Instinct

Jérôme CAMUT, Nathalie HUG

Télémaque, 2008
Collection : THRILLER
580 pages. 19.50 euros



Kurtz, un criminel psychopathe, a formé autour de lui une meute de fidèles entièrement soumis à ses ordres. Et tout particulièrement Shan, une vraie machine à tuer, dédiée au service de son Maître.  Leur objectif : nettoyer le monde. L'ancien policier français, Daza, accepte de reprendre sa traque. Pour pourchasser Kurz, il obtient carte blanche à l'occasion de cette dangereuse mission. Kurz lui, cherche à échapper à ses poursuivants en se cachant dans le cercle polaire arctique.

Instinct est le 3e de la série, Les voies de l'ombre, après Prédation et Stigmate. Ces livres sont écrits à quatre mains par le couple d'auteurs, Jérôme Camus et Nathalie Hug, unis dans le polar comme dans la vie.

L'écriture est rapide et rythmée. Le plus souvent des phrases de 2 à 3 lignes qui accentuent le rythme de ce travail. Les retours à la ligne sont nombreux, parfois après quelques mots seulement. 121 chapitres composent ce livre, le plus souvent courts, de 2 à 3 pages. Appuyé par ces choix, le parti pris des auteurs est clair : on ne s'étend pas sur le détail ou la description, on rentre directement dans l'action et on privilégie le rythme. Le lecteur ne s'ennuie donc pas dans la lecture d'Instinct parce qu'il est entraîné sans répit d'un chapitre à l'autre et intellectuellement captivé par l'action.

Les personnages sont bien marqués : Kurtz, le monstre froid qui oscille entre Hitler (créant des camps au dessus desquels on lit "l'esclavage rend libre"), Ceaucescu (qui remodèle la jeunesse roumaine selon ses souhaits), ou encore Big Brother (son embrigadement des enfants et les apparentes maximes contradictoires telle celle trônant au dessus des camps de rééducation). On trouve également le culte de la personnalité, commun à la plupart des dictateurs. Kurtz est un créatif, puisqu'il a organisé un vrai système de rééducation des enfants roumains avec une hiérarchie et spécialisation des formations, destinées à mieux servir l'objectif donné par le Maître. Kurtz est également un vrai tyran, comparant ses troupes à des chiens qu'il ne touche jamais afin de maintenir une barrière entre eux. Priorité à la meute : "Seule la meute compte. Tout ce qui s'oppose à nous doit être éliminé par tous les moyens". La psychologie du personnage est décrite, en fin de livre, dans les carnets multicolores de W.E. Kurtz. On y devine un ego démesuré "Je ne pourrai m'astreindre à me vulgariser moi même. Cette simple pensée est en soi presque indécente" !
Daza, le flic courageux, est l'antithèse de Kurz qui accepte de laisser son paradis africain et fait courir à sa femme proche d'accoucher, Malia, de vrais dangers, dans le simple but de retrouver Kurtz. Même s'ils sont intéressants, les caractères sont parfois un peu trop simples et on se retrouve ici devant la très classique opposition du bien et du mal, sans que des détails ou subtilités puissent enrichir l'éternel débat littéraire.

Le scénario n'est pas bien riche : la poursuite d'un criminel par les flics. Mais encore une fois, c'est l'action qui est privilégiée. Pourtant, quelques éléments viennent distraire le lecteur : ainsi la cavale de Kurtz sur le cercle polaire avec le froid qui détruit lentement son physique et l'obligation, acceptée après de nombreuses hésitations, de manger de la chair humaine ! Mais aussi, l'arrivée en détention de Kurtz dans les locaux de l'entrepôt où sont réfugiés les flics : difficile dans les sourires hautains et cyniques du monstre de ne pas rapprocher Kurtz, d'Hannibal Lecter, dans le Silence des agneaux. On aurait aimé pousser un peu plus : quelles sont les motivations du monstre, quel est son objectif : Kurtz dans ses carnets est lui même, à peu près incapable de le définir.

La couverture suit le modèle de la série avec une photo, une tache de sang et un fond noir. Un brin racoleur et ce d'autant plus que la 4e de couverture est constellée de critiques très positives et d'un résumé en 3 lignes totalement accrocheur.

En final, un livre que l'on lit avec un certain plaisir grâce au rythme entretenu par les auteurs, mais qui manque un peu de finesse. Une bonne lecture de plage ?

Marc Suquet

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