Etunwan

Thierry MURAT

Futuropolis, 2016



"Etunwan", ça veut dire quoi ce truc ? Dans la langue des Sioux Oglalas (ça existe, je vous assure), ce bidule imprononçable signifie "celui qui regarde". Un beau nom donné à Joseph Wallace, ce photographe de trente-trois ans qui mène une vie pépère à Pittsburgh en 1860 en photographiant les notables locaux. Mais voilà, Joseph regarde plutôt du côté des Rocheuses et des Indiens qui les peuplent. Il suivra donc l'expédition scientifique financée par le gouvernement afin d'explorer ces zones inconnues.

Dès l'ouverture de l'album, j'ai été saisi par les dessins de Thierry Murat. Des couleurs sombres, des encres noires et des seconds plans granuleux. Une évocation forte des paysages puissants traversés par le convoi. Le choc pour Wallace, c'est la rencontre avec les indiens : de ce jeune garçon de treize ans, aperçu dans la forêt, dont il tirera le portrait et qui le conduira à son campement, jusqu'aux guerriers qui le reçoivent avec beaucoup de courtoisie. Un monde d'hommes fiers et dignes qui s'évanouit, traqué par le chantier du train, les tueurs de bisons qui accompagnent les travaux mais aussi par la découverte de l'or.

Le personnage de Joseph est également intéressant par deux traits complémentaires, son amitié avec Herman, un ethnologue rencontré lors de la première expédition à qui il narre par le menu ses découvertes, dans une correspondance fidèlement tenue. Mais aussi son amour furtif pour Kimimila, Papillon, la Sioux qui torturera sa mentalité de croyant, minée par son infidélité à Marjorie, la mère de ses enfants (cher auteur peut-être auriez vous pu éviter la touche fleur bleue de l'Indienne enceinte...). Une personnalité complexe que celle de cet esthète, qui emmène Baudelaire au cours de ses expéditions.

J'ai aimé cet album qui dresse le portait tortueux d'un témoin passionné devant l'extinction du monde des indiens. Un récit fort et puissamment illustré à la conclusion douloureuse.

Marc Suquet

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