Petit bréviaire du braqueur

Christopher BROOKMYRE

L'Aube, 2004



Angélique de Xavia est inspectrice de police à Glasgow. Elle vient de terminer une affaire qui lui a laissé un goût amer. Car malgré la réussite de l'opération (je tiens à préciser que je n'ai pas lu le précédent ouvrage) elle se sent abandonnée par sa hiérarchie et ses collègues de travail. Alors, quel n'est pas son étonnement lorsque son chef fait appel à ses services lors d'un cambriolage avec prise d'otages... Et quelle prise d'otages ! Voilà une équipe de clowns qui, après avoir distrait la foule et le service de sécurité devant la banque, pénètre dans celle-ci et prend en otages le personnel, ainsi que quelques clients. Mais nos détrousseurs sont des gentlemen. Ils vont libérer tout d'abord les personnes âgées, ainsi que toute personne malade, ce qui n'est pas courant pour des malfaiteurs. Notre Angélique va pénétrer dans la banque pour se retrouver à son tour prisonnière du commando et de son chef Zal, personnage qui va très vite gagner la sympathie de notre inspectrice.

Génial ! ! tout d'abord les deux, trois premières pages, le sujet est la fellation. L'auteur nous écrit sa théorie sur ce sujet déroutant ! Ensuite, une scène de tuerie du côté du Sud californien. On est donc un peu perdu. Puis l'histoire nous amène du côté de Glasgow avec cette inspectrice qui a pas mal d'états d'âme depuis sa précédente mission. Et enfin, le début du cambriolage. Histoire un peu déroutante donc, mais pas de problème : l'auteur a su nous ferrer et impossible de lâcher. Il faudra aller jusqu'au bout pour connaître le dénouement. Un vrai puzzle ! Sans compter toutes les anecdotes sur Glasgow, le mode de vie des Ecossais, en particulier la rivalité entre les Rangers et le Celtic. Savoureux ! En résumé, du bon, du très bon.

Jean Goasdoué


" Alakazammi, c'est le grand rififi ! "

L'inspecteur Angélique de Xavia de risque pas d'oublier son 30e anniversaire. Alors que c'est son jour de congé, elle est convoquée de toute urgence par sa hiérarchie. Ce samedi-là, en effet, vers 11h45, cinq hommes déguisés en clowns ont remonté Buchanan Street, à Glasgow, en dansant au son d'une chaîne, sur le vieux tube de Madness. Toujours en dansant, ils ont pénétré dans la Royal Scottish Great Northern Bank, où tout le monde a cru, y compris le personnel, à un numéro de cirque. Ils ont alors sorti leurs armes et leur chef, qui se fait appeler " Jarry ", a inauguré le hold-up en disant : " Alakazammi, c'est le grand rififi ! ".

Les casseurs, polis, calmes et même respectueux, à une exception près, vont neutraliser les hommes du Groupe d'Intervention au moyen... d'un irritant épidermique — d'où l'appel à Angélique de Xavia, spécialiste des prises d'otages et des interventions musclées... Angélique sera à son tour neutralisée par les braqueurs qui vont réussir à disparaître ASTUCIEUSEMENT, après une prise d'otages qui aura duré près de cinq heures.

" Alakazammi, c'est le grand rififi ! "

Un vol dans les règles de l'art, effectué par des gangsters surréalistes qui ont escamoté près d'un million de livres et n'ont pas laissé le moindre indice ! Fort de son impunité, " Jarry " va non seulement faire livrer des fleurs à Angélique, l'inviter à boire un verre, mais même l'emmener à Paris : " Ce n'est pas parce que je suis braqueur de banque que je suis le mauvais gars... " (p. 135). Angélique va peu à peu découvrir la personnalité complexe de l'énigmatique " Jarry ". Elle pense qu'il a dévalisé la banque simplement pour " faire passer un message "... Oui, mais quel message ? Et à qui ce message est-il destiné ? Angélique redoute un autre casse, bien plus important encore ! entre FLIC et VOLEUR, la partie va être des plus serrées ! Qui en sortira vainqueur ?...

" Il est aussi plaisant d'être dupé que de duper. " (Edwin Sachs, Tours de passe-passe : Petit manuel de prestidigitation, p. 197)

Christopher Brookmyre est un jeune auteur écossais qui fait partie de la nouvelle vague du roman noir britannique. Petit bréviaire du braqueur est son 7e roman. Il n'a rien à envier aux six premiers, qui avaient fort séduit la critique en général. Dès le premier chapitre, que l'auteur a intitulé " Prologue : au service du consommateur ", le ton est donné : très belle écriture soutenue par un souffle puissant qui laisse la part belle à l'humour. Et puis quel sens de la déclamation... et de la dérision ! Ce prologue (qui aurait d'ailleurs pu s'intituler " Eloge de la fellation ") et le long ( ?) passage concernant le pillage de la banque sont de pures merveilles d'humour décalé, d'inventivité. Une situation pleine de tension devient, sous la plume de Brookmyre, un moment d'anthologie cocasse, un moment de folle drôlerie... Les lecteurs n'oublieront pas de sitôt ce hold-up surréaliste commis par des braqueurs " situationnistes ", de drôles de paroissiens, " partisans de l'absurde "...

Une enquête trépidante où fausses pistes et coups de théâtre se succèdent, une intrigue certes quelque peu alambiquée mais passionnante. Quelques personnages hauts en couleurs d'où émergent Alessandro, le " jeune " parrain de la mafia mexicano-californienne, " tout dans l'ego, rien dans le citron " (p. 351), Harry l'Américain, l'exécuteur des basses-oeoeuvres — et grand adepte de la fellation ! —, Jack Shaw, le flic de " la vieille école ", Bud Hannigan, le truand écossais et surtout, surtout, les deux personnages centraux de cette histoire " dingue "...

Tout d'abord Angélique de Xavia, " l'Orange de Kampala ", flic atypique, déjà héroïne de Petite bombe noire. Fan de football et supportrice inconditionnelle des Glasgow Rangers. " Inconsidérée. Irresponsable. Impétueuse. Indisciplinée. " C'est sa hiérarchie qui le dit... Angélique, une jeune femme " qui a dorénavant plus de morts que d'amants à son palmarès ". Ensuite, Zal Innez, alias " Jarry ", " malin, tordu, ingénieux, imprévisible, artiste raté " mais grand " magicien " à sa façon... Zal, avec qui le vol devient une forme d'art, un art sacré qui plus est !

Petit bréviaire du braqueur n'est pas seulement un thriller intelligent, percutant et jubilatoire. C'est également un roman d'amour, une satire sociale, une approche originale de Glasgow, la principale ville de l'Ecosse... par sa population.

Petit bréviaire du braqueur, c'est 435 pages de VRAI BONHEUR et dont le véritable message est peut-être qu' " il ne faut pas prendre l'absurde trop au sérieux ! ".

Roque Le Gall

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