Revolutions

OBION, Joann SFAR, Lewis TRONDHEIM

Delcourt, 2009
Donjon, Tome 106
47 pages. 9 euros



Marvin le rouge et le roi poussière sont piégés sur un satellite dérivant de Terra Amata. Celui-ci a la désagréable particularité de tourner sur lui-même, ses occupants sont donc contraints à une course permanente sur son pourtour afin d'éviter la chute, mortelle, vers la surface en fusion de l'ancienne terre du donjon. Les deux Marvin croisent donc la route et le fer des ours qui peuplent l'astéroïde, jusqu'à la confrontation avec le takmool, un faux bienfaiteur qui fait traîner son palais, parc et dépendances en continu par des ours consentants en échange d'un peu de repos au sein des murs de cette thébaïde sur roues. Hélas pour lui, le suzerain a femme et fille très en appétit des choses de la chair, ce qui met en péril ce fragile équilibre d'exploiteur par moultes galipettes dans les buissons fleuris avec nos aventuriers...

Pour ceux qui ignorent ce qu'est "Donjon", le projet le plus ambitieux de la BD française actuellement en chantier (et pour un certain temps d'ailleurs), il y a un site très bien fait. Pour les autres, vous êtes certainement comme moi et vous bondissez d'allégresse à chaque nouvelle parution. D'autant que celui-ci est une oeuvre d'un de nos chouchous brestois, le grand Obion (ben oui, il me dépasse d'au moins une quinzaine de centimètres; ce n'est pas rien) au trait souple et charnu, surtout quand on en vient aux demoiselles. Tout d'abord, le scénario de ce numéro 106 de donjon crépuscule est une réussite totale. Sfar et Trondheim portent tous les deux cet appétit du sous-texte philosophique et politique jusqu'à un niveau peu atteint dans le neuvième art. Je n'avais pas encore eu l'opportunité de voir une critique aussi brillante du grand capital en bulles et en cases. Marx s'invite chez Donjon, mais la chute de l'URSS et la défaite du maoïsme sont passées par là, et les révolutionnaires ne peuvent que brièvement saccager l'exploitation négrière du prolétariat par les patrons d'envergure même modeste. Les marginaux de l'astéroïde que croisent Marvin et le roi poussière sont tous illustratifs de ce que nos sociétés occidentales laisse comme place aux exclus (volontaires ou non) du système capitaliste. Les ours qui marchent sur des échasses pour échapper aux herbes carnivores par exemple ; que ce soit au premier ou au second (ou même quatre-vingt-dix-septième) degré c'est une magnifique métaphore de ce qui attend celui qui ne suit pas la voie du commun des mortels : on pourrait résumer la leçon par "t'as plutôt intérêt à ne pas t'endormir sur ton perchoir, avoir un bon équilibre et la jouer perso si tu veux t'en sortir et même comme ça ce n'est pas gagné". Quant au dessin, Obion se sort très bien de la charte des dessinateurs du donjon. On retrouve le roi poussière et Marvin tels qu'en eux mêmes, mais comme d'habitude il y a les petites différences qui distinguent chacun des contributeurs par un graphisme personnel, une "patte". Ici le lapin rouge bien que dégingandé gagne une petite souplesse des articulations qui le font paraître plus élastique, moins raide, moins macho (oui oui, tout ça veut dire un peu la même chose mais c'est pour souligner la subtilité du changement). Le roi poussière gagne en rondeur plus ferme, il est moins las des choses de ce monde, il est plus droit pour les affronter. Et les femmes ! Ourses plantureuses, offertes à la caresse du vent et des yeux, elles sont un hymne à l'épanouissement de la chair et au plaisir. Au nom de toutes les déesses callipyges de Bretagne et d'ailleurs, merci à Obion pour si bien illustrer la beauté des formes plantureuses féminines en ces temps maudits où la mode est d' encenser la maigreur famélique des anorexiques complexées ! En conclusion, un excellent cru que ce Révolutions. Courez vite vous le procurer si ce n'est encore fait.

Marion Godefroid-Richert


  

La vallée des merveilles (T. 1 — Chasseur-cueilleur)

Joann SFAR

Dargaud, 2006
90 pages, 15,00 euros



Pot de miel, Nuit des câlins, leur fils Tigre et leur fille Esprit des anciens coulent des jours paisibles dans leur grotte au bord de l'eau. Pêcher des poissons, chercher des ignames, jouer, rire et danser occupent leurs journées du matin au soir. Mais bientôt il faut partir à la chasse car manger tous les jours la même chose, ça va bien ! Pot de miel va alors s'en aller à l'aventure avec Grand nez qui déniche pour contenter leur soif de découverte et leur faim de tendre rôti. Trouvant de nouvelles façons de chasser, tombant au choix sur des dinosaures, des serpents ou bien sur des moines combattants, ils vont finir par trouver de vieilles connaissances qui leur révèleront les mystères insondables d'un grand secret : comment réussir des petits farcis ...

L'ami JS est égal à lui-même. Que dire qui n'a pas déjà été dit cent fois ? Merveille, poésie, conte initiatique, philosophie du quotidien, humour et gravité... les récits de Joann Sfar sont des contes à grandir pour tous les âges. Celui-ci ne fait pas défaut à son talent (ou bien le contraire ?). Une mention spéciale à Brigitte Findakly qui comme d'habitude a parfaitement su illuminer de la grâce de ses pinceaux les élucubrations picturales de l'artiste ! Elle a beau s'arracher les cheveux sur des planches pas évidentes à interpréter (!), son travail complémente superbement l'histoire. On rigole aussi lors de la lecture des pages de fin où JS livre quelques clés pour l'interprétation de son album. J'ai beaucoup aimé le passage où sa fille de cinq ans psychanalyse sa conduite automobile et sa manière de tuer les chats... Enfin bref, les albums de Joann Sfar, c'est bon, mangez-en !

Marion Godefroid-Richert


Socrate le demi-chien tome 2 - Ulysse

Christophe BLAIN, Joann SFAR

Dargaud, 2005



Socrate et son maître Héraclès sont à Ithaque. La tendance à soliloquer du premier et les appétits charnels du second vont les jeter de nouveau sur les routes et un bateau en partance. Ils rencontreront en chemin le roi Ulysse qui a déserté son île pour cause d'ennui et le cyclope Homère à l'oe'oeil crevé. Sexe, philosophie et goût du sang se télescopent pour donner le plus fabuleux et misérable destin à Socrate, le chien le plus intelligent du monde qui sait même parler...

Un chien qui parle, voilà l'exact pendant du chat du rabbin que Sfar a déjà mis en scène dans trois albums. Ce héros animal-ci est aussi aventureux et dépendant de la compagnie des hommes que le félin sus-cité est pantouflard et amoureux uniquement de sa maîtresse. Là s'arrêtent les lieux communs : Socrate joue le rôle d'instrument du destin pour ses maîtres successifs, de sa gueule sagace sortent des vérités impromptues hélas pas toujours au bon moment ! L'Illiade et l'odyssée retrouvent une nouvelle saveur sous la plume des deux compères... un très bon cru.

Marion Godefroid-Richert


Le chien d'Héraclès a la langue bien pendue. Lui et son maître sont partis rejoindre Ulysse. Héraclès est un chaud lapin qui n'hésite pas à accrocher Pénélope à son tableau de chasse. Surpris par Télémaque, le fils de Pénélope et Ulysse, il tue l'adolescent et s'enfuit. Sur le bateau, il retrouve Ulysse, fuyant Pénélope car il s'ennuie. En fuite à nouveau, Ulysse comprend qu'il est homosexuel et attiré par Héraclès. Ulysse et Héraclès abandonnent le chien sur une île déserte où il rencontre un Cyclope. Celui-ci va l'aider à rejoindre le bateau d'Héraclès.

Voilà un album qui n'est pas classique ! La mythologie est entièrement revisitée en lui imposant parfois des détours inattendus : ainsi Ulysse est-il homosexuel et n'est-il guère attiré par Pénélope. Il y a du sexe grâce à Héraclès, un jeune homme que les hormones travaillent, mais aussi grâce à Ulysse qui sur le bateau ne dédaigne pas tailler une pipe à Héraclès. C'est donc assez irrévérencieux !

Le dessin est fait à coups de traits assez vifs et donne une impression un peu noire. Au final, c'est curieux et original. On est étonné par une mythologie à laquelle on ne s'attendait pas. C'est en même temps drôle pour le côté inattendu de cette mythologie. Le côté décousu de l'album devient un peu lassant en final. Peut-être parce qu'on ne sait pas très bien où l'on va. Une curiosité sympathique !

Annecat


Le chat du rabbin (T. 4 — Le paradis terrestre)

Joann SFAR

Dargaud, 2005
9,80 euros



De retour de Paris, le rabbin et son chat sont à Oran avec le malka des lions. Par une chaude après-midi le chat se prélasse à l'ombre en écoutant monter dans l'air immobile les paroles du vieux conteur qui captive son auditoire avec une de ses belles histoires. La vie, la vieillesse, l'amour et la mort s'emmêlent en une broderie bigarrée tissée par l'ascète. Lorsque le chat retourne à la réalité, c'est pour retomber de ses quatre pattes à coussinets dans les premiers remous de l'agitation qui gagne le peuple colonisé de l'Algérie française. Les cousins, malka et rabbin, vont chacun commencer à se dresser dans les prémices du chaos sur des positions opposées et complémentaires, entre fierté et dédain pour l'un, entre sagesse et mesure pour l'autre...
La beauté du récit est égale à elle-même, les couleurs de Brigitte Findakly éclatent à chaque page en petits feux d'artifice, et le petit héros à quatre pattes fat, sensuel et égocentrique de Joann Sfar nous entraîne toujours plus loin dans ce livre d'images qu'est l'enfance du dessinateur. Et c'est toujours aussi réussi ! Des petits bouts de sagesse sont détenus et délivrés par chacun des personnages au détour de chaque coin de page. On aime : le serpent qui suit le malka et qui un jour lui fera cadeau de sa morsure pour qu'il meure avec sa douce dans les bras, le lion qui suit le malka dans le désert, est son ami depuis trente ans et ne fait plus peur aux jolies demoiselles, le chat qui intimide le serpent en se vantant d'être agile comme une mangouste, le malka qui fait taire la voix jaune de l'envie et de la discorde par sa parole qui claque et par sa gifle qui résonne, le rabbin qui se refuse à faire l'apologie de la prise d'arme pour se saisir d'un livre, les feux de la tribu dans le désert qui se reflète dans les yeux lourds de khôl des filles bédouines. Pour tout cela et plus encore, jetez-vous sur le chat du rabbin.

Marion Godefroid-Richert


Après une incursion à Paris dans L'exode, le chat et son rabbin (ou le contraire) sont de retour en Algérie. Au fil d'un songe philosophique et philanthropique, Joann Sfar nous invite à retrouver le Malka et son lion, héros du tome 3, qui vieillissent tous deux dangereusement, sans perdre de leur truculence. Dans un registre moins sympathique, l'auteur rappelle à notre souvenir les heures sombres de l'antisémitisme en Algérie en mettant en scène l'abbé Lambert, maire d'Oran de 1934 à 1941, personnage charismatique qui s'est illustré par ses tirades contre le Front Populaire et le soi-disant " impérialisme juif ". Cet album ne suffira malheureusement pas à mettre les points sur les " i " à tous les imbéciles de la planète mais c'est encore une bouffée d'air frais dont l'on aurait tort de se priver, d'autant que la lutte contre l'antisémitisme n'est pas son seul objet. C'est aussi très drôle, très émouvant et cela invite autant à la réflexion qu'à la rêverie. Que demander de plus ?

Mikael Cabon


Le Chat du rabbin continue ses aventures par la rencontre avec une légende vivante mais surtout avec l'amitié qui va le lier à son lion. Cette légende c'est Malka des lions, conteur génial qui arrive encore, bien que péniblement, à faire illusion pour gagner sa vie. Encore pour longtemps... ?

Joann Sfar continue lui aussi ses pérégrinations mais à travers l'Aventure humaine. Il en explore aussi bien les côtés géniaux que les failles et nous apporte avec humour ses " valeurs morales " en se servant de ce chat génial et de ses amis.
C'est toujours aussi succulent et j'aime particulièrement ce dernier tome beaucoup plus tendre encore que les autres... Encore... encore...

Annecat


Exode

Joann SFAR

Dargaud, 2003
Troisième tome de la série Le chat du rabbin. Précédé par La Bar-Mitsva et Le Malka des lions.
Coll. Poisson Pilote. 9,44 euros



La vie n'est plus ce qu'elle était dans la famille du rabbin. Zlabya s'est mariée avec un jeune rabbin venu de Paris et délaisse son chat au profit de son mari, ce qui entraîne chez le félin une crise existentielle, bientôt partagée par son maître lorsque toute la famille embarque à bord d'un paquebot en direction de Paris. C'est qu'il faut présenter Zlabya à ses beaux-parents. Et il est " tout de même important que [le maître] connaisse la famille de [son] gendre ". Arrivé à Paris, le rabbin hésite à rencontrer une famille qui " ne fait pas trop Shabbat " et décide de s'en aller explorer la ville, accompagné de son chat, qui préfère lui aussi la pluie et l'inconnu à tenir la chandelle à sa maîtresse...

Enfin un regard positif sur le judaïsme ! Loin de tous les clichés et poncifs plus ou moins haineux auxquels l'on a immanquablement droit quand il s'agit de cette religion, particulièrement dans le contexte actuel, Joann Sfar nous offre un troisième bol d'air avec ce nouveau volet de sa série félino-rabbinique. Paradoxalement — puisque seuls les tourtereaux ont le coeur à la noce - plus léger dans le ton que les deux précédents, cet épisode dépeint les affres d'un rabbin en proie au doute, qui tente de comprendre, en un Paris bien sombre, indifférent et chagrin où tout lui est totalement étranger, pourquoi il lui faudrait appliquer à la lettre tous les préceptes de sa religion, quand l'essentiel est peut-être ailleurs. Pas de réponse définitive, bien sûr, dans ces cases, mais d'intéressantes interrogations sur la religion et les rapports humains, sur l'intégration et l'identité culturelle des immigrés aussi, avec ce formidable portrait du neveu Rebibo, contraint pour survivre à se livrer à un navrant numéro de chansonnier tout droit sorti des music-halls coloniaux des années trente. Avec beaucoup de drôlerie, de sensibilité, de finesse et d'ouverture d'esprit, Joann Sfar aborde des thèmes graves en usant de cette liberté de ton qui lui permet, comme toujours, d'aller au fond des choses avec une économie de mots surprenante. Le dessin, très sombre dans cet épisode pluvieux, est constamment illuminé par la bouille d'un rabbin que l'on apprend ici à mieux connaître. Pour finir, laissons la parole au sympathique héros de ce rafraîchissant volume : " Allez, on fait le kiddouche que si vous êtes en retard pour le dîner, c'est vos femmes qui vont m'engueuler... " (p. 46)

Ce troisième tome est une parabole délectable qui prône la tolérance. Si vous ne la connaissez pas encore, ne vous privez pas une seconde de plus du plaisir d'une série qui devrait être déclarée d'intérêt public.

Mikael Cabon


Dans ce troisième tome, le rabbin, sa fille, son gendre et son chat vont à Paris. Après le mariage de Zlabya avec Jules, ce dernier veut présenter sa femme à ses parents. C'est l'occasion pour les deux algériens de faire connaissance avec la capitale. Tandis que la jeune fille se laisse intimider au départ par le luxe de la vie parisienne d'une famille très aisée, Abraham s'égare une nuit dans les rues, plus ou moins à la recherche de son neveu chanteur, Raymond Rebibo ...
De nouveau, Joan Sfar s'amuse avec son vieux rabbin. Cette fois-ci, ce n'est pas son insolent ami moustachu quadrupède qui joue les démons contradicteurs, c'est toute la société française métropolitaine. La possibilité d'entrer dans un restaurant et de manger " le moins casher possible " (cochonnailles, lait et vin dans le même repas), s'abriter de la pluie dans une église remplie d'objets du culte et de représentations très réalistes du martyre de saintes catholiques, et finalement séjourner chez le père de son gendre qui fuit systématiquement tout ce qui s'approche de près ou de loin de la religion juive, l'auteur tourmente avec une malice un brin perverse le vieux monsieur. Mais l'humour est toujours là pour le sauver des crises de " foi ", témoin la très jolie discussion qu'il a avec le père de Jules sur la voie plus ou moins étrange qu'on emprunte pour devenir rabbin, et qui le console de voir son fils devenir un exemple extrême de ce qu'il a voulu lui éviter. Zlabya a d'ailleurs une version féminine de ce discours de tolérance dans la cuisine avec sa belle-mère. Il n'y a que Joann Sfar pour dessiner dans tous les sens du terme tous les visages du judaïsme séfarade avec autant de justesse. Un régal de délicatesse, de poésie et de drôlerie.

Marion Godefroid-Richert


La fille du professeur

Emmanuel GUIBERT, Joann SFAR

Dupuis, 2003
Collection Expresso
Réédition de l'album paru en 1997, récompensé par le Prix René Goscinny et l'Alph-Art Coup de CoeÅ“ur du festival d'Angoulême.



"Trente siècles les séparent... et pourtant, ils s'aiment." Ou comment de l'amour improbable entre Miss Liliane et Imhotep IV, momie d'un prince égyptien - découverte et ramenée à Londres par le professeur Bowell, père de la demoiselle qui, un après-midi durant lequel elle s'ennuyait, l'a réveillée et sortie de son sarcophage pour qu'elle lui tienne compagnie - découlent des aventures rocambolesques dans la très posée Angleterre victorienne. Pensez donc ! Après trente-deux siècles de retraite sépulcrale, la promenade romantique dans Kensington, bras dessus, bras dessous, elle en crinoline, lui, le corps efflanqué recouvert de bandelettes, revêtu d'un costume et coiffé d'un haut de forme ne passe pas inaperçue. Tout à l'enthousiasme de se renaissance, Imhotep déclenche une altercation dans un salon de thé avant de s'évanouir d'épuisement et d'être tant bien que mal ramené par Lilianne, aussi prévenant qu'amoureuse de ce compagnon pour le moins original, au domicile du professeur. C'est alors qu'arrive un policier flanqué du gentleman qui souhaitait en découdre avec son "fiancé". Et lorsque la jeune fille assassine sans le vouloir les deux visiteurs importuns, Imhotep IV décide de l'enlever pour la soustraire à la tyrannie bienveillante de son archéologue de père qui souhaite "prêter" la momie pharaonique au Muséum. Les deux fugitifs sont alors poursuivis à la fois par le professeur Bowell, Scotland Yard... et Imhotep III lui-même, à la recherche de son fils depuis trois mille ans...

Pas de leçon de morale dans cette histoire : l'amour et la liberté conduiront nos héros à semer quelques cadavres sur leur passage, mais qu'importe, puisqu'ils n'aspirent qu'au bonheur !... Tout cela est frais, lumineux, réjouissant, un vrai bonheur ! Miraculeuse association que celle des textes incisifs de Joann Sfar qui arrive avec un minimum de mots et un goût immodéré pour l'absurde et l'improbable à créer tout un univers poétique et extrêmement riche, et les fabuleuses illustrations (trait délicat, élégant, expressif renforcé par une mise en couleur directe particulièrement soignée : un graphisme somptueux que met en valeur un découpage impeccable et la sobriété voulue de la mise en page) d'Emmanuel Guibert qui dégagent, tout en douceur, autant d'humour et d'émotion que le scénario qui mêle allègrement romantisme, aventure rocambolesque riche en péripéties loufoques, romance amoureuse à la fois tendre et contrariée. En outre, les deux compères ont réussi, à partir d'une histoire de momies, à éviter de tomber dans le scabreux et le macabre. Au contraire, cet album est plein d'un humour subtil, très britannique, jamais noir quoique parfois acide, et de plus il met en scène des personnages particulièrement humains et attachants... Une mention particulière pour la reine Victoria, délicieuse de flegme !

Au final, nous voilà en présence d'un album très réussi où le charme des textes et des dessins se met au service d'une belle histoire qui fait la part belle à la fantaisie et à la poésie. Un vrai délice !

MGRB

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