Le triangle des bourreaux

Yves BULTEAU

Contrebandiers, 2004



Sur une plage des Sables d'Olonne, le soleil s'est enfin couché après avoir rassasié les vacanciers de ses rayons brûlants de plein été ; ils ont rejoint leur camping ou leur hôtel, repus de chaleur et d'air marin laissant derrière eux un couple de jeunes marginaux vautrés sur le sable. Engoncés dans leurs vêtements sales et usés, ils ne goûtent pas vraiment la douceur du soir ; Greg achève la bouteille de whisky qui s'en va rejoindre la vingtaine de canettes de bières enterrées entre eux deux tandis que Sophie souffre le martyr : sa blessure au nez semble s'être infectée, blessure qu'elle s'est elle même infligée lorsque, trois jours auparavant, elle a changé son piercing. Pour couronner le tout, on leur a volé leur fric la nuit dernière, un coup des Nantais selon Sophie, ce groupe de jeunes qui passait la nuit sur la plage, non loin d'eux. Leur équipée, loin de leurs bases de Lille et des copains de la bande semble compromise, surtout sans fric ! Abrutie d'alcool et de chaleur, aiguillonnée par la douleur qui ne la quitte plus, Sophie repère justement deux membres de la bande des Nantais qui reviennent dans les parages. C'est un couple, à la recherche d'un coin d'intimité dans les dunes. Tout à leur affaire, ils n'entendent pas Greg et Sophie s'approcher, décidés à récupérer leur fric. Est-ce l'alcool, la chaleur ou la nudité offerte ? La rage submerge les attaquants et l'affrontement tourne au jeu de massacre. Greg et Sophie s'enfuient mais leur cavale est de courte durée. Rattrapés, Greg est jeté en prison et Sophie conduite à l'hôpital. Le juge d'instruction chargé de l'affaire lui rend visite sans se douter des conséquences générées par ce simple fait...

Très bien, un roman qui se lit d'une seule traite, un vrai suspense dans un style court et percutant. On peut alors sourire de notre première crainte en découvrant que l'action se situe en L. A. (Loire Atlantique et non pas Los Angeles !), mais point de régionalisme exacerbé. Le décor est pourtant bien rendu sans que l'auteur en fasse un guide touristique (heureusement !). Les personnages sont touchants, là encore le lecteur évolue au fil du roman et du talent de Yves Bulteau, la méfiance vis à vis des marginaux, de ceux que l'on trouve dans toutes les grandes villes de France, déambulant auprès des gares, en bandes ou tribus entourées de jeunes chiens aussi perdus que leurs compagnons, se mue en dégoût lorsque la violence éclate puis en tristesse pour ces Bonnie and Clyde des cités dortoirs. Pas de révolte chez eux, pas de politique, simplement pas la chance d'être nés là où il faut. Le fatalisme leur sert de morale et la bande de copains de famille. A l'opposé, le juge d'instruction représente l'ordre établi et immuable, la loi, le goût de la réussite, même si Monsieur le Juge a mis en sommeil ses velléités d'écrire... Il adhère à tel point aux règles sociales qu'il a épousé une amie d'enfance, celle qui plaisait à ses parents. Une vie sans surprise donc jusqu'à sa rencontre avec Sophie, ce petit grain de sable qui va gripper la belle machine de la justice en marche...

Un excellent roman.

MGRB

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