Les nuées sanglantes

Martial CAROFF

Terre de Brume, 2003



Athènes, printemps 423 avant J.C. Tout a débuté le 7 Elaphèboliôn (mars), lors de la célébration des Grandes Dionysies, saison théâtrale d'importance et fête la plus prestigieuse de l'année. Durant le proagôn, Xanthias, un archer scythe, tente d'assassiner le poète comique Aristophane dont la nouvelle comédie satirique, "Les Nuées", doit être représentée au cours de ces réjouissances et qui, dit-on, ose attaquer Socrate, le maître philosophe. Aristophane ne doit son salut qu'à l'intervention du jeune Antisthène, "philosophe pouilleux et indépendant". L'archer est démembré et dépecé avant d'avoir pu expliquer les raisons de son acte... Qui avait intérêt à la mort du poète pacifiste ? Qui a commandité l'assassinat et a - mal - dirigé le bras de Xanthias ? La rumeur met en cause les Lacédémoniens, dans leur ensemble. Or il est évident que nombre d'entre eux pensent qu'il est grand temps de mettre fin à la rivalité sanglante qui oppose leur cité à Athènes. Une trêve pourrait même être signée à la clôture des Dionysies. Elle mettrait un terme à la guerre du Péloponnèse qui oppose Sparte et Athènes depuis huit ans déjà... Mais certains Athéniens bellicistes ne sont-ils pas prêts à tout pour faire échouer les pourparlers de paix ? Autant de questions que se pose Antisthène "le Vertueux". "Le jeune chien fou" décide alors de mener sa propre enquête. Il recevra l'aide inattendue du grand Socrate. Le maître philosophe va en effet se transformer en maître enquêteur !...

"Etonnante histoire" que ce récit du "divin" Platon ! Tout comme Denys, le tyran de Syracuse, nous sommes totalement sous le charme. Platon (ou ne serait-ce pas plutôt Martial Caroff ?), tout en nous narrant ce que dit l'Histoire, nous fait découvrir ce qu'elle ne dit pas ! Peu importe si la mythologie et l'antiquité grecques vous sont peu connues, peu importe si vous n'avez jamais lu Jacqueline de Romilly ni consulté le Grand Bailly, Martial Caroff a tout prévu : la liste des "principaux personnages d'une tragi-comédie à coloration vaguement philosophique" (sic), un plan d'Athènes, un avant-propos très clair et très utile, une postface et un glossaire, non moins clairs ni moins utiles, sont proposés au lecteur. Ce dernier est emporté dans un voyage passionnant et haletant dans l'Athènes de la guerre du Péloponnèse. La cité d'Athéna s'anime sous ses yeux. Quel plaisir ! L'auteur marie avec brio intrigue policière et réalités historiques. L'enquête est pour lui prétexte à camper de savoureux portraits. Ceux d'Antisthène, philosophe intransigeant, charismatique et hors du commun, fondateur de l'Ecole cynique, et de Socrate, détective façon Hercule Poirot (le roman se termine à la manière d'un Whodunit à l'anglaise... avec Socrate démasquant "le coupable" lors d'un "conseil d'instruction"...) sont particulièrement réussis. Une intrigue impeccablement ficelée, un récit documenté, érudit, vivant, enlevé, intéressant et enrichissant, parsemé d'humour... et de poésie ! Ajoutez-y un zeste de philosophie ! Un vrai régal ! Le lecteur a l'impression de devenir "savant" sans le moindre effort car Martial Caroff, "helléniste passionné", fait partager sa passion et éduque autant qu'il divertit.

L'auteur déjà remarqué des "Quatre saisons d'Ys" a écrit là un excellent péplum - péplum, mot latin/grec "peplos" - thriller. Une vraie réussite !

MGRB

partager sur facebook :