Les jardins de la mort

George PELECANOS

Seuil, 2008
Collection : Policiers
367 pages. 22 euros



1985 : un meurtrier en série s'attaque à des gamins de la communauté noire de Washington, avec cette particularité de ne frapper que des enfants dont le prénom constitue un palindrome. Le livre s'ouvre sur la description d'une scène de crime et l'on fait connaissance avec les protagonistes.
2005 : on retrouve les personnages de la première scène, un seul est resté dans la police, les autres sont à la retraite ou ont changé de boulot. Pendant une centaine de pages, l'auteur nous met dans l'ambiance, décrit par le menu la vie et l'environnement de ses personnages. Le meurtre et l'enquête qui s'en suit et qui forment le fil directeur du livre n'arrivent qu'après.

Pelecanos brosse un tableau très vivant de Washington, de sa population, pas mal de références culturelles émaillent le récit et on remercie le traducteur de ses notes qui aident bien lorsque l'on est comme moi un total béotien en terme de culture américaine.
Cela donne à l'histoire une tonalité qui est assez éloignée du polar de base, on est loin du thriller haletant, plus proche d'une tranche de vie qui concernerait presque par hasard des criminels et des policiers.

Vous l'aurez peut-être compris, j'ai trouvé ce livre très bien écrit, très documenté, très agréable à lire mais je regrette un peu la nonchalance avec laquelle progresse l'intrigue, je suis plus un adepte des thrillers conduits tambour battant.
Néanmoins un très bon moment de lecture, à conseiller sans hésitation.

Benoit Furet


- Je suis un ancien flic. De la police de Washington.
- On n'est jamais un ancien flic...
- Vous devez avoir raison... ( p159)
Washington, 1985 :
Une scène de crime, juste après la 30e rue. On a retrouvé une gamine de 14 ans dans l'herbe, au bord des jardins communautaires convertis en potagers. La victime s'appelait Eve Drake. L'année précédente, on avait, de la même façon, assassiné puis jeté dans des jardins communautaires deux autres adolescents noirs, issus des quartiers défavorisés. Abattus d'une balle dans la tête, tout comme Eve Drake. Ils s'appelaient Otto Williams et Ava Simmons. Leurs prénoms, ainsi que celui de la jeune Drake pouvaient se lire dans les deux sens, c'est pourquoi la presse a parlé de "meurtres à palindrome". Quant à l'assassin, il a été surnommé "le jardinier de nuit" par les policiers.
Sur la scène de crime, deux jeunes flics débutants, Gus Ramone et Dan Holiday, ayant pour mission de maintenir les curieux à distance. Penché sur le cadavre, un sergent avec 24 ans de maison, T. C. Cook, chargé de l'affaire. Un très bon flic !...
2005 :
Asa, un jeune Noir dont le prénom est aussi un palindrome et retrouvé mort dans un jardin communautaire. Abattu d'une balle dans la tête. "Le jardinier de nuit" est-il de retour ? En tout cas, c'est ce que pensent Gus Ramone, devenu inspecteur, Dan Holiday, qui, lui, a démissionné de la police, et  T. C. Cooke, retraité, et qui n'a toujours pas digéré son échec. Ils vont unir leurs efforts et traquer le mystérieux tueur au palindrome...
"Chaque fois qu'un gamin se faisait tuer, la police, les autorités et la population se rappelaient qu'on vivait dans un monde qui avait complètement dérapé"... (p148)
"Les jardins de la mort" est le quatorzième opus de George Pelecanos. Ce ténor du roman noir américain, depuis ses débuts en écriture, nous raconte sa ville natale et ne cesse de la décliner à travers trois séries de romans qui mettent en scène des personnages récurrents : tout d'abord, la trilogie  Nick Stefanos (dans laquelle il est question de la minorité grecque, à laquelle appartient George Pelecanos), puis deux quatuors (celui de Washington et celui de Strange et Quinn, dans lesquels il est question de la majorité noire. Washington est une ville peuplée à 80% d'Afro-Américains, ne l'oublions pas).
Pelecanos s'est inspiré d'un fait réel, une série d'assassinats commis au début des années 70 et qui n'ont jamais été élucidés. Son ambition première n'est d'écrire un polar classique, voire un thriller haletant (les thrillers sont toujours haletants !). Ce qui l'intéresse, ce sont les personnages... et la ville de Washington dont il s'est fait le chantre, Washington qui ne cesse d'évoluer et pas toujours en bien. Dès son premier roman, Pelecanos s'est emparé de cette ville qui est au coeur de toute son oeuvre, tout comme Dennis Lehane s'est emparé de Boston et James Ellroy de Los Angeles. Il y fait évoluer trois personnages centraux : Gus Ramone, "le bon", policier droit mais trop à cheval sur le règlement. "Doc" Holiday, "le méchant", alcoolique, coureur de jupons, plutôt grande gueule, à la recherche de sa dignité perdue. Enfin, T. C. Cook, "le flic brisé", malade, et qui veut tenir la promesses formulée vingt ans plus tôt, sur le cadavre d'une jeune victime...
Comme toujours chez Pelecanos, l'intrigue progresse par petites touches, lentement, tranquillement, de façon inexorable, jusqu'à sa conclusion déroutante et amère. Le "Zola de Washington" (comme certains l'appellent en France) a encore frappé fort : style impeccable, dialogues plus vrais que nature, références musicales comme il les aime, radiographie d'une ville, à la fois sociale, politique, raciale... Ce nouveau roman, captivant, effrayant, pathétique et terriblement efficace, est encore du grand Pelecanos !

Roque Le Gall

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