Les Justes

David EVRARD, Jean-David MORVAN, Séverine TREFOUEL, WALTER

Glénat, 2017



"Les justes", puisqu'il s'agit bien de ces gens. Ou encore : "les justes parmi les nations", une expression tirée du judaïsme et désignant ceux qui ont mis leur vie en danger pour sauver des juifs. Irena, ou encore Irena Sendlerowa est de ceux-là, de ceux qui ont su se lever contre l'occupant nazi pour sauver des enfants.

Dans ce deuxième tome, nous sommes en 1942 et Irena, comme son équipe, rivalise d'imagination pour mettre à l'abri des enfants menacés du ghetto de Varsovie : cachés dans des camions, exfiltrés à travers un trou dans un mur vers un curé salvateur, lancés par-dessus un mur, cachés sous des briques dans un panier de pique-nique et tous groggy à la vodka afin d'éviter les pleurs, les techniques d'Irena sont sans limite.

1942, c'est aussi l'année durant laquelle Irena est arrêtée. La torture infligée par les nazis la laisse infirme à vie. Toujours ce petit air de rien avec des personnages croqués avec bonhomie, mais qui se battent contre l'horreur. La vie est belle à Varsovie.

Merci de nous rappeler la vie de ces justes, dans un album joliment émouvant !

Marc Suquet


  

Le Ghetto

David EVRARD, Jean-David MORVAN, Séverine TREFOUEL, WALTER

Glénat, 2017
Irena, T. 1



Regardez la bouille réjouie d'Irena Sendlerowa, dite Sendler. Elle est craquante non ? Pas franchement connue, non, et pourtant ce petit bout de femme polonaise a sauvé plus de deux mille enfants du ghetto de Varsovie et a durement payé son courage sous la torture des nazis.

Quelle riche idée de nous faire connaître ce personnage par un triptyque qui s'achèvera en 2018 ! En ouvrant l'album, j'ai été surpris par le dessin : David Evrard a choisi de représenter ses persos sous une forme très ordinaire, proche de celle utilisée pour des histoires simples ou même comiques. Probablement pour souligner le caractère ordinaire de celle qui a osé résister. Et pourtant, l'histoire est une vraie tragédie. Celle du ghetto de Varsovie où 40 % de la population de la ville s'entasse sur une surface correspondant à peine à 8 % de sa superficie et où règnent des conditions de vie abominables, diaboliquement entretenues par les nazis et entraînant la mort de 80 000 personnes !

Je dois le dire, j'ai été vraiment touché par cet album plein d'humanité. De voir cette petite bonne femme qui prend tous les risques, mais aussi son affreux dilemme lorsque une des mamans proche de la mort lui confie son enfant. La figure du père disparu, penché sur l'épaule d'Irena, distribue à sa fille des conseils : "Vas-y, Irena !" Misère des gamins qui se battent pour un demi gâteau, quand l'autre moitié est tout bonnement jetée au caniveau, hors de portée des enfants affamés, par le nazi de service. Salopard ! L'ensemble, sous son air de simplicité, est tout bonnement poignant. Un album profond.

Tant pis, je l'écris, ici, même si on peut estimer la tournure un peu pompeuse : respect, madame !

Marc Suquet


"C'est l'histoire d'une femme ordinaire qui réalisa quelque chose d'extraordinaire, dans des circonstances insensées, pendant une période effroyable."

Soit le ghetto de Varsovie, ses juifs qui n'ont pas le droit d'en franchir la porte, ses SS en faction, et les Polonais tout autour qui osent peu ou pas élever la voix devant ce qui se passe. Soient une poignée de gens qui tentent quand même d'apporter une goutte d'eau potable à l'océan, Irena et son chauffeur Antoni et leurs collègues de l'aide sociale. Tous les jours leur camion va jusque dans le ghetto apporter de la soupe, quelques vêtements et les médicaments - rares - pour soigner la multitude de malades. Un jour Irena est au pied du grabat d'une mourante qui lui demande expressément de s'occuper de son petit garçon Nethanel, dont elle pressent la vulnérabilité au sein de cet enfer. De l'impossibilité de promettre à l'inéluctable qui en découle, Irena prend une décision importante, insensée et pourtant indispensable : elle et les siens vont tenter de sauver un maximum d'enfants.


Drame en trois actes : ce premier tome pose le décor et donne les prémices d'une vocation qu'on devine promise à l'horreur, car elle a commencé dans l'horreur. Le dessin offre un contraste assez dérangeant, avec ses couleurs pastel, sa rondeur, sa douceur et l'abominable cruauté de ce qu'il dépeint. Quant aux personnages, ils sont pour l'instant d'un grand classicisme. On a quelques figures imposées, comme le chef de barrage sadique, son subordonné plus nuancé, le courageux chauffeur, la figure paternelle inspirante, généreuse et droite. Donc pour l'instant il est difficile de s'avouer complètement conquis. Mais les récits comme celui-ci, à l'heure où tant de négationnistes ont droit de cité, sont d'une urgente nécessité. Rappeler, encore et toujours, à quel point une oeuvre aussi collective que la solution finale des nazis a été le fruit de l'addition d'une multitude d'obéissances individuelles, et sur quels ressorts elle s'est appuyée (xénophobie, antisémitisme, repli sur soi, pleutrerie, terreur, oppression) et qu'il y en eut, des exemplaires, des justes, qui risquèrent tout pour lutter. Les auteurs illustrent avec précision qu'on ne peut jamais dissoudre sa responsabilité personnelle dans un dessein collectif, qu'à un moment on peut toujours dire non, et comment une personne peut basculer sur le chemin difficile de la résistance. Fruit d'un engagement personnel qui rencontre le soutien d'un environnement favorable ou bien d'une farouche détermination envers et contre tout, nous ne pouvons qu'être admiratifs et tirer chapeau bas. J'ai pour ma part bien envie de savoir ce qui arrive à la courageuse dame ayant inspiré les quatre auteurs, sachant que le fait qu'elle ait existé ne fait qu'ajouter à l'intérêt de la trilogie.

Marion Godefroid-Richert


  

Louis XIV

Hervé DREVILLON, Renato GUEDES, Jean-David MORVAN, Frédérique VOULYZE, WALTER

Glénat, 2015



Bien sûr, c'est plus drôle quand les Inconnus appellent le monarque, Louis croix-baton-vé ! Parce que, dans le présent album, l'humour se fait discret...

Comme pour les autres albums appartenant à la série "Ils ont fait l'histoire", l'objectif est tout autre : instruire sur la vie des grands personnages de l'histoire de France. Chez MGRB, nous en avons lu plusieurs et le constat est toujours le même : si l'intention est excellente, le résultat est austère et parfois ennuyeux. Dommage !

Néanmoins, la série s'entoure toujours d'historiens garants de l'aspect véridique du scénario. C'est le cas ici encore, puisque Hervé Drévillon, professeur d'histoire à l'université de Paris I, est signataire de cet album.

Le personnage/héros est passionnant : celui que l'on surnomme le Roi Soleil, mais aussi curieusement Dieudonné (là, par contre, ça fait rire), a régné soixante-douze années ! Un royal marathon assez peu souligné dans l'album. Même s'il est bien difficile de tout expliquer, mieux vaut détailler un minimum certains éléments simplement énumérés tels que le code noir. L'album conte tout de même les problèmes d'alliance du roi avec les grandes familles européennes comme la naissance de Versailles. L'ensemble aurait été grandement simplifié en ajoutant un arbre familial ou quelques cartes.

Le dessin manque de caractère.

Dommage que la volonté d'éducation se cantonne ici à l'austère.

Marc Suquet


  

Omaha Beach, 6 juin 1944

Dominique BERTAIL, Jean-David MORVAN

Dupuis, 2014



Robert Capa est le seul photo-reporter à avoir participé au débarquement en Normandie. Pour ceux qui ont vu Il faut sauver le soldat Ryan, la scène du début du film, reconstituant l'enfer d'Omaha Beach, est prenante et d'une brutalité parfois crue. C'est dans la réalité de cette scène que débarque Robert Capa, le 6 juin 1944, à l'endroit où cinquante pour cent des pertes du D-Day sont enregistrées !

L'album propose une présentation complète du travail de Capa, avec les onze photos conservées du débarquement (la plupart sont perdues à cause d'une erreur technique lors du développement !), l'histoire du photographe et une BD retraçant la préparation et le déroulement de la journée du 6 juin pour le photographe. Des moments d'anthologie comme l'arrivée du photographe dans un pot partagé par ses potes, deux jours après le débarquement, et dédié à sa propre mort, rendue évidente par la découverte d'un cadavre sur la plage portant des appareils photo !

Dans cette dernière, des dessins intéressants de Dominique Bertail et notamment quelques planches de grandes dimensions montrant l'atmosphère d'enfer régnant sur la plage.

L'ensemble s'achève sur la dernière photo prise par Capa en Indochine, le jour même où il sauta sur une mine anti-personnel.

Un album très complet qui utilise avec bonheur ces différentes techniques pour présenter le travail du grand reporter.

Marc Suquet


Robert Capa, photojournaliste à Life, est le seul témoin armé d'un appareil photo à débarquer à Omaha Beach le 6 juin 1944. Des onze clichés qui sortiront valides de cet enfer, celui représentant un GI couché dans l'eau sur le sable de Normandie fera le tour de la planète, devenant à lui seul l'image symbole du D-Day.

Entre bande dessinée et documentaire, ce livre raconte l'histoire de la photo mythique avant de se pencher sur l'homme qui l'a saisie. Votre serviteur étant un grand amateur de cette période historique, ce recueil est une pièce de choix. A partir d'une simple image, on comprend comment Capa se retrouve seul photographe au front, comment la réussite de l'opération est en réalité un vaste coup de chance, comment côtoyer la guerre sans être soldat peut faire jaillir un sentiment inattendu de culpabilité.

Les 55 pages de bande dessinée, très bien illustrées et scénarisées, laissent la place en deuxième partie d'ouvrage à une biographie/reportage sur Robert Capa et son oeuvre. Un document complet méritant de figurer en consultation libre au Mémorial de Caen.

Alain


  

Jaurès

Vincent DUCLERT, Rey MACUTAY, Jean-David MORVAN, Frédérique VOULYZE

Glénat, 2014



Jaurès, ben, bien sûr, c'est l'histoire de l'homme politique. Et tout particulièrement de son engagement en faveur de la paix, alors que le monde s'achemine vers la guerre après l'assassinat de l'archiduc François-Joseph.

Mettre l'histoire en BD, c'est une excellente initiative, car cela peut rendre plus accessible la matière. Ici, c'est moins évident, tant le texte par la surface des bulles et les très longs extraits de discours alourdissent le rythme de l'album. J'ai bien peur qu'un lecteur peu motivé par l'homme politique laisse tomber sa lecture, ce qui est évidemment l'inverse du but recherché. Le dessin, sans être original, n'est pas désagréable. Un gros dossier en fin d'album, presque un peu trop touffu lui aussi. Une bonne idée : une copie de la une de l'Huma en date du 18 avril 1904.

Marc Suquet


  

Mémoire flash

Julien CARETTE, Jean-David MORVAN, Sylvain SAVOIA

Glénat, 2013
Nomad, cycle 2, T. 2



Arrouan c'est un targui, un touareg. Mais il n'y a pas que les chameaux qui le branchent car ce gars-là peut intégrer les réseaux et trouver une info en un dixième de seconde. Rendez-vous compte, il fait même ça au guidon de sa moto en poursuivant un camion et, en même temps, en surfant sur son téléphone. Faut dire qu'il a été formé par les services secrets ricains, c'est donc un bon ! Quant Kalash, sa femme, est enlevée avec sa future fille, son sang ne fait qu'un tour. Sa mission : les retrouver. Et si besoin au bout du monde. Ben, c'est le cas, dis donc, parce qu'elle a été emmenée en Corée du Nord.

Il a un côté Rambo, cet Arrouan : crâne rasé avec cicatrices apparentes (avant l'action, rase-toi pour retrouver l'homme qui est en toi...), capable de tout faire et même richesse verbale (24 pages sans dialogues sur 72). Ça pourrait le faire si l'histoire était palpitante. Ça n'est, hélas, pas le cas, le scénario étant bien classique et un peu fleur bleue : les pages souvenir d'Arrouan rêvant et se remémorant Kalash enceinte, sont un peu... charmantes et en particulier soulignées par une couleur plus passée pour le lecteur qui n'aurait pas saisi l'allusion temporelle. Le dessin et la couleur sont trop froids pour me séduire. Dommage !

Marc Suquet


  

Il vous reste de l'énergie ?

Philippe BUCHET, Jean-David MORVAN

Delcourt, 2008
Nävis, tome 4
47 pages. 12.90 euros



Nsob est mou. Nävis a la grande idée de lui donner un coup de boost via l'électricité. Sauf qu'elle provoque un court-circuit, et voilà son robot nounou-éducateur-homme à tout faire-garde du corps hors-service.
Heureusement, sa tête reste encore allumée, via une batterie de secours, qui ne durera pas longtemps. Seule solution, aller chercher une batterie et un nouveau corps dans le vaisseau. Navis, Houyo et Nsob y vont.

4ème tome des aventures de Nävis, future héroïne de la série Sillage. Ici elle prend des décisions, contredit son robot et reste toujours aussi rebelle, pour notre plus grand plaisir. Les albums s'alignent et s'améliorent à chaque tome.
La série Nävis est destinée à un public plus jeune, mais il y a des révélations sur les origines de Nävis ou de son entourage. Humour et dessins décalés en perspective. A découvrir !

Temps de livres

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