Jeronimus, T. 3

Christophe DABITCH, Jean-Denis PENDANX

Futuropolis, 2010
86 pages. 17 euros



Le complot des matelots sur le navire le Batavia, ayant échoué par la faute d'un récif mal placé, 200 des naufragés prennent pied sur une île isolée, Albrolhos de Houtman, au large de l'Australie. Une nouvelle société émerge. Jéronimus Cornelisz, l'ancien apothicaire, prendra le pouvoir d'une horrible façon !

Le scénario de cette histoire véritable diffère ici des deux premiers tomes : Jéronimus Cornelisz n'est plus le petit apothicaire qui se cherche un destin, mais plutôt le tyran en pleine construction qui n'hésitera pas à provoquer un coup d'état. Pour asseoir son pouvoir, Jeronimus opère un tri parmi les naufragés, excluant les faibles, inutiles à sa politique et les forts, dangereux pour son pouvoir. Pour étendre son autorité, Cornelius créé des lois implacables : la peine de mort pour un vol de vin ! Il s'arrange également pour que tous les hommes aient du sang sur leurs mains. Les femmes deviennent des esclaves sexuels. Bref, la folie meurtrière s'empare de Jeronimus et le transforme en monstre. Le crime finit même par devenir une drogue sans laquelle les îliens s'ennuient !

On a quitté ici les superbes paysages marins des deux premiers tomes, pour pénétrer dans la folie. Le lecteur était averti de ce dénouement par la montée de la conspiration sur le Batavia décrite dans le tome 2, qui finalement... s'échoue sur un récif. Ce 3e tome rappelle le rôle des compagnies hollandaises dans le développement d'un système économique pour lequel il est inutile de vouloir faire le bien, puisque seuls comptent le profit et la part distribuée aux actionnaires :cela ne vous fait penser à rien de plus actuel, cher lecteur ? Une passionnante réflexion sur la naissance du système capitaliste.

L'album montre aussi, par l'intermédiaire de bandeaux, les pensés intimes de Jéronimus et son évolution psychologique vers un rôle de tyran. Cela complète habilement la description de la prise progressive du pouvoir par le tyran.

Comme les deux premiers tomes, le dessin de l'album est superbe. De vraies peintures témoignant de la richesse de l'art au XVIIe aux Pays Bas. Jean Denis Pendanx a livré ici un travail original, coloré et magnifique. Jean Denis, c'est un bon, dont on suivra avec intérêt les prochains albums.

Ce triptyque est une vraie oeuvre d'art passionnante et superbe. Perso : un vrai coup de coeur !

Marc Suquet


Pour le résumé, je n'ai rien à ajouter à celui de Marc, ni non plus d'ailleurs sur la véracité de l'histoire et sur la plongée inévitable dans la folie. Pour autant, ce récit est tellement chargé d'émotions contenues qu'il en devient irréel et glacé. J'ai beaucoup de mal à me laisser submerger du coup moi aussi par une émotion quelconque, si ce n'est l'agacement, alors même que le graphisme, comme le dit là encore très justement Marc, très proche de la peinture flamande et inspiré de Jan Steen, ne peut laisser indifférent au contraire.

Au bout du compte, trois albums originaux, documentés, plastiques mais qui ne m'auront pas convaincue.

Annecat


  

Naufrage

Christophe DABITCH, Jean-Denis PENDANX

Futuropolis, 2009
Jeronimus Tome 2
91 pages. 17 euros



Sur le Batavia navire amiral de la Compagnie des Indes hollandaise, que nous retrouvons au large du Cap de Bonne Espérance en avril 1629, la révolte gronde, fomentée par Jeronimus Cornelisz. Mais, lorsque les mutins vont passer à l'action, le vaisseau heurte les récifs des îles Albrohos au large de l'Australie.

Comme pour le 1er tome, c'est immédiatement le dessin et la couleur qui séduisent le lecteur. C'est brillamment illustré et les peintures se déroulent sous les yeux d'un lecteur captivé. Les impressions et les regards sont intenses. Il s'agit fréquemment d'un bout de figure, d'un oeil qui suffit à donner le ton. Les scènes maritimes sont souvent superbes. De vraies peintures qui illustrent avec talent cet album, tout comme le premier.

Cette histoire est celle véritable d'un apothicaire d'Amsterdam. Elle est bien connue en Hollande mais beaucoup moins en France. Le scénario n'est pas surprenant et manque parfois un peu de rythme. C'est le parti pris des auteurs qui exposent longuement la psychologie des personnages, permettant de créer l'atmosphère souvent lourde de ce récit, le montage progressif d'une conspiration sur le Batavia et le pouvoir séducteur de Jeronimus. Une petite critique : les bandeaux de texte, censés décrire la psychologie et les pensées intimes des personnages, sont trop nombreux et n'ajoutent pas grand chose à des scènes suffisamment intenses et expressives par elles même.  

C'est de la belle bd et j'attends avec impatience le 3ème et dernier tome de cette aventure qui est annoncé pour janvier 2010. Le naufrage sur l'île donne en effet l'occasion d'un superbe scénario de lutte de pouvoir au sein d'une société recréée dans un endroit désert. Vivement la suite !

On trouvera ici une interview des deux auteurs.

Marc Suquet


  

Un homme neuf

Christophe DABITCH, Jean-Denis PENDANX

Futuropolis, 2008
Jeronimus, Tome 1
80 pages



Octobre 1628. Jeronimus, apothicaire à Haarlem, province de Hollande, perd son fils atteint de syphilis. Désespéré, il profite de l'opportunité donnée par la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales, pour s'embarquer sur le Batavia. Le début d'une aventure dans laquelle Jeronimus va apprendre la mer, lui qui n'est jamais monté sur un bateau.

Ce qui frappe à la première vision, ce sont les dessins. De vraies peintures dans un album bd ! Il y a de la couleur, des expressions de visages souvent graves, des détails que l'on croirait sortis d'une exposition de peintures. Ce sont de superbes dessins et colorisations, dus à Jean Denis Pendanx que l'on avait déjà remarqué dans Abdallahi, pour la finesse de son travail.

Mais le dessin n'est pas le seul atout de cet album. Le scénario de Christophe Dabitch est de qualité : d'abord une époque parfaitement rendue avec forces détails et explications qui transforment le scénariste en historien : ainsi le club d'escrime de Giraldo Thibaul qui regroupe des hérétiques échangeant des idées à l'abri des oreilles indiscrètes, les anabaptistes un mouvement de la réforme protestante qui créent des communautés de biens parfois polygames ou encore le début du capitalisme en Hollande et la Compagnie des Indes, devenue la plus grande organisation commerciale du monde. Une compagnie qui fait passer ses profits avant tout autre considération. Tous ces détails historiques passent avec finesse et sans ennui. Le scénariste n'hésite pas à citer ses sources.

Et puis, il y a l'aventure liée à l'embarquement de Jeronimus sur la Batavia : l'inconnu, les sociétés qui se créent sur le bateau, la haine, l'amour, la mort ? Et le suspense que l'on sent monter : Le personnage de Jeronimus évolue  sur le bateau : d'effacé, il devient intrigant, rebelle et prépare une rébellion que l'on devrait connaître dans le tome 2. Mais au fait c'est pour quand ce tome 2, dépêchez vous Dabitch et Pendanx, ce 1er tome nous a mis en manque !

Marc Suquet

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