Chenil 56

José-Louis BOCQUET, Nathalie CHAMPIÉ

Syros, 2003



Saïda, quinze ans, issue d'une cité dortoir de la banlieue de Lorient, entre en internat à Kernéant pour devenir éleveur canin et suit les cours de Virginie Tromeur, la directrice de l'école, éleveuse et dresseuse de chiens. Son compagnon à quatre pattes, Loo Ping, est un beauceron, un chien de berger un peu foufou. Un jour, Saïda accompagnée de Matthieu, le fils de Virginie Tromeur qui est devenu son ami, promène Loo Ping et croise fortuitement le chemin d'une petite frappe nommée Lucky, organisateur de combats de chiens à Lorient, en quête de nouveaux animaux à dresser pour l'arène. Lucky enlève Loo-Ping. Dès lors, les deux adolescents vont être plongés dans l'enfer des combats de chiens. Dans la mesure où ils ne font pas vraiment confiance aux fonctionnaires de police pour retrouver le compagnon de Saïda, tous deux décident de mener leur propre enquête. Quels dangers vont-ils affronter ensemble ? Parviendront-ils à retrouver et à libérer Loo Ping ?

Cette histoire est très intéressante du point de vue du sujet, original et très peu souvent traité. Pour qui ne connaît rien ni aux chiens ni à ces atroces combats où la mort d'un des deux animaux en lice est la seule fin envisageable, elle est même des plus instructives puisqu'elle fait découvrir le milieu des éleveurs canins mais surtout puisqu'elle amène le lecteur à découvrir, ahuri et horrifié, le processus par lequel un chien inoffensif devient un monstre d'agressivité doublé d'une dangereuse machine à tuer, le processus au terme duquel il est amené à se battre pour sa survie contre ses compagnons d'infortune. Et qu'elle condamne tous ceux qui s'appuient sur ces pratiques écoeoeurantes pour se faire du fric sur le dos des chiens. L'intrigue est intéressante, tendue, bien orchestrée et bien menée. Elle s'adresse clairement à de jeunes lecteurs qui n'auront aucune peine à s'identifier aux deux héros, Saïda et Matthieu, qui ont les préoccupations des ados d'aujourd'hui (vêtements, drague, etc...) et qui s'expriment dans la même langue et avec le même vocabulaire qu'eux. L'atmosphère bretonne et la violence des combats de chiens sont également bien rendus. Quel dommage cependant que nos auteurs se soient laissés aller à des considérations d'adultes ! La gendarmerie est ici décrite, au travers du brigadier Morland, comme un ramassis de racistes qui ne jugent les gens que sur les apparences (cf p. 72-73), capables de l'humour le plus naze possible et teinté d'autosatisfaction, et qui affichent une flemme aiguë les amenant le plus souvent à accuser les victimes plutôt que d'avoir à remplir de la paperasserie. C'est par trop caricatural car attention, c'est à des enfants prêts à vous croire sur parole que vous vous adressez ! S'il vous plait, un peu plus de nuance et de retenue seraient à l'avenir bienvenues !

MGRB

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