Les Garde-fous

Frédéric BEZIAN

Delcourt, 2007
79 pages, 16,50 euros



Boris et Alice forment un couple d'éditeurs pétés de thunes et habitant une superbe maison. Le commandant Fix vient leur signaler l'existence d'un tueur, Boon, qui pourrait bien conclure sa série de meurtres par celui d'Alice.

Une BD glacée, c'est vraiment la caractéristique essentielle qui ressort de cet album. Le milieu d'abord très bobo plein d'argent et froid. Le cadre qui est essentiellement constitué par une maison, sans meubles et à l'ambiance polaire. L'isolement aussi : le milieu d'amis est une société mondaine, vantarde, pleine d'hypocrisie : un vrai milieu élitiste avec tous ses défauts. Le flic est également glacé : sûr de lui, autoritaire et sans jamais un sourire. La seule présence conviviale est celle du pêcheur qui vient mettre ses lignes dans le lac voisin de la maison, sans hameçons au bout !

Le dessin lui aussi est glacé : les visages sont anguleux, le ton est essentiellement N et B et les rares couleurs sont fades et utilisées dans le seul objectif de faire un fond d'image. Au fur et à mesure du suspense, les hachures augmentent l'impression glacée. Bref, difficile d'en faire une BD haute en couleurs et attachante, compte tenu du parti pris de l'auteur !

Cette froideur rend l'ambiance oppressante. Les caractères sont également inquiétants. Et puis la maison donne parfois une impression de prison, même si de l'intérieur la prison apparaît dorée.

Un détail très pénible : la typo choisie pour les dialogues est elle aussi tout aussi froide, mais très difficile à lire. Dommage ! Mais l'ensemble peut facilement donner quelque chose de repoussant.

Marc Suquet


Un couple d'éditeurs en vue choisit de vivre à l'abri de l'agitation, dans une maison totalement isolée au bord d'un lac. Un jour, leur tranquilité est perturbée par l'intrusion grotesque du commandant Fix en charge de l'enquête du tueur en série dont le nom est Boon. Pour le commandant Fix, Alice a le profil idéal pour jouer " la chèvre " et attirer Boon dans ses filets. Mais a t-il tout prévu ?

Tout dans ce livre nous glace... l'architecture, la couleur, les personnages (sauf Boon)... et m'ont laissée de glace ! Je n'ai pas réussi à rentrer dans l'intrigue et suis donc restée à la porte sans ressentir aucune émotion. A remarquer tout de même l'originalité non pas du scénario (encore que...) mais plutôt du graphisme et de la mise en page.

Annecat


Un couple d'éditeurs richissimes vit dans une grande propriété isolée. Un lac, une villa moderne, un service de sécurité élyséen et le père musicophile de l'éditrice agoraphobe constituent le quotidien de ces deux personnes un peu paranoïaques et assez mégalomanes. Ils consentent pourtant à l'occasion à se mêler au reste du monde en organisant des fêtes somptuaires où viennent alors les rejoindre pour quelques heures tout un ballet de personnages secondaires fantoches : de l'attachée de presse nymphomane à la romancière géniale qui surcompense son handicap physique en passant par le stagiaire amoureux transi. Et au milieu de cette petite troupe d'humains artificiels, un inspecteur fou qui pourchasse un meurtrier en série effroyable. Le dénouement sera sanglant.

Le trait est épuré, les couleurs monochromes. Celles-ci mettent d'ailleurs mal à l'aise : quelques gris, un peu de brun, mis en relief par un jaune verdâtre maladif et un mauve bleuâtre un tantinet écoeurant. Voilà pour des tonalités visuelles qui mettent dans l'ambiance aussi bien que quelques coups d'archet mourant sur un violoncelle désespéré le ferait avec un film de genre (" mauvais ", bien sûr, horreur ou thriller au choix). La perspective picturale utilisée par l'auteur évoque Giorgio de Chiriquo : ses éclairages crus, ses grandes étendues désertes autour de quelques personnages à peine figuratifs ; jamais Bézian ne nous montre une expression, la ligne d'une mâchoire, l'arc d'un sourcil, ses personnages sont des silhouettes au bord du gouffre, qu'on sent intérieur autant qu'architectural. Le récit est d'ailleurs haché, brut et en même temps ciselé, pour finir par ressembler à un exercice de style sur le design littéraire. Comme si l'auteur avait voulu appliquer les règles de l'art déco à sa bande dessinée (" simplicité, géométrie et cohérence structurelle "). Nous voici donc dans un exercice de style assez intéressant où le dessinateur a réussi un mimétisme assez confondant entre un scénario de huis clos (par définition étouffant) classique et un trait sans fioriture réduit à sa plus stricte expressivité, où toute ligne est de fuite et s'achève en devenant lien, chaîne. Exercice qu'on pourra qualifier d'un peu vain tant les personnages sont dépouillés, trop archétypaux pour que vraiment l'esprit du lecteur s'y attache, en savoure la substance ; où l'intrigue ne livre pas franchement de clé de l'inconscient tourmenté du psychopathe, ni du subconscient halluciné de l'inspecteur qui le poursuit. Mais on peut saluer la performance, ambitieuse, le résultat mérite au moins une lecture.

Marion Godefroid-Richert

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