tous les secrets et sur laquelle il porte un regard attendri et bienveillant.

Ce premier roman est une heureuse surprise, une très heureuse surprise, et son auteur, Bernard Leonetti, né à Aix en Provence, d'un père corse et d'une mère italienne mériterait d'être fait " Brestois d'honneur " ou plutôt " Ti-zef d'honneur ".

Roque Le Gall


L'Hun et l'Autre ont été chargés par leur patron de récupérer le secret de Joseph. Un secret que celui-ci a vendu contre un verre dans un bar de Brest. Chevalier, venu d'on ne sait où mais certainement de loin, a pour mission d'aider Joseph. Il rencontre Gauvain, promoteur peu sympathique, très attiré par des projets autour de la Penfeld, rétrocédée par la Marine à la ville.

Un polar qui se veut arthurien, avec une véritable quête suivie par les héros au c?ur de la cité brestoise. C'est plein de fantaisies et d'abord celle des personnages : qui donc est Chevalier qui vient de si loin qu'il ne connaît pas les taxis, le métro et toutes choses de la vie moderne.

L'auteur connaît bien Brest qu'il dépeint grâce à de multiples histoires au charme local : ainsi les divorces occasionnés par la panne mécanique de la Jeanne d'Arc et le retour au foyer non prévu des marins, retrouvant leur place déjà occupée. L'auteur connaît également bien les nuits brestoises, parlant de nombreux bars, mais aussi des boîtes brestoises comme le Stendhal ou le Sinclair. Et puis, il décrit " la piste ", qui consiste à faire la tournée des bars et qui peut durer jusqu'à 7 jours ! L'auteur prendra 60 pages pour décrire cette institution typiquement brestoise. Un connaisseur que cet homme là !

Quant aux personnages, nous pouvons ici compléter les informations de l'auteur et dire que " Bernique " existe bel et bien. Ancien employé en aquaculture à la pointe Bretagne, l'homme est effectivement devenu propriétaire d'un bar dans le quartier de Saint Martin ! L'auteur est un vrai pro question infos ! On voit apparaître également des héros de littérature adolescente comme Bob Morane.

C'est sympathique et très documenté sur les nuits brestoises. Manque un peu de scénario pour en faire un bon bouquin et se boire comme du petit lait ! Mais ce livre participe à l'image attachante de Brest que décrivent plusieurs polars.

Marc Suquet

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